LA BLESSURE DU MARECHAL DE V1LLARS
le genou, c’est dans sa chaise qu’il voulut être porte (après qu’on eut pratiqué l’extraction du projectile) à la tête de ses troupes, afin de les amener au combat; mais la douleur lui ayant fait perdre connaissance, il dut céder le commandement et
Le Makéchal ue Villaiis (D'après Vangelisti).
se remettre entre les mains des chirurgiens. Grâce aux renseignements fournis par les historiens sur cet épisode, il nous sera aisé de montrer comment on traitait un blessé de marque à l’aurore de l’avant-dernier siècle.
Le maréchal de Villars avait été transporté au Quesnoy avant la fin de l'action.
Les principaux chirurgiens de l’armée furent appelés à son chevet. La plupart opinèrent pour l’amputation de la jamhe. On recula tout d’abord devant une décision aussi grave ; mais la plaie prenant un mauvais aspect, les interventionnistes triomphèrent.
Mareschal, chirurgien du roi, et qui ne passait jamais la nuit hors des châteaux habités par Louis XIV, afin de toujours être à portée de lui donner ses soins, fut consulté sur le cas de Viliars. On lui avait envoyé un bulletin journalier de son état, il était donc à peu près fixé; mais il crut devoir, pour faire partager sa responsabilité à ses collègues du Collège de chirurgie de Saint-Corne, solliciter leurs avis.
Les bulletins devenant plus alarmants, il se résolut à partir pour le Quesnoy; il fallait, pour cela, un ordre royal. La Cour était à Marly depuis le 26 septembre (1709). 11 arriva, ce jour-là, un courrier de Flandre, par lequel on sut
que la blessure du maréchal de Viliars n’allait pas bien, et qu’il s’était fait « un sac au jarret». Sur cette nouvelle, le roi, qui en fut fort touché, résolut de faire partir Mareschal, son premier chirurgien, le lendemain à la pointe du jour1.
Près de cinquante lieues séparent Marly du Quesnoy : Mareschal, parti en chaise de poste, mit un jour à parcourir cette distance. 11 trouva le malade dans la situation la plus alarmante, le moral très affecté: ne lui avait-on pas prédit qu’il parviendrait aux plus hautes dignités, mais qu’il succomberait, cette année même, à ses blessures? 11 s’était donc préparé courageusement à la mort, persuadé qu’il n’en pourrait réchapper. Mareschal s’empressa de le rassurer, lui déclarant que l amputation ne lui paraissait pas indispensable et qu il suffirait de rouvrir le trajet de la balle. Il sonda la plaie avec son habileté accoutumée et trouva sans peine la voie que la balle avait suivie. Après cinq ou six jours, la fièvre diminua, le dévoiement ne fut plus si violent, et par le secours de gouttes anodines, le sommeil étant un peu revenu, on espéra qu’il n’en mourrait pas2.
Afin d’éviter à l’illustre guerrier une difformité, Mareschal se mit en devoir
d allonger la jambe lésée; mais les souffrances du patient furent telles qu’il dut interrompre ses manœuvres. Celui-ci s’écria qu’il ne voulait plus danser et qu’il aimait mieux rester boiteux, que de laisser continuer l’opérateur.
1 Mémoires du Marquis de Sourches (Georges Mareschal , seigneur de Bièvre , par le comte Gabriel Mareschal de Bièvre ; Paris, Plon, kjo6).
2 Lettre de Muie de Maintenon à la Princesse des Ursins.
TRAITEMENT THERMAL DES BLESSES
Grâce au
traitement qu’il fit suivre à Villars, c’est-à-dire le nettoyage et
G. Mareschal, premier chirurgien üü roi.
l’enlèvement des esquilles, le premier chirurgien du roi put se retirer au bout de onze jours, laissant son malade en voie de guérison.
11 l’avait, du reste, confié à des praticiens d’une expérience reconnue, tels