‹ Chirurgiens et blessésChapitre 32 sur 122 · SIECLE · texte numérisé non relu

SIECLE

lieux, de les blanchir, de les couvrir de plâtre ou de chaux, pour se mettre à l’abri de l’infection qu’on pourrait recevoir de ces ferments morbifiques.

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Jean-Louis Petit (1674-1750).

Les draps et les autres marchandises qui viennent de pays attaqués de contagion, ne sontils pas passés sur le feu, pour purifier et consumer les atomes pestilentiels qui peuvent s’y trouver engagés et qui auraient la force, sans cette précaution, de communiquer une peste

universelle dans les lieux où ils sont apportés ? Si donc ces atomes ont assez de ténacité, de consistance et de vertu fermentative, pour s’attacher sur un corps dur et uni comme l’est une muraille et y rester plusieurs mois sans perdre leur mauvaise odeur, et si leur disposition les porte à ronger et à putréfier, que ne feront-ils point dans les plaies découvertes où les fibres sont toujours humides, gluantes, délicates et sans soutien ?... Tous les praticiens modernes tombent d’accord avec les anciens que l’air est un terrible destructeur dans les plaies, mais il s'en trouve peu qui agissent avec les précautions nécessaires pour lui interdire l’accès dans les parties blessées. Il est pourtant inutile de le savoir si on ne le met en pratique...

Belloste a non seulement pressenti l’importance de l’influence de l’air extérieur sur les plaies ; il a, toutes les fois que cela lui a paru possible, contrairement à beaucoup de chirurgiens de son temps, fait de la chirurgie conservatrice, notamment dans les fractures graves des membres. La conservation, dans le cas de traumatisme de la main, n’est pas davantage, comme on le pourrait croire, de date récente: Belloste ne procédait pas autrement, sous ce rapport, que nos modernes opérateurs L

11 nourrissait abondamment ses blessés et allait jusqu’à leur donner du vin. 11 n’était guère partisan des purgatifs, dont abusaient ses contemporains, mais il

utilisait encore les saignées multiples. Longuement il a insisté sur la position inclinée à donner aux membres blessés et il ne veut pas que les premiers appareils serrent trop étroitement les membres fracturés, se basant sur l’expérience acquise pendant la campagne d’Italie, où il avait vu quantité de membres frappés de gangrène, pour avoir été « trop étroitement bandez ».

C’est aussi dans les camps et à la guerre, que Jean-Louis Petit avait acquis l’expérience et la science qui lui ont valu sa réputation. Dès l’âge de 18 ans, pourvu de son brevet de chirurgien-, il avait été employé dans les hôpitaux de l’armée du maréchal de Luxembourg, alors occupé au siège de Namur. A la paix, signée en 161)7, J.-L. Pelit était nommé chirurgien-major de l’hôpital de Tournay, où il ne faisait qu’un séjour temporaire ; l’année suivante, il retournait à Paris.

Bappelons seulement qu’on doit à J.-L. Petit un procédé ingénieux d’hémostase,

1 « Je diray seulement que de toutes les mains blessées que j’ay pansées dans ces derniers temps, j’ay toujours conservé ce qui est resté du membre, sans qu’il se soit fait peu ou point de séparation d’esquilles, ni de pertes de phalanges, quoique le fracas et le déchirement eussent été grands dans ces organes. » Op. cil., 202.

• Eloge de J.-L. Petit, par Louis ( Mém . de l’Académie de chirurgie, t. I).

CHIRURGIENS MILITAIRES DU XVIe AU XVIIIe SIECLE 217

le tourniquet qui porte son nom i, et qui figure encore dans notre arsenal chirurgical. Cet habile chirurgien imagina également un appareil contentif pour les fractures

Tourniquet de J.-L. Petit.

du membre inférieur; il fut, enfin, le premier à se servir de la litière comme moyen de transport.

1 Le garrot avait été imaginé en 167C par Morel, au siège de Besançon : c’était un mode d’Iiémostase provisoire et d’urgence; le tourniquet de J.-L. Petit était plutôt réservé pour l'hémostase préventive des amputations; ou, à titre exceptionnel, pour les blessures des gros troncs artériels (Delorme).

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