DIAGNOSTIC
En présence d'une impotence d'un bras consécutive à une blessure de guerre, deux questions se posent aussitôt :
1° L'impotence est-elle sous la dépendance d'une lésion d'un nerf périphérique ?
2° Quelle est l'intensité des lésions ?
Si l'on veut bien procédera un examen systématique de la motilité, et surtout avoir recours à l'exploration électrique, reconnaître une paralysie périphérique est facile, et les tableaux symptomatiques que nous avons rapidement décrits sont cependant assez nets pour permettre de différencier les diverses paralysies du radial, du médian et du cubital.
Au début, dans le cas de fracture, la paralysie peut passer inaperçue, masquée par l'impotence douloureuse relevant de la fracture même; cependant, une exploration électrique lèvera toute hésitation.
En sens inverse, on peut croire à l'existence d'une paratysie organique oui n'existe pas en réalité. Tantôt, cette impotence revêtira la forme d'une parésie très hypotonique des extenseurs, simulant la paralysie radiale ; le poignet est très tombant, les doigts étendus, d'où aspect en col de cygne. Tantôt et bien plus souvent se développe, après la blessure, un état de contracture de certains muscles, d'où flexion du poignet, griffe des doigts
\CESTAN ET BAMBRIN]
LESIONS DU RADIAL, DU MEDIAN ET DU CUBITAL 20S
simulant la grifte cubitale, flexion de tous les doigts, adduction extrême du pouce et des doigts (main d'accoucheur), etc. , toute déformation décrite déjà dans le chapitre xm.
Sans revenir ici sur une discussion de pathogénie, et sans nous étendre plus longuement sur la description de ces troubles fonctionnels, hystériques, réflexesou hystéro-organiques, nous dirons seulement qu'ils seront toujours très facilement différenciés des lésions névritiques parla conservation des réflexes osseux et tendineux, par la topographie des troubles moteurs et sensitifs non exactement superposés à un territoire périphérique nerveux, surtout par l'exploration électrique des nerfs et des muscles.
C'est d'ailleurs également cette exploration électrique qui permettra, dans un tableau symptomatique complexe, de reconnaître si les lésions musculaires relèvent des lésions musculaires ischémiques ou inflammatoires, ou de lésions névritiques, qui permettra également, par l'étude des branches émergentes des nerfs, de préciser le siège exact de la lésion, siège qu'indiquent d'ailleurs bien souvent les autres signes concomitants, trajet de projectile, lésion osseuse.
Le diagnostic de lésion névritique de tel nerf étant porté, peut-on pousser plus loin le diagnostic, et préciser l'intensité de cette lésion ? Peut-on, en un mot, en présence de ce syndrome d'interruption totale, affirmer qu'il y a section macroscopique du nerf ?
Ce problème, à notre avis, a perdu son intérêt primitif. Dès 1915, nous avons soutenu que la clinique ne possédait pas de critérium pour affirmer l'existence de la section nerveuse ; que seule l'évolution de la paralysie pourrait fournir une réponse précise à cette question. Or, une longue expectative nous a toujours paru dangereuse, puisqu'elle permet à des lésions musculaires atrophiques irréductibles de s'organiser, et au névrome de régénération de proliférer, ce qui entraînera une résection moins économique du bout central et rendra, par suite, plus difficile l'affrontement exact des deux bouts.
Or, l'exploration chirurgicale d'un nerf est absolument sans danger. Il faut donc, en cas de syndrome d'interruption complète bien établi par exploration électrique, procéder très rapidement à l'exploration chirurgicale du nerf lésé ; on pourra ainsi prendre toute décision utile, nerf en main pourrait-on dire.