LES BLESSÉS SOUS LA MONARCHIE
français, ensemble des drogues et médicamens pour les secours des malades et de ceux qui seront blessez » ; il sera « convenu avec l’ambassadeur de ladite République, qu’elle fera fournir un lieu propre et commode pour establir un hospital, lequel soit le plus proche qu’il se pourra de ceux où l’armée sera obligée d’agir, pour
Le Telliek, père de Louvois, Secrétaire d'Etat de 1077 à 1085.
(Collection de l’auteur.)
la plus grande commodité des malades et blessez et de ceux qui desserviront
ledit hospital ». Sont-ce là phrases creuses, étalage d’une sensiblerie de commande? Peut-être dans les instructions de Mazarin démêlerait-on un mélange d’intérêt et de charité ; mais si Le Tellier, comme, du reste, son souverain, sont pareillement guidés par les deux mobiles, il apparaît chez eux un degré plus marqué de philanthropie.
C’est Le Tellier qui rappelle, sur un ton assez vif, au surintendant des finances, que « le fondz de l’hôpital » n’est pas moins pressé que les autres ; que « le soldat
soulîre », et qu’il doit y pourvoir sans délai. C’est Louis XI Y, qui sans cesse recommande de « tenir la main à ce que les malades soient traités et assistés le mieux qu’il sera possible et d’aviser avec l’intendant , aux moyens de remédier aux difficultés qui se rencontrent à une œuvre si charitable et si importante... 1 ».
Ainsi, ce monarque dont on ne nous dépeint d’ordinaire que le monstrueux égoïsme, tout différent nous le dévoilent ces fragments trop ignorés de sa correspondance.
Dans ces épanchements épistolaires, nous glanons des phrases comme les suivantes, qui décèlent une sensibilité qu’on n’est pas accoutumé à relever chez un souverain dont le cœur a résisté à tant de dures épreuves; on a peine à ne pas croire à une illusion des sens, quand on lit sous la plume de Louis XIV : « Il faut assister les blessés avec des soins extraordinaires, les voir de ma part, leur témoigner que je les compatis fort...
Vous aviez grande raison d’être en peine des malades, car c’est un point qu’on ne sçaurait jamais avoir trop à cœur... » Dans une autre circonstance, il se montre non moins pitoyable à l’égard de ceux qui souffrent, assurant qu’ii participe à leurs souffrances et que « leurs blessures seront en tout temps de puissantes recommandations » auprès de lui. « Ne vous rebutez pas, mande-t-il à un de ses intendants, sur l’assistance des blessés et des malades, par les difficultés qu’on y apporte... ei n’oubliez rien, d’ailleurs, de ce qui dépendra de vos soins pour un bien si nécessaire2. »
Sublet de Noyers, Secrétaire d'État de 1636 à 1643.
1 Œuvres de Louis XlV, X , 2^2.
2 Œuvres de Louis XI 1, V (Lettres de 1G6.4, i665, iGGG).
LES BLESSÉS SOfJS LA MONARCHIE
l-ommenl ne pas reconnaître, dans toute cette série d’actes, une véritable unité de vues? Richelieu, Sublet de Noyers, Mazarin, Le Tellier ont été les exécuteurs dune volonté souveraine; ils se sont efforcés à réaliser les intentions de Henri IV, de Louis XIII et de Louis XIV. Plus la royauté s’est établie fortement, plus elle s’est humanisée; elle a cherché à diminuer les effets des maladies et des blessures, non seulement pour s'attacher des soldats, mais encore pour secourir des hommes ; intérêt et charité, souvent inconciliables, ont, en cette circonstance, été d’accord.
La monarchie n’avait pas mis longtemps à comprendre qu’il n’était ni avanta-1 2 geux, ni humain de renvoyer à l’armée un soldat à peine guéri de ses blessures, ou relevant de maladie.
Dès cette époque,
011 a SOngé à donner L’Hôtel Royal des Invalides, sous Louis XIV.
aux militaires blessés
ou malades un congé de convalescence : tantôt on recommande de l’envoyer dans une place, où il sera bien traité : tantôt de lui donner des « quartiers de rafraîchissement », où il reprendra des forces1.
L’importance des hôpitaux apparaît de plus en plus manifeste à ceux qui ont la charge de l’administration militaire, et auxquels il n’échappe point qu’ « une armée sans bons hôpitaux périt aisément, n’étant pas possible que les actions de guerre et les maladies ne les remplissent souvent et même trop abondamment-». Ce ne sont encore que des hôpitaux ambulants, établis dans chaque armée pour
1 Mss. de la H. N.. 4 169 et 4>7Ô ( 1 644- 1 ; : ouv. précité de L. André.
2 Mémoires de Feuquière , I, 211.
CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS L’mSTOIRE
subvenir aux besoins immédiats, et qui disparaissent dès que les opérations sont terminées; mais, encore aujourd’hui, en est-il autrement?
Une ordonnance de 1629 avait spécifié que chaque régiment aurait un hôpital et des chirurgiens; sous Louis XIV, l’administration de chaque hôpital fut mise entre les mains de l’intendant, chargé de tous les services. A lui de s’occuper de la création de l’établissement, de préparer à l’avance et d’acheter tout ce qui est nécessaire à son fonctionnement : « meubles, drogues, vieux linges et ustenciles pour l'hospital » ; de choisir des « chirurgiens et apoticquaires expérimentez et des gens capables de les ayder, et avoir l’œil incessamment sur eux 1 ».
L’intendant est responsable du bon fonctionnement de l’hôpital; non seulement il dispose d’un budget à ce particulièrement affecté, mais des « revenants-bons » et de la solde des militaires malades, qui viennent se faire soigner dans la maison dont il a la direction. Ce n’est que plus tard qu’on le déchargera de cette responsabilité, et que les fonctions de directeur seront dévolues à des ecclésiastiques. Capucins, Jésuites, Franciscains ou Héeollets 2, auront à s’inquiéter des secours, matériels autant que moraux, des malades; mais, soit que leur recrutement ait été de plus en plus malaisé, soit pour tout autre motif, on dut reprendre l’ancien système et revenir à l’intendant.
Que devenaient les soldats atteints de maladies graves dans les quartiers d’hiver ou en garnison, puisqu’il n’a été jusqu’ici parlé que des ambulances provisoires ; existait-il, dans les places fortes, des hôpitaux fixes? Richelieu y avait pensé ; Le Tellier poursuivit l’œuvre du grand Cardinal : il recommanda d’envoyer les soldats grièvement blessés dans les places, et de pourvoir à « ce qu’ils soient receus et traités dans les hospitaux ». Des hôpitaux militaires furent ainsi créés à Arras, Calais, Dunkerque, Perpignan, toutes villes-frontières, où le besoin s’en faisait plus spécialement sentir.
Le gouvernement royal, comme ceux qui l’avaient précédé, prit-il souci des
1 Instructions aux intendants (1646).
- Depuis un temps, écrit Feuquière ( Mémoires , I, i64), les hôpitaux de l'armée sont suivis d’un nombre de Récollets, pour l’administration du spirituel aux malades et aux blessés; ils sont voiturés et montés aux dépens du roi et ont des charrettes pour porter les ornements de leur chapelle et leurs bagages. Les religieux ont un supérieur comme dans un couvent fermé. « Toutes les fois qu’il y avait un rassemblement de troupes, on en faisait venir; la guerre finie, on congédiait les Pères, qui retournaient dans leur couvent. C’était aussi parmi les Récollets que se recrutaient les aumôniers des régiments. » Babkau, op. cit., 224.