I. — APPAREILS PASSIFS
Ces appareils comprennent deux parties : la prothèse proprement dite qui s'adapte sur le moignon et les porte-outils qui servent d'intermédiaires entre l'outil et la prothèse. Bien que conçus essentiellement en vue du travail, la plupart de ces appareils peuvent facilement recevoir une main artificielle pour donner au mutilé la satisfaction morale de pouvoir mettre un membre de parade lorsqu'il a terminé son travail.
A) Porte-outils.
Les porte-outils qui ont été imaginés sont extrêmement nombreux, et nous ne saurions les énumérer tous. Nous aurons particulièrement en vue ceux qui sont d'un usage général, c'est-à-dire qui peuvent servir pour la plupart des travaux ordinaires.
Les usages de la main peuvent se ramener à trois fonctions essentielles : les doigts fléchis pour soulever un fardeau figurent un crochet ; la main lermée pour tenir le manche d'un outil figure un anneau ou un cylindre ; enfin les doigts qui s'opposent pour tenir un objet représentent une pince. On peut donc suppléer les principales fonctions de la main par le moyen de trois instruments : le crochet, Vanneau ou le cylindre et la pince.
Le modèle du crochet simple (fig. 198) utilisé par les amputés est assez connu pour qu'il ne soit pas nécessaire de le décrire. Ses usages sont très variés ; non seulement il permet de porter un fardeau, mais il peut servir aussi à manier la plupart des outils agricoles, en sepassant dans un anneau mis en bonne place sur le manche de l'outil.
Pour remplacer la main fermée, Vanneau est l'instrument le plus simple.
Fig. 191. — Divers modèles d'anneaux ; A) Anneau ordinaire ; B) Anneau à épaulement modèle de Montpellier; C) Anneau-crochet de Deleury.
Il doit avoir un diamètre correspondant à celui des manches d'outils, et être pourvu d'une vis de serrage permettant de fixer fortement le manche et d'éviter ainsi tout glissement (fig. 191 A).
[NOYÉ-JOSSEMAND]
APPAREILLAGE DES AMPUTATIONS
Divers perfectionnements lui ont été apportés. On peut combiner sa forme de telle sorte que le manche se bloque automatiquement par un porte-à-faux sur les deux parties opposées de l'anneau, quand on lui donne une certaine attitude. Tels sont l'anneau à épaulement de Montpellier et l'anneau de Deleury (fig. 191 B. C). On peut aussi l'articuler de façon à lui donner les mouvements d'inclinaison et de rotation nécessaires pour rendre le maniement de l'outil plus facile : anneau de Boureau et d'Aubert (fig. 291), de Lyon. On peut enfin le combiner avec le crochet, pour avoir un appareil à deux fins, soit en l'ouvrant sur un point de sa circonférence (Deleury), soit en fixant un crochet au-dessous de lui (Boureau, Aubert).
Mais l'anneau présente l'inconvénient de ne saisir
le manche de l'outil que par une surface étroite, et
on a senti le besoin de le remplacer par un cylindre
qui reproduit mieux la préhension par l'ensemble
de la main. Un assez grand nombre de porte-outils
sont dérivés de ce principe. Ceux que nous allons
décrire sont dus à notre infirmier M. Jullien *,
après quatre années d'expériences, ils nous sem- ~. 10o a u *
r t r > Fig. 192. — Anneau-crochet
blent les plus pratiques de tous ceux que nous articulé (modèle Aubert).
avons fait essayer. D'autres porte-outils ont été mis
au point par les centres de Montpellier et de Bordeaux, parDevanne à Paris; les modèles anglais et italiens que nous connaissons sont fondés sur les mêmes principes que ceux de Jullien.
Le cultivateur Jullien (fig.
193) se compose d'un cylindre en acier, perforé de trous pour l'alléger et permettre de placer en tout point utile la vis de serrage qui doit bloquer l'outil.
Ce cylindre est monté sur une articulation à cardan qui lui donne une mobilité complète dans toutes les directions.
U agriculteur Jullien (fig.
194) se compose d'un tube
Fig. 193. — Cultivateur Jullien.
Fig. 194. — Agriculteur Jullien.
[NOVE-JOSSEBAND]
ouvert à ses deux extrémités et pourvu aussi d'une vis de serrage. Ce tube est monté sur une bague dans laquelle il peut tourner librement; la bague est supportée par un étrier qui permet les mouvements d'oscillation et qui porte lui-même à son extrémité une petite douille à poignée grâce à laquelle l'appareil jouit aussi de mouvements de rotation. Cet instrument permet de tenir à merveille tous les outils de cultivateur, et même certains outils de menuiserie tels que la lime, la scie, le rabot. Son seul inconvénient, commun d'ailleurs à tous les appareils de ce genre, est que le maniement de la vis de serrage demande un certain temps. Lorsqu'il est important de dégager rapidement l'outil, comme c'est par exemple le cas pour les laboureurs qui risquent d'être entraînés par leur attelage s'il vient à s'emballer, on remplace la vis de serrage par des ressorts saillants à l'intérieur du tube et qui fixent l'outil par une simple pression (laboureur Jullien) (fig. 195).
Les pinces destinées à remplacer la préhension par les doigts sont nombreuses : Amar, Brunet, de Labarthe, Simond, Verbruggen, etc. Celle que nous employons habituellement est la pince Lumière (fig. 196). Elle se compose de trois doigts métalliques garnis de cuir sur leur bord libre, qui représentent la forme des trois premiers doigts de la main en attitude de légère flexion. Deux de ces doigts sont fixes et parallèles ; le troisième mobile est opposé à ces der-
Fig. 195. — Laboureur Jullien.
Fi». 196. — Pince Lumière
niers ; il est commandé par un mouvement combiné d'excentrique actionné par un levier situé sous la pince, de sorte que la simple pression de l'appareil sur une table ou un établi produit la fermeture de la pince et la préhension de l'outil; celui-ci est ensuite fixé par une vis de serrage située en arrière du doigt mobile. L'ensemble est monté sur une rotule qui per-
[NO VÉ-JOSSEBAND]
APPAREILLAGE DES AMPUTATIONS a3i
met de lui donner l'orientation voulue et de le bloquer dans toutes les positions.
Les porte-outils spéciaux sont dune variété infinie, et il est probable qu'ils se multiplieront encore, car les mutilés du membre supérieur trouveront avantage à se spécialiser dans un travail déterminé, et à adapter leur appareil à ce travail suivant leurs convenances propres. Nous nous bornerons donc à citer les principaux modèles. Les mains d'écrivain, de tailleur, de coupeur de cuir, sont des plaquettes montées le plus souvent sur une rotule, et qui servent à fixer par pression le papier, le tissu ou le cuir. La main de dactylographe dérive du même principe, mais elle est rigide et de forme appropriée. Parmi les pinces, nous citerons les mains du vigneron, du facteur, du cocher, la pince à repiquer les légumes. Enfin parmi les anneaux ou les tubes, le porte-lime, le porte-plane, les mains de bicycliste, de chauffeur d'auto, etc.
Il nous reste à envisager les rapports de ces porte-outils avec la prothèse et les moyens de les fixer sur elle.
Pour les travaux de force, il est avantageux de placer le porte-outil le plus près possible de l'extrémité du moignon. Celui-ci peut ainsi actionner l'outil directement et développer toute sa puissance ; au contraire, s'il doit agir par l'intermédiaire d'une tige, il perd d'autant plus de force que ce levier est plus long. On place donc le porte-outil sur la prothèse même toutes les fois que cela est possible, et lorsque le moignon est trop court, on met une tige de rallonge dans la mesure juste nécessaire pouratteindre le point le plus commode.
Pour les travaux à l'atelier, il est le plus souvent nécessaire de rétablir la longueur du membre, les deux mains devant généralement se trouver à peu près au même niveau. Chez les amputés du bras, la tige utilisée à cet effet doit être articulée pour suppléer les fonctions du coude. -
Cette tige articulée a fait l'objet d'études nombreuses, car elfe doit répondre à des exigences multiples. Il faut, en effet, qu'elle ait la faculté de se mouvoir librement dans une excursion de 90° au moins, et de pouvoir se bloquer dans toutes les positions assez solidement pour ne pas céder aux secousses du marteau par exemple. Elle doit de plus permettre de fixer le porte-outil soit à la place du poignet, soit plus haut, vers le tiers supérieur de l'avant-bras, cette dernière position ayant pour effet une meilleure utilisation de la force du membre.
Après de multiples recherches, nous nous sommes arrêtés au système représenté dans la figure 197 qui est une modification du modèle de Trêves.
La partie supérieure est formée par une tige d'acier doux de 10 millimètres de diamètre, sur l'extrémité inférieure de laquelle est rivée une plaque d'acier, qui porte à son centre un orifice de 5 millimètres de diamètre correspondant à l'axe du coude, et dans la partie antérieure de laquelle