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LES BLESSÉS SOUS LA MONARCHIE I

éclopés? Sur ce point encore, Louis XIV < — ou plutôt son commis, Le Tellier, — ne fit pas moins que ses prédécesseurs; du moins agit-il dans la mesure où le lui permit l’état des finances royales.

Tout homme, devenu infirme au service du roi, recevait une indemnité pécu-

Vue de i.' Hôtel Boval des Invalides, au \viib siècle. Il) apres une estampe du temps.)

niaire, proportionnée à la qualité dn blessé et à la gravité de sa blessure ; 30 a 50 livres étaient allouées au soldat, 300 à 400 aux officiers.

1 Louis XIV fit, en i66y, dresser un procès-verbal de tous ceux qui jouissaient de places d’oblats dans les abbayes et prieurés, et il fut un moment question de faire de ces derniers « un lieu d’asile et de retraite D pour les fdles qui embrasseraient la religion catholique et « auxquelles les parents refusent toute sorte d’aliments et de pensions quand elles changent de religion »v Voir la lettre de Marie à Colbert, du 6 juin i66y, dans Va Correspondance administrative sous Louis XI V, éditée par Ch. Depping, t. I\ , 3io-3i i.

CHIRURGIENS ET RLESSES A TRAVERS L’HISTOIRE

Les invalides célibataires trouvaient asile dans les monastères, où ils étaient, comme autrefois les frères lais , nourris, logés, vêtus et chauffés aux frais de l’abbaye, en échange de services domestiques; les invalides mariés recevaient une pension annuelle de cent livres, que leur payaient les moines, par trimestre et d’avance.

Mais combien en restait-il qui n’étaient pas secourus ! Ceux-là grossissaient l’armée des mendiants, qui envahissaient les cités les plus peuplées.

Paris fut naturellement la ville qui les attira en plus grand nombre. Les estampes de Callot sont, à cet égard, d’un criant réalisme et, même après lui, la population de la Cour des Miracles n’avait pas sensiblement diminué, en dépit des mesures prises par les pouvoirs publics, pour endiguer le Ilot toujours montant de la lLe populaire. On eut beau assigner comme résidence aux soldats mutilés les places fortes de la Normandie, de la Picardie, de la Champagne et des Trois- Evêchés; assurer, outre les frais de voyage1, à chacun d’eux, une subsistance quotidienne et une solde de deux à cinq sols, ils n’en continuèrent pas moins à se répandre dans la capitale, où ils pouvaient plus facilement échapper à la surveillance de la police et se libérer de travaux qui répugnaient à leur paresse.

Les pénalités les plus rigoureuses ne les décourageaient pas : tout habitant qui faisait l’aumône à un militaire estropié était frappé d’une forte amende2 3, et le mendiant puni de mort; cela n’empêcha, en aucune manière, les abus; et c’est parce que les tentatives pour réprimer la mendicité et le vagabondage des «. stropiats » restèrent vaines, que Louis XIV fut amené à fonder l’Hôtel des Invalides :f, destiné à recueillir les mutilés de la guerre.

En attendant que l’établissement fût prêt à recevoir ses hôtes, ceux-ci furent logés au faubourg Saint-Germain, rue du Cherche-Midi, près de la Croix-Rouge.

L’Ilôtel royal des Invalides fut solennellement fondé par un édit d’avril 1674; le secrétaire d’Etat de la Guerre en fut nommé le Directeur et Administrateur général.

Dans le principe, les conditions d’admission étaient peu rigoureuses : dix ans de service aux armées et le fait d’avoir été estropié dans le service suffisaient à donner a’cçès dans le somptueux asile édifié par Libéral Bruant et décoré pompeu-

1 II leur était payé douze sols par jour, pour leur voyage.

2 Cent livres d’amende, applicables : un tiers, à l’I Iôtel-D ieu de Paris; un tiers, au dénonciateur; et l’autre tiers aux officiers qui en feraient la capture. (Ordonnance du 19 mars 1 644 • )

3 Le Roi voulait d’abord l’appeler l’Hôtel de Mars ; le titre définitivement choisi fut celui d’ « Hôtel royal des officiers-soldats invalides et estropiez au service de Sa Majesté ». Revue hebdomadaire , 26 mai 1917 ( Les mutilés de la guerre sous l' ancien régime : Estropiés , caducs et manicrots ).

( < ; o 1 1 ec lion de l'auteur.

sement par Mansart. Un examen plus sévère des titres fut exigé par la suite, mais cette sévérité n’empêcha pas le favoritisme et les passe-droits.

Il est curieux de connaître l’appréciation d’un contemporain, et non des moins considérables, sur cetle institution du grand Roi. Voici le jugement qu’en porte Vauban, dans un de ses écrits, récemment mis au jour1.

Cet établissement... quoique de bonne et excellente institution, semble n’être pas encore dans toute la perfection requise... Les soldats sont réduits dans une espèce de contrainte et sous une discipline austère qui les gène et les prive en même temps de cette liberté tant désirée qui fait en tout lieu et en tout temps plus de la moitié du bonheur et de la félicité des hommes... Cette grande cour où l’on voit ordinairement des 7 à 800 hommes se promener en gens qui ne savent que devenir ni que faire, fait un montre aux yeux des passants qui a. des ressemblances désagréables et des airs de fainéantise peu édifiante... 11 est certain que la disposition des Invalides, en l’état qu’ils sont, ne fait pas assez l’effet qu’il serait à désirer sur l’esprit des troupes qui considèrent cet établissement comme une espèce d'honnête hôpital érigé pour les misérables, où on les reçoit que quand ils n’en peuvent plus...

Vauban établit trois catégories d’invalides : les « invalides parfaits , qui sont les aveugles, manchots des deux bras, ceux qui ont perdu les deux jambes, les paralytiques ou ceux qui ont quelque autre mal équivalent, qui rend ceux qui en sont atteints absolument incapables de faire oeuvre de leurs pieds ni de leurs mains » ; les « invalides imparfaits... qui peuvent encore rendre quelques services, comme de garder les bestiaux, servir de portiers, exercer quelque petit commerce, filer, tricoter, coudre, et faire quelque autre ouvrage aisé et peu pénible » ; les «invalides de service qui, étant encore jeunes et non estropiés de tous leurs membres, tels que sont les manchots, les jambes de bois, les borgnes, les médiocrement avancés en âge et surchargés de quelque blessure qui ne leur permet plus le service de la campagne, mais qui, leur laissant l’usage de partie de leurs membres, peuvent encore servir dans les petites places où il y a peu de mouvement à faire ».

Avec ce sens pratique qui le distingue, Vauban va jusqu’à établir le tarif des pensions à distribuer aux mutilés de chaque catégorie :

On pourrait fixer les pensions de ceux de la ire classe à i5 sous par jour ou 22 livres îosous par mois, leur vie durant, savoir : 10 sous pour le maitre et 5 sous pour le valet parce qu’ils ne sauraient se servir eux-mêmes et que, de nécessité, il leur faut quelqu un pour les servir, les conduire ensuite dans les lieux de leur naissance, chez leurs parents, pour en avoir soin, ou dans des couvents à leur choix aux dépens des Invalides et leur faire payer leur pension chez

1 Vauban, sa famille et ses écrits ; ses Oisivetés et sa correspondance : analyses et extraits, t. Ier, 3ui et suiv., par le lieutenant-colonel de Rochas.

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