LA PREMIÈRE AMBULANCE ET LE PREMIER ASILE D INVALIDES
Au temps où vivait Ambroise Paré, on avait déjà pressenti l’utilité des ambulances, puisque chaque compagnie de seigneurs avait sa caisse d’instruments, de drogues et de linge à pansement ; mais il restait à grouper, à centraliser ces moyens épars d’assistance aux victimes de la guerre.
Au début, des fonds particuliers furent assignés « aux soins et pansements des blessés et malades » ; la prévoyance de l’homme d’Etat qui en avait eu la première idée ne devait pas s’arrêter là. Ministre d’un roi « né sur le trône, mais élevé au milieu des paysans », d’un souverain sorti du peuple et qui régnait pour le peuple, Maximilien de Béthune, duc de Sully, savait remplir les désirs de son maître en s’attachant à soulager les maux de ses sujets. C’est le mérite incontesté du grand Argentier d’un roi populaire entre tous, d’avoir consacré une partie des deniers de l’Etat à cette œuvre de solidarité humaine, qui, pour l’époque, constituait presque un anachronisme l.
Jusqu’alors, les premiers secours étaient donnés dans des hospices civils, mais le plus souvent dans les couvents et les maisons des particuliers2; on faisait la
1 Avant Sully, il y eut, toutefois, des tentatives isolées de création d’ambulances. Nous avons cité antérieurement celles de la reine Isabelle la Catholique, « institution bien éphémère, qui ne semble pas s’être maintenue après l’opération stratégique au cours de laquelle elle fut créée »; celle du maréchal de Bkissac, en 1 55 1 ; celle du duc de Guise, Tannée suivante; mais il faut arriver à l’année i .">97, pour trouver trace d'une véritable organisation.
- Les soldats hors d’état de continuer leur service étaient placés d’autorité dans les couvents et les abbayes; mais les lettres royales, qui prescrivaient cette injonction, ne furent pas toujours respectées : témoin l’ordonnance rendue par Henri III, au mois de février i585, laissant entendre que les places n’étaient pas toujours données à qui y avait droit, et que, parmi les bénéficiaires, il en était qui s’étaient « fait pourvoir de plusieurs (places) les unes après les autres, en divers abbayes et prieurez, les vendant et en faisant trafic et marchandise ». Ce sont de pareils abus qui déterminèrent Sully à précipiter la création de l’asile d invalides qu’il avait depuis longtemps projeté.