PARALYSIES RADIALES
Dans les paralysies du membre supérieur, la prothèse a pour principal but de favoriser la préhension de la main.
Au cours des lésions du nerf radial, elle s'efforcera de réaliser l'extension de la main, l'extension de la première phalange des doigts et l'abduction du pouce. Les extenseurs ainsi suppléés, le jeu des fléchisseurs sera meilleur et la préhension de la main efficace.
Au début des paralysies radiales traumatiques, lorsque la plaie n'est pas encore cicatrisée, pour éviter la chute delà main et les déformations
articulaires du poignet, on aura recours aux appareils de soutien rigides. Ces appareils seront égalementutiles au cas où survient une contracture des fléchisseurs.
Les meilleurs appareils de ce genre sont ceux imaginés par M. Henry Meige. Un premier modèle se compose d'une gouttière en aluminium qui, emboîtant la face palmaire de l'avantbras, se prolonge sur la paume de la main par une sorte de cuiller épousant exactement sa forme et qui se recourbe légèrement sur
Fig. 173. — Appareil de soutien de Henry Meige.
Fig 174 — Appareil articulé de soutien pour paralysie radiale, permettant de varier l'inclinaison de la main sur lavant-bras (Henry Meige).
le bord interne du métacarpe et présente d'autre part un crochet qui prend place entre le pouce et l'index. L'appareil est enveloppé d'une gaine de cuir et fixé à l'avant-bras par un long bracelet maintenu à l'aide d'un lacet passant dans des crochets ou des œillets (fig. 173).
Ce même appareil peut être modifié en vue de corriger les raideurs du poignet, en ajoutant une sorte d'articulation reliant la gouttière de l'avantbras et la cuiller palmaire, permettant ainsi de garder l'inclinaison delà main dans la position voulue (fig. 174).
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APPAREILLAGE DES PARALYSIES DU MEMBRE SUPERIEUR
Une fois la plaie guérie, pour appareiller une paralysie radiale, il faut tenir compte de la profession du sujet. S'agit-il d'un homme de bureau n'ayant pas d'efforts puissants à faire, il faudra le munir d'un appareil souple, à mobilité complète et permettant l'écriture et le dessin. Ce genre d'appareils seront utiles également comme appareils de rééducation pour favoriser et aider les muscles en voie de régénération.
S'agit-il au contraire d'un ouvrier devant manier des objets lourds et soulever des instruments pesants, on aura recours à un appareil de grande résistance, bien adapté, que le sujet portera pendant ses heures de travail. En dehors de l'usine et pour les besoins de la vie quotidienne, il se trouvera bien d'un appareil souple à mobilité complète, tout comme l'homme de bureau.
Il faut reconnaître d'ailleurs que bien des appareils prothétiques contre les paralysies radiales répondent aux deux indications précédentes.
Fig.'175. — Appareil de Jean Camus, David et Cateau (appareil en place).
Des appareils à force élastique, mobiles, sont munis en même temps d'un butoir permettant à la main de ne pas capoter lorsqu'elle soulève un objet pesant. C'esten effet une condition essentielle pour un instrument de travail de ne pas avoir un point mort ; sous l'influence d'une flexion énergique du poignet, la main doit pouvoir être rappelée en extension sans effort et avec douceur.
Parmi les appareils très nombreux et tous très intéressants qui ont été inventés contre la paralysie radiale, nous nous contenterons de signaler quelques-uns d'entre eux qui ont paru donner toute satisfaction aux blessés. MM. Jean Camus, David et Cateau ont construit une série d'appareils dits du (jrand Palais. Le plus typique d'entre eux présente un système de blocage sur la face dorsale de la main. Cette butée est réglable à volonté au moyen d'un écrou vissé à l'extrémité d'une tige d'acier rigide réunissant la manchette antibrachiale à la plaque dorsale de la main. Cette tige s'ajoute au dispositif d'extension du poignet qui est composé d'un ressort d'acier plat doublé par un ressort à boudin (fig. 175 et 176).
Le dispositif de l'extension des doigts est digne de remarque. La première phalange des doigts estentourée par des anneaux métalliques qui se trouvent suspendus chacun par un fil d'acier rigide monté sur une char-
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2i8 CHIRURGIE RÉPARATRICE ET ORTHOPÉDIQUE
nière et dont la partie courbe s'accroche à un ressort à boudin. L'effort
Fig. 176. — Le même, montrant sa plaque carpienne amovible et la butée dorsale qu'on peut régler à volonté (d'après Chiray et Dagxax-Bouveret).
correctif du ressort demeure de la sorte très souple et s'adapte aux diverstemps de la flexion.
Autre détail intéressant : la plaque carpienne portant les anneaux digitaux est amovible et peut être supprimée lorsqu'on n'a besoin que de l'extension du poignet. ^■rïï^T
Un bon appareil de travail est celui de Froment et Millier (fig. ^i*-3i:-^dU%sc;S=^-^-'^
// et I/o). 11 peut être bloque la main restant en légère hyper- Fig. 177. — Appareil de Froment et Muller. extension, ce qui permet la
préhension d'objets pesants. Les butées sont dissimulées sur les côtés du
^ poignet dans des articulations la-
r— '^LiJJ'%^ térales unissant la tige métal-
<— -r^^^v r^*?™»™™--™^» -— — ' lique fixée sur la manchette avec
^jVy /V b^fc^z^D \ celle qui longe le bord latéral de
/\ "^ v--j i la niain.
s' — """C^Ssxx,^-^^^ j Un appareil peu encombrant,
*"" ' ayant un butoir qui empêche le
Fig. 178. - Le même vu par sa face inférieure, capotage de la main et qui permet l'écriture et le dessin, est Y appareil à bouton palmaire de Henry Meige (fig. 179).
Il se compose d'une gouttière métallique fixée au tiers inférieur del'avant-bras par un bracelet de cuir. Au bord carpien de la gouttière est fixé un fil de fer légèrement cintré terminé par un bouton capitonné qui vient se placer dans le creux de la main.
Parmi les appareils mobiles pouvant servir d'appareils de rééducation, nous allons en signaler principalement trois :
L'appareil de Souques, Mégevand et Donnât (fig. 180 et 181), dont les prin-
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APPAREILLAGE DES PARALYSIES DU MEMBRE SUPÉRIEUR aie
cipales parties sont : un bracelet en cuir se laçant à l'avant-bras et de cha-
Fig. 180. — Appareil de Souques, Mégevand et Donnât.
Fig. 179. — Appareil à bouton palmaire de Henry Meige.
que côté duquel se fixe une tige en fer qui s'articule avec une autre tige en fer coudée qui au niveau de la paume de la main se soude en arc avec celle du côté opposé. L'articulation des deux tiges se fait au niveau du poignet et dans le même sens que cette jointure. Ainsi des mouvements successifs de flexion volontaire et d'extension mécanique peuvent se faire librement. Cet appareil, qui ne réalise que l'extension du poignet, n'a pas de point mort, le rappel de la main à la fin de la flexion se fait avec une grande douceur.
Dans Y appareil de Dagnan-Bouveret
Fig. 181. — Le même vu par sa face antérieure. ("§• lo^) 1 auteurs est
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CHIRURGIE REPARATRICE ET ORTHOPEDIQl E
efforcé de conserver aussi complètement que possible la mobilité de la main et en particulier les mouvements de pronation et de supination. L'appareil de Chiray et Rampon possède un dispositif pour empêcher le
Fig. 182. — Appareil de Dagnan-Bouveret appareil en place d'après Chiray et Dagnan-Bouveret .
capotage de la main. L'articulation de la lame de relèvement avec la pièce qui porte le mécanisme d'extension des doigts permet les mouvements de latéralité de la main sur lavant-bras. Le dispositif spécial du pouce est
Fig. 183. — Appareil de Chiray et Rampon, appareil vu par sa face dorsale (d'après Chiray et Dagnan-Bouveret).
remarquable, en ce sens qu'il permet le double mouvement d extension et d'abduction du pouce (fig. 183).
Parmi les autres appareils de prothèse contre la paralysie radiale, citons ceux deSollier, de M. et Mine Déjerine, de Lavigne. de Cestan, de Ripert, de Privât et Belot, de Pierre Robin, d'Estar, d'André Léri et Dagnan- Bouv2ret,de Mouchetet Anceau, de Villaret, etc.
PARALYSIES DU MEDIAN
La prothèse des paralysies du médian a pour principal problème à résoudre celui qui se propose de suppléer aux mouvements d'opposition du pouce, facteur indispensable delà préhension de la main. L'appareillage ne doit d'ailleurs s'adresser qu'aux cas de paralysie non douloureuse du médian et alors que les muscles court abducteur et opposant du pouce sont totalement paralysés.
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APPAREILLAGE DES PARALYSIES DU MEMBRE SUPERIEUR
Il faut avouer, du reste, que les effets de la prothèse ne sont jamais que partiels, notamment lorsqu'il existe de gros troubles de la sensibilité.
L'appareil de Froment et Wehrlin (fig. 184) répond fort bien au but mentionné plus haut et peut être utilisé à la fois comme appareil de rééducation et comme appareil définitif.
Il se compose d'un bracelet en cuir entourant le poignet et d'une bague disposée autour du pouce. Deux ressorts partent de cette bague et viennent se fixer au bracelet. Le premier s'insère au niveau du bord externe de la première phalange du pouce, près de son extrémité supérieure, il se dirige ensuite vers l'os pisiforme et se fixe sur le bord latéral interne du poignet Ce ressort, destiné à remplacer le muscle opposant paralysé doit être fortement tendu. Un deuxième ressort va du pouce à la face dorsale du poignet, au voisinage du bord postérieur du radius; ce dernier ressort joue le rôle d'antagoniste, il ne doit pas être fortement tendu.
Les autres problèmes de la prothèse des paralysies du médian se proposent de remédier au défaut de flexion des deux dernières phalanges de l'index et de la dernière phalange du pouce.
Les différents moyens employés à cet effet n'ont pas donné les résultats qu'on en espérait et ne peuvent servir que comme appareils de rééducation. Parmi ceux-ci, citons la gouttière de Froment maintenant l'index en position demi-fléchie, Vanneau, en cuir de Privât et Bellot qui englobe les deuxièmes et une partie des troisièmes phalanges de l'index et du médius, solidarisant de cette façon la flexion de l'index à celle du médius. Enfin V appareil de Leullier, ingénieux mais trop complexe, et spécialement destiné aux paralysies du médian en voie de restauration.
Fig 184. — Appareil de Froment et Wehmlin pour paralysie du médian (Appareil modifié par Froment).
PARALYSIES DU NERF CUBITAL
L'appareillage doit viser ici uniquement la griffe cubitale, griffe qui intéresse tantôt les deux derniers doigts seuls, tantôt s'étend et englobe également le médius, l'index, voire même le pouce.
Les griffes peuvent être très souples et facilement réductibles, ou moyennement serrées, ou enfin très serrées, irréductibles, avec rétractions tendineuses très prononcées et lésions articulaires. Dans ce dernier cas la prothèse est contre-indiquée.
Pour remédier aux griffes souples on peut se servir du procédé de Froment qui consiste à glisser « à l'intérieur d'un gant entre celui-ci et le dos
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Fig.
des doigts, de petits ressorts droits de la longueur des doigts engainés de cuir que Ton peut ou non fixer au gant » (Froment), ou de l'appareil de David et Cateau, pour griffes souples (fig. 185).
Le meilleur appareil contre les griffes ordinaires, moyennement serrées, semble être l'appa- 185. - Appareil de David et Cateau pour grilles reil de Gl7/o/. Cet appareil
légères (d'après Chiray et Dagnan-Bouveret)
imaginé et construit pour son propre usage, par un
blessé atteint de griffe cubitale, a été présenté à la Société de Neurologie de Paris parM.HenryMeige(fig.l86).
L'appareil se compose de deux petites gouttières en aluminium épousant le contour des trois derniers doigts. L'une s'applique sur la face dorsale des phalanges et est maintenue en place par une courroie passant à la face palmaire des doigts.
Une gouttière plus étroite Fig. 186. — Appareil de Gillot (face dorsale
, ,. i, , et face palmaire).
s applique sur 1 extrémité
palmaire y des phalangines où elle est fixée par l'action de deux petits ressorts qui viennent s'accrocheràdeux étroits supports intercalés entre les doigts.
Cet appareil aie double avantage d'agir sur la griffe cubitale tout en permettant l'usage de la main et notamment
Fig. 187. — Appareil de David et Cateau pour la réduction Ja flexion des doigts, des griffes cubitales serrées (d'après Chiray et Dagnan- , >rr
Bouveret). Contre les grilles
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APPAREILLAGE DES PARALYSIES DU MEMBRE SUPERIEUR
très serrées on a imaginé d'autres appareils tels que Y appareil de Chiray, l'appareil réducteur de David et Gâteau, dit du grand Palais (fig. 187). Un
Fig. 188. — Appareil de Cunéo et Rolland pour main, en griffe totale.
appareil temporaire contre les griffes cubitales, car il ne permet pas l'usage de la main, est celui de MM. Cunéo et Rolland (fig. 188); il peut servir surtout dans les cas où la griffe paraît devoir évoluer vers la rétraction fibreuse.
Les types si variés des paralysies du plexus brachial se ramènent au point de vue de la prothèse à trois types principaux : paralysie de tous les muscles fléchisseurs de lavant-bras et du deltoïde (paralysie type Duchenne- Erb) ; paralysie associée des nerfs médian et cubital (paralysie plexuelle inférieure ou paralysie des racines G 8 D 1) ; paralysie des muscles tributaires du radial et du circonflexe (paralysie du tronc secondaire postérieur.)
Dans ce dernier cas la prothèse sera celle des paralysies du nerf radial ; on se préoccupera moins du deltoïde car l'abduction du bras est beaucoup moins importante que la préhension de la main.
On ne peut songer à remédier, en cas de paralysie plexuelle inférieure, à la faiblesse de tous les petits muscles de la main et des fléchisseurs des doigts, sauf en cas de griffe pour empêcher la rétraction tendineuse qui rendrait la main définitivement infirme, même si la régénération nerveuse se faisait complètement et de manière correcte.
L'appareil de Cunéo (fig. 188) pourra être employé avec bénéfice dans ce cas et laissé longtemps en place, la main n'étant d'aucune utilité lorsqu'il y a paralysie des deux nerfs avec griffe.
Contre la paralysie du plexus brachial supérieur qui laisse intacte la mobilité de la main, mais la rend inutilisable à cause de l'extension permanente de l'avant-bras sur le bras, on fera bien de se servir de V appareil de Dagnan-Bouveret , qui réalise une flexion du coude utile, non permanente et à angle variable (fig. 189) . Il se compose d'une gouttière brachiale et
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CHIRURGIE RÉPARATRICE ET ORTHOPEDIQl E
dune gouttière antibrachiale, réunies au coude par une double charnière latérale. Sur le pivot de chacune de ces charnières et fixé à sa branche supé-
Fig. 189. — Appareil de J. Dagnan-Bouveret. Position de flexion permettant an blessé de se servir de sa main L'angle de flexion peut varier à volonté, l'avant-bras conservant la position qui lui a été donnée.
rieure, se trouve un segment de roue dentée. A la branche inférieure est fixé
un chien qui vient mordre sur cette roue et que maintient contre elle un
ressort à boudin. Du côté opposé au ressort
vient s'attacher un fil d'acier qui passe le long
de la gouttière antibrachiale et, réuni au fil
relié à l'autre chien, se fixe à une chaînette.
Celle-ci suit la face palmaire de la main et
vient s'attacher à une bague que le blessé
porte à l'un des doigts, de préférence l'index
ou le médius.
Lorsque aucune traction n'est exercée sur la chaînette, l'angle que forment les deux gouttières ne peut varier que dans le sens de la flexion plus grande. Si au contraire, on tire sur la chaînette de commande du chien, celui-
ci se soulève et l'angle formé par les deux Fig. 190.— Appareil de Pierre Robin. Cet appareil est formé par un manchon brachial, une ceinture thoraco-abdominale, un ressort fléchi en double arc de autre. cercle qui s engage de bas en
haut dans le tube du manchon brachial et de dehors en dedans dans celui de la ceinture.
gouttières peut être augmenté jusqu'à ce qu'elles arrivent dans le prolongement l'une
La manœuvre de l'appareil est des plus simples : soit avec l'autre main, soit avec la main du côté malade que beaucoup de ces blessés
peuvent faire grimper le long de leur vêtement, en s'aidant des poches et des boutonnières, l'avant-bras est amené en flexion au degré voulu et auto-
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APPAREILLAGE DES PARALYSIES DU MEMBRE SUPERIEUR 225
matiquement il conserve cette attitude Puis lorsque le blessé veut étendre l'avant-bras, il lui suffît de placer la main en hyperextension, il tire sur la chaînette, décroche le chien et l'avant-bras retombe. » (Dagnan-Bouveret. ) Contre la paralysie isolée du deltoïde, très rare en réalité, les auteurs se sont ingéniés à suppléer à l'absence d'abduction. Parmi les appareils inventés, citons Y appareil cleLeullier, de Pierre Robin (fig. 190), de Peyrétous, très ingénieux, mais lourds et complexes, car ils doivent agir sur des segments de membres très pesants.
c. r. o. — 15. [M™ ATHANASSIO-BÊNJSTÏ)
APPAREILLAGE DES AMPUTATIONS DU MEMBRE