NO VÉ-JOSSERA ND
L'histoire de la prothèse du memhre supérieur remonte fort loin, puisque Pline le Jeune mentionne déjà l'emploi d'une main artificielle par un amputé de la deuxième guerre punique. Mais c'est seulement à la Renaissance qu'on voit apparaître les premiers essais de prothèse vraiment intéressants. On cite notamment les exemples de Goetz von Berlichingen, le héros d'un des drames de Goethe (1504), de Barbarossa (1517), de Séré, amputé d'Ambroise Paré, et enfin la main faite en 1761 par le mécanicien Laurent pour le soldat Laviolette. Cette dernière était assez parfaite pour permettre à ce mutilé, qui avait perdu aussi l'autre bras, de manger, boire, lever son chapeau et même d'écrire au roi un placet qui lui valut une pension.
Il est curieux de voir que les premiers essais de prothèse du membre supérieur ont abordé le problème par son côté le plus difficile: la construction d'une main artificielle. On ne trouve pas de mention d'outils fixés directement sur la prothèse avant le cas de l'invalide aux poings coupés qui vivait sous Louis XIV. Avec un étui de bois sur lequel il fixait un crochet, un rossignol ou un poinçon, cet homme, dont l'adresse était prodigieuse, devint un cambrioleur émérite ; il fut condamné à mort, puis gracié, et il finit sa vie comme serrurier àBicêtre.
Tous ces faits se rapportent à des amputations de l'avant-bras. La prothèse du bras paraît avoir été inaugurée par Klingert de Breslau sous Frédéric le Grand, mais elle fut surtout perfectionnée au cours du xixe siècle, par Ballif, Petersen, Gharrière, Mathieu et Collin, en ce qui concerne les bras artificiels. Les appareils de travail ont été étudiés principalement par Bonnet de Nérac et Gripouilleau de Montlouis (1868). Après la guerre de 1870, on fit une mise au point de ces travaux, puis la question tomba dans un calme relatif d'où elle fut tirée parla guerre de 1914.
Mais alors les conditions se trouvèrent bien différentes. Au temps des armées de métier, les soldats avaient rarement une profession définie, et le but de la prothèse était surtout d'atténuer la gêne physique et morale résultant de la mutilation, en remplaçant le mieux possible le membre absent. Aujourd'hui, les ravages de la guerre se sont exercés dans la population tout entière, et particulièrement chez les cultivateurs, et il est devenu d'un intérêt social de rendre à ces travailleurs la possibilité de
[NOVÈ-JOSSEAAND]
APPAREILLAGE DES AMPUTATIONS 227
reprendre leurs occupations normales. C'est ce but utilitaire qui a dominé l'évolution moderne de la prothèse du membre supérieur, et cette évolution s'est orientée dans deux directions assez différentes.
D'une part, on a continué à perfectionner les appareils destinés à imiter la nature, en les animant de mouvements propres semblables à ceux du membre absent. Mais ces appareils se sont montrés jusqu'ici de pauvres moyens de travail. La complexité et la variété des mouvements de la main sont telles qu'il est fort difficile de les réaliser mécaniquement, et surtout de leur donner une force suffisante. Certains sujets particulièrement adroits peuvent se servir des bras articulés d'une façon intéressante pour les actes ordinaires de la vie, mais ces virtuoses eux-mêmes n'arrivent pas à réaliser par ce moyen un travail utile. De plus, peu d'hommes ont la patience et l'adresse nécessaires pour s'entrainerconvenablement, estimant que l'effort demandé est supérieur aux services rendus. C'est pourquoi ces appareils, que nous appellerons actifs, automoteurs, ne sont guère utilisés en pratique que par les doubles manchots, dont ils sont la seule ressource.
D'autre part, on a vu que les amputés du membre supérieur arrivent facilement à exécuter un grand nombre de travaux en faisant jouer le rôle actif au membre sain, et en utilisant le moignon seulement pour la fixation accessoire de l'outil. Dans ces conditions, le membre amputé n'a à accomplir que des mouvements simples, et le problème de la prothèse se ramène à assujettir l'outil sur le moignon avec un appareil simple, solide, lui permettant d'utiliser toute sa force, en gênant le moins possible les mouvements du reste du corps. C'est dans cet esprit que l'on a étudié des appareils de travail que nous appellerons passifs, parce qu'ils subissent simplement les mouvements du moignon et n'ont pas d'activité propre.
Ainsi équipé, un cultivateur amputé du bras ou de lavant-bras peut fournir un travail suffisant pour rester à la terre, surtout s'il est propriétaire et libre de travailler à son heure. Pour les ouvriers d'usine et les artisans, le problème est plus difficile, car il se complique d'une question sociale.
Ces hommes sont, en effet, pour la plupart, des salariés à qui il ne suffit pas de pouvoir manier le marteau ou la lime, mais qui ont besoin de fournir un rendement assez élevé pour obtenir un salaire normal. La solution se trouve alors, croyons-nous, le plus souvent, dans la spécialisation du travail et l'usage des machines-outils. Mais là encore la prothèse qui convient le mieux est un appareil simple, ayant pour but de relier le mutilé à sa machine.
Ainsi nous avons donc à décrire deux sortes principales d'appareils : les appareils actifs automoteurs et les appareils passifs, simples moyens d'attache de l'outil au moignon. Nous commencerons par ces derniers, parce qu'ils s'appliquent, pour le moment du moins, auplus grand nombre des cas. Nous ajouterons en terminant quelques considérations relatives à l'appareillage des doubles amputés.
[NO VÉ-JOSSEIÎAND]
CHIRURGIE RÉP \l: \ TRICE ET ORTHOPÉDIQUE