‹ Chirurgiens et blessésChapitre 17 sur 122 · M. D. XL · texte numérisé non relu

M. D. XL

Fac-similé, à grandeur, de la page de titres du curieux ouvrage de .lean de Geksdorke : Le Livre de camp des Plaies (Édition de 1540 : Bibl. de la Faculté de Médecine de Paris, ir 2

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enduite de graisse, qu’on insinuait dans la plaie; un cataplasme, selon la formule de l’ auteur, achevait la maturation.

Pour l’extraction des corps étrangers, on se servait de divers instruments : le bec de corbin ; le « loucher », avec lequel on faisait une dilatation préalable, quand l’orifice était trop étroit; des tire-balles, à mors de différentes formes, etc. Enfin, on recourait à des manœuvres d'apparence bizarre, mais qui réussissaient: n’était-ce pas l’essentiel? « Iïans Ulrich de Bade, relate notre chirurgien, fut appelé près d’un homme, atteint depuis peu d’un coup de feu; il souffrait dans le ventre, mais personne ne savait où était la balle ; alors Iïans Ulrich ordonna au blessé de bander une arbalète : par suite de l’effort qu’il fit et du mouvement respiratoire, la balle fut repoussée jusqu’au dessous des téguments, on fit une contre-ouverture, et on put l’extraire avec une pince. »

Bien qu’on n’ait pas la preuve que Braunschweig ait eu la pratique des champs de bataille, il parait 11e pas s’en être tenu exclusivement à la théorie. Pour les plaies par armes à feu, le chirurgien disposait d’instruments nombreux, compliqués, propres à faire face à toutes les exigences d’une intervention active. Sans doute, les planches qui illustrent son ouvrage ne sont pas très artistiques, on ne saurait les comparer à celles qui décorent nos traités modernes; quelquesunes, cependant, sont instructives et, bien qu’un peu schématiques, devaient rappeler d’une manière frappante aux apprentis des faits qu’ils avaient observés sous la direction du maître.

Contrairement à Brunschwig, Jean de Gersdorff* 1 était un chirurgien de tranchées et de campagne. On a prétendu qu’il était de noble extraction; il n’était, en réalité, qu’un artisan : il avait étudié sous un chirurgien de troisième ordre, qui était dentiste et s’appelait Jean, ou Nicolas, chirurgien du duc Sigismond d’Autriche. Il s’était trouvé avec lui à trois batailles, pendant les guerres de Bourgogne 2.

1 Le titre de son ouvrage est Feldtbuch der Wund Artzney, zampt vilen Instrumenten der Chirurgen asz dem Albucasi contra fant , etc. Il en a paru des éditions successives en 1 5 1 7, i52Ô, 1 5 28 , i53o, 1 535, i54o, 1 54a (Cristeller, loc. cil.).

- Cf. Esquisse historique du service de santé militaire en général t et spécialement du service chirurgical depuis rétablissement des hôpitaux militaires en France , par J. P. Gama (Paris,

1 8.4 1 ) - C est cet auteur qui prétend que Gersdorff, « au lieu de la suture alors en usage après les amputations, avait déjà indiqué la réunion immédiate, sur laquelle on a tant disserté

dans ces derniers temps ». Gela était écrit en i84o.

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Une trépanation au hébut nu xvl* siecle. (Planche tirée de l'ouvrage de Jean de Gersdorff.

CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS l/üISTOTRE

Gersdorff avait, cependant, de l’instruction, puisqu’il cite maintes fois les Arabes 1 et son prédécesseur Brunschwig, dont il avait lu le traité, car il reproduit presque textuellement son procédé pour favoriser la suppuration.

Jean de Gersdorff serait, a-t-on dit, « le premier qui ait écrit un traité de chirurgie en langue vulgaire, et le premier aussi qui ait fourni à des hommes illettrés, occupés jusqu’alors de l’office le plus subalterne de l’art de guérir, le moyen de se hasarder à pratiquer la chirurgie tout entière ». Ce n’est pas tout à fait exact; il a eu, sous ce rapport, nombre de devanciers2.

On ne saurait méconnaître que Jean de Gersdorff ait eu plus de méthode et de jugement que la plupart de ceux qui l’ont précédé. Tandis que presque aucun d’eux n’avait osé disséquer, Gersdorff avait fait des démonstrations d’anatomie à Strasbourg, sur le cadavre d’un pendu; quelques-unes de ses figures sont consacrées à l’anatomie des régions, alors inconnue et qui le resta longtemps après lui.

11 avait inventé plusieurs instruments, tels qu’un trépan à trois pieds sans manche; un levier de fer, pour redresser l’humérus courbé et qu’il appliquait de même au fémur et au tibia; diverses tenailles, pour extraire les balles, etc. Percy faisait grand cas de ses tire-fonds, « un entre autres, dont la canule se termine par trois petites pointes, propres à assujettir la balle, pendant qu’on la perce avec la mèche spirale : ce qui annonce la sagacité qu’avaient déjà les chirurgiens de son pays et de son temps, et enlève le mérite de cette idée à certains auteurs qui ont voulu se l’attribuer ».

Le chirurgien que nous venons de citer vante également différents tire-balles rostriformes,- tels qiie le bec de grue et le bec de corbin ; une curette droite et une autre dont le cuilleron est recourbé ; entin, des dilatatoires doubles et à bascule.

Chez Gersdorff, on trouve la première mention de l’ambi, fort différent de

1 Haller dit qu’il s’est beaucoup servi des Arabistes, et Dezeimeris ajoute que c’est surtout à Albucasis qu’il a emprunté. D’après Gama (op. cil., 1 8), Haller serait tombé dans une étrange erreur, au sujet de Gersdorff; le nom Je maître Nicolas étant, dans le livre de Gersdorff, immédiatement suivi de l'expression allemande maulurtz , qui veut dire dentiste, Haller écrivit : Nicolas Mulhart. Il n’a pas vu que maulurtz, écrit tout d’un trait, était un surnom. Par un restant des coutumes romaines, il était assez d’usage, alors, en Allemagne, d’employer les surnoms au lieu des noms propres, pour désigner les personnes qui excellaient dans quelques parties de leur profession, ou qui se faisaient remarquer par quelque chose de particulier: ainsi Gersdorff lui-même avait le sobriquet de Scliylhans ou Schiel-hans , c’est-à-dire « le louche », sous lequel on le désignait ordinairement.

2 Cf. Malgaiune, op. cit., GGIV.

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