QUELLES SONT LES CONDITIONS DU MALADE
Si du mal qui le presse il craint la violence,
Soumis aux volontez de la Toute Puissance,
Qu’il souffre alors en bon chrétien
Ses douleurs avec patience ;
Mais , quand le fer en main, V opérateur s’avance,
Ainsi que le timide chien,
Il crie avant le coup dont il prévoit l’atteinte ,
Son courage se change en crainte,
Et sa bouche, en tremblant, dit que son mal n’est rien ;
Mais en vain la nature use de cette feinte i.
Contemporain de Scipion Abeille. Verduc, ancien chirurgien- major, maître en chirurgie à Paris 2, « où il professait des cours très suivis », ne mérite de retenir l’attention, que pour avoir donné quelques indications sur l’extraction des corps étrangers, des balles en particulier. Comme le dit le Dr Orangée3, nos ancêtres n’avaient point à leur disposition la radiographie, qui rend actuellement tant de services ; il fallait donc au praticien beaucoup d’adresse ou d’ingéniosité pour se tirer d’affaire, lui et son malade. Le texte de Verduc n'a rien perdu aujourd’hui de son intérêt :
Pour tirer une baie ou quelque autre chose du corps, il faut mettre le blessé, s’il est possible, en la manière qu’il était lorsqu’il a reçu le coup. Si ses forces ne le permettent pas,
1 Le Parfait Chirurgien d’armée (1696), 167-9.
2 Verduc, La manière de guérir les fractures et les luxations qui arrivent au corps humain par le moyen des bandages; Paris, 1 6 8 5 , 1689-1712. La 2e édition est accompagnée d’un petit Traité des plaies d’arquebusades . Dans l’édition posthume de 1714, on trouve ajoutées plusieurs observations d’armes à feu (Delorme, 64).
3 P avis- Médical, 1916 (En marge de la guerre).
on luy donnera une situation la plus approchante de celle qu’il devait avoir pour être sondé commodément. Cette circonstance ne doit pas être négligée si l’on veut trouver la baie. On cherche la baie avec les doigts , ou avec des instruments qui sont de différentes figures ; on les choisit suivant la nécessité.
... 11 est quelquefois assez facile de tirer une baie par la même ouverture qu’elle a faite lorsqu’elle n’est pas entrée fort avant dans les chairs ; mais lorsque la playe est profonde, il est impossible de la pouvoir tirer sans contre-ouverture. Avant que de faire l’incision, on doit loucher tous les environs de la playe et si l’on sent quelque dureté on doit juger que c’est apparemment dans cet endroit qu’est la baie. On faitune incision dessus en évitant les vaisseaux et l’on tire la baie avec les doigts si l’on peut, ou bien avec quelque instrument ; mais les doigts sont toujours les meilleurs instruments , lorsqu’ils peuvent aller jusqu’au fond de la playe.
... Si la baie se trouvait engagée dans un os et qu'on ne pût l'avoir, il faut l'y laisser.
Cette pratique est justement celle qui a été récemment préconisée par un de nos très distingués chirurgiens, le Dr César Roux. Nous raillons assez volontiers ceux qui nous ont précédés dans la carrière, mais nous les imitons, quand nous y trouvons avantage; nous oublions bien parfois de leur restituer ce qui leur appartient, à cela près... Ainsi, qui songe aujourd’hui à Belloste, dont le nom n’a dû qu’à une formule de pilules mercurielles de ne pas sombrer dans le gouffre sans fond de l’oubli? Sait-on que ce chirurgien, qui jouit en son temps d’un légitime renom, a très explicitement montré les dangers du contact de l’air avec les plaies? Sans doute, Ambroise Paré admettait que l’air est l’ennemi des plaies, d’après l’enseignement même d’Hippocrate, ce qui ne l’empêchait point de les panser plusieurs fois par jour; tandis que Belloste* 1, qui avait été chirurgien-major des hôpitaux de l’armée du roi (Louis XIV), en Italie, et, de par ses fonctions, avait été appelé à donner ses soins à de nombreux blessés, notamment après les batailles de Staffarde et de la Marseille, avait pu observer de visu les avantages de pansements rares et les effets nuisibles de l’air sur les plaies ouvertes.
La vieille pratique que j’ai des hôpitaux, écrivait-il, m’a fait connaître que le lieu où les malades ont fait quelque séjour, conserve longtemps la mauvaise odeur qui leur avait été communiquée par ces malades. On n’en peut accuser, ce me semble, que les atomes impurs qui se sont attachés aux murailles et qui obligent ceux qui veulent ensuite habiter les mêmes
1 Son traité porte pour titre : Chirurgien d'hôpital, enseignant la manière douce et facile de guérir promptement toutes sortes de plaies et le moyen assuré d’éviter l’exfoliation des os, par Belloste, chirurgien de S. A. R. Madame, douairière de Savoie; Paris, 1696-1698, 1 yo5-