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UNE CONSULTATION AU DÉBUT DU XVI' SIECLE

(Jean de Gersdorff, op. cit. : Bibi.. de la Fac. de Méd. de Paris.)

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l’ambès d’Hippocrate* 1, pour la réduction des luxations. Il existait en Allemagne sous le nom de die wage (la balance), et il était fort en usage au commencement du xvie siècle. Gersdorff le modifia et en fit un instrument nouveau, qu’il appela der narr, le fou, et qui, au mécanisme de l’ambi ou de la balance, joignait la facilité d’exercer des extensions très fortes à l’aide d’une vis2.

Dans la trousse de Gersdorff, comme dans celle de Brunschwig, on voit le tire-flèches occuper le même rang que le tire-balles; c’est que les armes à feu, tout en se généralisant, n’avaient pas encore réussi à remplacer définitivement l’arc, l’arbalète et la fronde : en 1485, la moitié des yeomen de la garde royale d’Angleterre avait des armes à feu, l’autre moitié était pourvue d’arcs.

Dans le chapitre qu’il consacre aux plaies par les flèches et les balles, Gersdorff témoigne d’un esprit judicieux. Il cherche, d’abord, à se rendre compte de la gravité de la plaie, pour régler son intervention en conséquence : quand le blessé a de l’écume à la bouche, c’est d’un fâcheux présage; une plaie du cœur est mortelle, toutes les fois qu’elle donne issue à du sang noirâtre; sont, pareillement, mortelles les plaies du poumon, accompagnées de sortie de l’air inspiré; les plaies de l’estomac ou de l’intestin, qui donnent passage aux matières alimentaires ou aux fèces; celles de la vessie qu’accompagne la sortie de l’urine. Puis il détaille les procédés pour l’extraction des corps étrangers et consacre autant d’espace aux flèches qu’aux balles.

Le Dr L. Thomas qui a fait, des traités de Gersdorlî et de Brunschwig, une étude approfondie, a résumé en quelques phrases les qualités essentielles des deux chirurgiens, et, dans son parallèle, il n’hésite pas à proclamer la supériorité de Gersdorff.

« Braunschweig était un maitre de l’époque ; il était solennel, disert et dogmatique. Dans les gravures que renferme son traité, on le voit régulièrement vêtu de la robe professorale et du bonnet carré ; il semble plus occupé d’émerveiller ses auditeurs, que de soulager son patient ; les assistants eux-mêmes sont des escholiers attentifs, que le pauvre diable ne semble guère intéresser. Gersdorff est presque

1 II est reproduit, d’après A. Paré, dans la thèse d’André Ballu ( l'Arsenal chirurgical ancien ; thèse de Paris de iyo5), (pii ne cite même pas Gersdorff, dont il paraît avoir ignoré l'ouvrage.

- A. L. Richter a figuré les deux ambis de Gersdorff, dans l’atlas de son livre, Tlieoretischpraktisches handbuch der Le lire von den Brilchen und Verrenkungen der Knochen ; Berlin,

i 828 (Maluaignk).

Une extraction de flèche» par un chirurgien militaire, au début du xvie siècle (D'après Gersdorff, op. cit p. XXXY.)

j 2/; CHIRURGIENS ET RLESSES A TRAVERS L HISTOIRE

toujours seul, et quand il a un aide, celui-ci remplit véritablement son rôle, et le seconde le mieux qu’il peut. En face d’une plaie de tête, Braunschweig dissertait, comme toujours, se réservant probablement d’appliquer ce qu’il venait de dire après le départ des assistants ; Gersdorff et son élève sont occupés à couper les cheveux et à préparer un emplâtre. »

Une gravure naïve, qui constitue le lrontispice de 1 ouvrage de Gersdorlï, montre un premier pansement, à proximité sans doute du champ de bataille : les blessés sont assis sur des morceaux de bois, derrière un gabion; le chirurgien a simplement à sa disposition sa trousse et un bassin pour mettre de l’eau ; on n’aperçoit pas d’aides autour de lui : il n’y avait pas encore de corps d’infirmiers, et rien qui ressemblât à une ambulance1.

Si l’armée restait longtemps dans une contrée, si elle était immobilisée par un siège laborieux, on utilisait les hôpitaux que l’on rencontrait, ou l'on en créait de nouveaux : devant Landrecies et Saint-Dizier, en 1544, le médecin Daza Chacon fut chargé de former des asiles pour le traitement des blessés. 11 y avait même, assure-t-on 2, un bateau-hôpital dans la flotte que la fierté castillane avait baptisée l'invincible Armada. Daza Chacon faisait partie du service des armées de Charles- Quint, qui étaient alors, pour l’organisation et la discipline, les plus réputées de l’Europe. L’empereur-roi recrutait ses médecins un peu partout : il prit Vésale en Flandre, il trouva d’autres praticiens en Italie et en Allemagne ; Daza était un des rares médecins de l’Empereur-Roi qui fussent nés en Espagne : il avait vu le jour à Yalladolid et avait étudié à Salamanque.

Chacon est certainement un des plus illustres chirurgiens de son époque : il connaît les phénomènes du schok opératoire, du vent du boulet; les accidents produits par les fragments de vêtements entraînés dans les tissus ; il sait, quand il y a lieu, se garder d’une intervention qui pourrait être funeste et reconnaît que, parmi la multitude de blessés qu’il a eus à soigner, beaucoup plus survécurent de ceux à qui il avait laissé des balles dans le corps, que de ceux auxquels il les avait enlevées.

Pour nous résumer, le chirurgien espagnol s’est beaucoup inspiré d’Ambroise Paré : ses procédés de diagnostic et de traitement sont, à peu de chose près, ceux de Paré ; mais il y a, entre les deux, la différence profonde qui sépare le talent du génie.

1 On attribue généralement à Isabelle la Catholique (i45i-i5o4) l’initiative de la création des hôpitaux et ambulances militaires : au siège d’Alora, cette reine envoya au camp de grandes tentes et leur mobilier, avec des médecins et chirurgiens assistants, pourvus de remèdes.

2 L. Thomas, op. cit., 26.

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