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que Ledran et Puzos; mais son état réclamait encore des soins attentifs et il s’en fallait qu il fût hors d’affaire: des esquilles continuaient à être extraites et des abcès de nouvelle formation n’étaient pas sans inquiéter les hommes de l’art. Ces inquiétudes ne tardaient pas à se dissiper, et Mareschal déclarait au roi qu’on pouvait sans danger tenter le transport. Envoyant au plus tôt sa litière la plus commode à Villars, le roi l’engageait à venir achever sa convalescence à la Cour, afin que Mareschal ne perdit pas de vue sa blessure1.
Parti le 2 novembre du Quesnoy, Villars n’arrivait à Paris que le 13. On le portait sur un brancard; derrière lui, venait la litière du roi, dont il n’avait pu se servir; puis, trois à quatre carrosses à six chevaux, plusieurs chaises et une nombreuse escorte de gens achevai2. 11 n’y eut qu’un incident en cours de route, qui
vaille d’être mentionné : pendant un arrêt au château d’Avricourt, une esquille sortit du genou. Le 10 février suivant, la plaie était entièrement fermée.
Avant de rejoindre l’armée, le duc passa quelque temps dans son château de Vaux, l’ancienne résidence du surintendant Fouquet; il s’exerçait tous les jours à monter à cheval, usant à cet effet d’une machine spéciale, empêchant « dans le
genou cassé un mouvement forcé, qui pouvait lui être très dangereux3». 11
reprit son service: mais comme le genou enflait à chaque fatigue, et qu’on craignait de voir le retour des abcès, les médecins conseillèrent à Villars une saison aux eaux de Bourbonne» Le maréchal partit le 24 septembre, pour Bourbonne-les- Bains.
Ce sont les plaie.? d’arquebuse qui ont provoqué l’essai des eaux thermales pour le traitement des blessures de guerre. Dès 1525, Jean d’Albret, grand-père de Henri IV, conduisait aux Eaux-Bonnes des Béarnais blessés à Pavie.
Dans sa jeunesse, Jeanne d’Albret fit souvent usage de ces eaux. Elle était muy flacca y dehilitcile, dit son père dans une lettre; elle se trouva bien des Eaux-Chaudes, et son fils Henri, de même que sa fille Catherine, vouèrent à cette station leur reconnaissance, en souvenir de la cure maternelle.
Sous le Vert-Galant, nombre de soldats reçurent des gratifications, soit pour fournitures de vin et chauffage pendant l’hiver; soit afin d’avoir le moyen d’aller aux Eaux Chaudes pour y guérir de leurs blessures.
1 Saint Simon, Mémoires , VU, 394.
2 Journal de Dangeau , XIII, 64.
3 Mémoires de Villars , édition de Voadé, III, 80.
Dans les maux extérieurs.
Remarqua.
Les Vertus pour les maux extérieurs du corps.
Dans F intérieur du corps.
La dofe.
t EAU vulnéraire, dire D'ARQUEBUSADE.
Parcequ’elle guérit les Playes profondes caufees parles armes à feu , coups d’epees, Sc autres accidents ^ vieux Ulcères, Contufions, Sc toutes fortes de brûlures. Etant prife intérieurement, elle guérit de la Plurelie 6c des Abcès dans le corps, Vomiffemens,& Ruptures intérieures caufees par des chûtes, ou par des efforts*
Maniéré generale de s'en fervir.
F Aire tiédir de cette Eau, eu laver Sc bien nettoyer la playe„$ fi elle efè profonde , en feringuer dedans , & tremper dans cette Eau une compilé de linge en plufieurs doubles, Sc l’envelopper.
La meme maniéré pour les Contufions , brûlures, Scc.
Il neft pas befoin de fe fervir de Charpie fi la playe n’eft pas profonde. Il faut au moins penfer une playe deux fois par jour»
^Si la comprelfe s’attache à la playe, il faut i’humecter de cette Eau pour l’ôter.
Cette Eau a la vertu de nettoyer les playes , de faire tomber les chairs mortes , d’en faire revenir de nouvelles , de refoudre toutes fortes de Contufions , d arrêter la Cangrenne qui commence , de guérir en très peu de temps toutes fortes de brûlures , Sc en appaifer lu douleur dans le moment qu’elle y eft appliquée.
En la mêlant moitié Eau de Vie, elle eft bonne pour les Rhumatifmes, Sc maux de tète.
Dans les maux intérieurs , comme Piûrefie , Sc Abcès dans le forps , Ruptures, & Vomiffemens caufez par des chûtes, efforts, ou autres accfo dent3 , il faut ( fi on peut ) en avaler deux cuillerées toute pure, ou dans du vin, Sc bien fuerdans le lit.
Pour les maux de cosur , Sc pour la fanté par précaution , on la pîend dans un bouillon , environ deux cuillerées.
On la prend toujours à jeun , fi le mal n’efi: pas prelfant.
Cette Eau D’ A R £>JJ E BV S A DE fe fait par Frere JoÀÇH râM' ^ Religieux Carme du grand Convent de Paris , Place Rfaubert.
Il fait aulîi l’Eau de MELISSE des Carmes contre l’Apoplexie^
ks Vapeurs, Sec.
Prospectus de l'Eciu d’ Arquebuse rie (Cf- f brou. MAI . 1900. 534).
CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS l’iIISTOIRE
Henri IV avait foi dans la vertu de ces eaux1, et Marguerite de Valois conte, dans ses Mémoires, que son volage epoux ne craignait pas d’amener ses maîtresses aux Eaux-Chaudes, quand il y allait pour un séjour de quelque durée2.
Au temps où Villars se rendit à Bourbonne, Eaux-Chaudes et Eaux-Bonnes 3 avaient beaucoup perdu de leur réputation; quant à Barèges, bien que les cures de Louvois et de Mgr le Duc du Maine l’eussent mise en vogue, l’accès en était encore si difficile, qu’il fallut attendre la construction d’une route, qui ne fut terminée qu’en 1647, pour y envoyer les soldats blessés à la guerre, ou qui y avaient contracté des infirmités. Ce n’est que quelques années après qu’on autorisa les officiers à se rendre à Barèges, à Vais, à Saint-Amand et à Spa 4.
Le maréchal de Villars était arrivé à Bourbonne dans la dernière semaine de septembre (1709); il y était encore au mois de novembre. Le maréchal d’Harcourt était venu à Bourbonne dès le mois de février et avait été très soulagé par le traitement thermal5. Bourbonne ne possédait pas encore d’établissement thermal. Au début du règne de Louis XIII, il avait été question d’en fonder un; on avait envoyé sur les lieux, à ce dessein, un ingénieur pour en dresser les plans, mais ce projet ne fut pas réalisé; il ne devait l’être que beaucoup plus tard, sous le règne de Louis XV.
Les blessures de guerre devenant plus fréquentes, et l’efficacité des eaux de Bourbonne se confirmant chaque jour davantage, le besoin d’un hôpital militaire se fit plus impérieusement sentir. En 1727, « Monsieur Charles, official et curé de Bour-
1 Sur la prédilection de Henri IV et de Jeanne d’Albret pour ces eaux, v. La Société et les Mœurs en Béarn , de B. de Lagrèze, livre II, ch. IX; Les Eaux des Pyrénées et Notice historique sur les Eaux Chaudes, de L. Souuce ( Guide du baigneur aux Eaux-Bonnes et aux Eaux-Chaudes ; Paris, 1 88 1 ).
2 Marguerite avait refusé d’accompagner son mari aux Eaux-Chaudes, en 1 58 1 , parce qu'elle savait qu’il devait y retrouver Fosseuse, 1’ « amie » du moment. (Cf. Un Voyage de Marguerite de Valois aux eaux d'Encausse, en Comminges , en 4584, par Philippe Lauzun. Auch, 191.3).
3 Les Eaux-Bonnes , surnommées Eaux d’arquebusade , avaient détrôné Cauterets (eau de César), comme Barèges et Bourbonne détrônèrent les Eaux-Bonnes et les Eaux-Chaudes. On avait projeté de fonder à Cauterets l’hôpital militaire, qui fut plus tard construit à Barèges ( Dernier voyage de la reine de Navarre, Marguerite d' Angoulême , sœur de François /er, avec sa fille Jeanne d Albret , aux bains de Cauterets [ i54q), par Félix Frank (Paris et Toulouse, 1897); appendice, io5).
4 A. Babeau, La Vie militaire , II, 188.
5 Bibliotheca Borvoniensis, ou Essai de bibliographie et d’histoire... relatif à Bourbonne et à ses thermes, par le D' E. Bougard; Chaumont et Paris, i8?5, 379.
TRAITEMENT THERMAL DES BLESSES
bonne» faisait, de son initiative, construire une maison, où logèrent, cette année même, une partie des soldats qui, pendant la saison, vinrent prendre les eaux.
Le d igné ecclésiastique avait, à cet effet, choisi « une grande maison assez proche de la fontaine et des bains chauds, d’où l’on put aussi faire venir aisément l’eau pour boire, baigner et se faire doucher ». On y trouvait non seulement le vivre et le couvert, mais un lit, les médicaments, les bains et les eaux gratis, y compris les soins des médecins, chirurgiens, apothicaires, baigneurs et autres gens de service. Mais seuls étaient admis dans cet hôpital, ceux qui témoignaient n’avoir aucune ressource.
On n’y devait, en outre, recevoir personne, « surtout des étrangers et des passans, que pour des maladies qui demandent l’usage des eaux; et aucune, pour celles qui pourroient se communiquer ».
Le brave curé avait édicté un règlement particulier pour les soldats. Ceux-ci avaient leurs chambres et leur réfectoire à part. Ils n’étaient reçus que sur présentation d’un certificat de maladie, attestant le besoin de prendre les eaux, signé par leurs officiers et chirurgiens- majors et visé par les subdélégués des villes d’où ils arrivaient. 11 leur était recommandé de « n’avoir point de dispute entre eux, ni aucune communication avec les autres malades de l’hôpital, surtout les personnes du sexe! » Pour le surplus, ils devaient se conformer aux règlements de l’Hôtel Hoyal des Invalides.
Tant par sa situation topographique1, que par son faible éloignement de Paris, Bourbonne attira une quantité notable de soldats blessés : il en vint jusqu’à près de mille dans une seule année â.
L’hôpital ne pouvant les contenir tous, force fut de les loger chez l’habitant, « loin de la fontaine et des bains chauds, non dans les meilleurs logis assez remplis par les autres malades et par leurs suites» . Aussi plusieurs d’entre eux, privés des secours et des conseils médicaux, prenaient sans discernement les eaux, ou employaient l’argent qu ils possédaient à boire et à commettre toute sorte d’excès.
1 Bourbonne se trouvait « à portée de plusieurs grands passages de troupes, des principaux quartiers d’hyver, surtout pour la Gendarmerie, la Cavalerie et les Dragons, des principales garnisons et frontières de l’Est, et des théâtres ordinaires de la guerre ».
- « On a vu dans une seule année à Bourbonne jusqu à huit cens soldats, que les habitans du lieu, toujours zelez pour tout ce qui regarde le service du Boy, logeoient sans répugnance faute d’un hôpital... » Relation du grand, incendie arrivé à Bourbonne-les-Bains, en Champagne , le premier de may de cette année 1747. ( Bibliotheca Rorvoniensis , 28a.)
C’est pour obvier à ces inconvénients que Louis XV décida la construction d’un hôpital milit aire thermal, dont les premières pierres furent posées en 1732.
Mais à l’époque où y vint le maréchal de Villars, les soldats étaient encore logés, par billets, chez les paysans, qui s’en trouvaient très incommodés, au point de n’oser quitter leurs logis pour aller cultiver leurs champs , tant qu’ils avaient de pareils hôtes à héberger.
Pour les malades qui avaient des ressources, il en était autrement : on leur portait les bains à domicile; ils étaient tarifés à 16 sols: le traitement se complétait par les douches et l’eau en boisson L
Diderot, qui vint à Bourbonne en 1770, en fait un tableau rien moins qu’enchanteur : « Un séjour triste le jour par la rencontre des malades, la nuit par le fracas de leur arrivée ; et puis, nulle promenade, un pavé détestable, des environs arides et déplaisans ; des habitans que cinquante mille écus ne peuvent enrichir tous les ans, parce que les denrées de consommation en emportent les deux tiers au loin; point de vivres, même pour de l’argent; des logemens très chers ; des hôtes avides qui regardent les malades comme les Israélites regardaient les cailles et la manne dans le désert 1 2. »
Les « bains du peuple » étaient, en réalité, une vaste piscine. Quant aux particuliers, ils se baignaient, comme nous venons de le dire, chez eux, « dans des cuves de bois ou baignoires ordinaires », qu’on apportait le soir, sur les cinq à six heures, et dont l’eau était encore assez chaude, le lendemain matin, pour qu’on fût obligé de la tempérer d’eau froide, « selon la force ou la faiblesse du malade. »
La douche 3 se donnait « de trois pieds de haut ». On usait aussi de boues
1 « Les Bains de Bourbonne, suivant la tradition, ont été reconnus, au commencement, comme souverains par leurs Bouës qu’on appliquoit sur les vieilles playes et sur les douleurs. Ensuite on s’avisa de se baigne r dans ces eaux, et on s’en trouva parfaitement bien ; on essaya après d’en boire... On essaya enfin d’en doucher les malades sur des parties que des rhumatismes ou des paralysies avaient rendues très douloureuses ou sans mouvement. » Gautier, Dissertation sur les eaux minérales de Bourbonne-les- Bains. A Troyes, M D G G XVI.
2 Voyage à Bourbonne (1770), par Diderot (Extrait de Bibliotheca Borvoniensis , du Dr E. Boucard); tirage à 25 exemplaires. Chaumont, 1 865.
3 La douche se donnait déjà, dans les stations thermales, bien avant le dix-huitième siècle : on se souvient de ce qu’en a écrit la marquise de Sévigné, qui en avait pris à Vichy. Voici un autre texte, à peu près de la même époque ( 1 646) , et qui nous renseigne sur la façon dont on l’administrait à Bourbon-l’Archambault : « Quand on en a bu tout autant de jours que le médecin ordonne, on s’y baigne et on y prend la douche sur la partie du corps incommodée ou de vieille blessure ou principalement de fluxion froide, qui six, qui huit, qui dix, douze, quinze
Certificat pour un officier traité aux eaux de Barèges (1739).
« tirées du fond des bains ». La ’durée^de la douche était de vingt à trente minutes ; le sujet le plus vigoureux ne la supportait pas plus d’une demi-heure. Ce qu’on appelait la douche n’était, à véritablement parler, qu’une irrigation d’eau projetée d’une certaine hauteur '. On buvait depuis un verre d’eau jusqu’à huit ; on s’en tenait généralement à six.
On se rendait à Bourbonne en toutes saisons, même en hiver. Le plus ordinairement, le voyage s’effectuait dans le courant de mai; il arrivait des malades jusqu’à la fin d’octobre.
Le maréchal de Yillars n’en repartit que le 20 novembre. Le premier chirurgien du roi aurait voulu qu’il y passât une bonne partie de l’hiver; l’amélioration déjà obtenue ne pouvait que l’encourager à continuer sa cure ; mais en dépit de tous les arguments qui lui furent exposés, le maréchal ne crut pas devoir se soumettre aux prescriptions de l’archiâtre.
L’usage, lui répondait-il, est de prendre douze bains et douze douches et se reposer quatre jours, puis les recommencer. J’ai donc fait les vingt-quatre et puis j’en prends encore douze à votre honneur ; il est bien vrai que des douze derniers, je n’ai retiré aucun avantage visible... tout le monde dit ici qu’il faut espérer que dans six semaines ou deux mois, je recevrai un changement considérable, que c’est même le temps ordinaire ; quoi qu’il en soit, je prends les derniers ; mais comme... je fus attaqué d’un violent rhumatisme l’hiver dernier, et qu'il m’en revenait quelque souvenir, je partage mes dernières douches entre mes épaules et mon genou, c'est-à-dire que j’ai pris quelques bains entiers, et présentement je me fais doucher les épaules le matin et le genou le soir, et tout cela non sans un grand abattement de ma pauvre personne, laquelle, Dieu aidant, finira toutes ces cascades d'eau bouillante vers le 20, et puis, sous votre bon plaisir, je gagnerai le château.
Suit la description de l'état « actuel » du patient, qui n’avait, apparemment, retiré qu’un bénéfice médiocre de sa cure minérale :
Je n’ai pas le genou raccourci, et ainsi je ne serai pas obligé d’avoir un talon de soulier
fois, qui une fois, qui deux le jour. On étend cette partie qu’il faut doucher et on l’expose toute nue sous une tinette qu’ils appellent baquet, pleine d’eau chaude tempérée et accomodée au mal, où il y a au fond une canule ou robinet, lequel osté, l’eau coule impétueusement de la hauteur de la tinette suspendue au plancher. Cela dure environ une demi-heure et on boit à l’entrée du bain ou de la dousche chacun un verre pour se rafraîchir... » Extrait du Voyage de Dubuisson-Aubenay en Bourbonnais, publié par la Revue Bourbonnaise , 4e année, 1887, g5.
i Cf. le Petit Traicté des Eaux et Bains de Bourbonne , par M. N. Tibault, Docteur en Médecine et Doyen de la dite Faculté, à Langres; ch. X : De la Douche et de son usage (Bibliotheca Borvoniensis , 224 et suivantes).
TRAITEMENT THERMAL DES BLESSES
plus haut que 1 autre , mais je ne puis plier que très médiocrement, c’est-à-dire la dixième partie du mouvement entier. Je suis très faible et n’appuie qu’avec peine. Les os du genou font un petit bruit assez incommode toutes les fois que je le plie. Le L)r Baget (sans doute un des médecins qui l'avaient soigné à Bourbonne) dit que c’est tant mieux. Dieu le veuille !
Voilà, mon cher monsieur, mon état ; mais tel qu’il est, si le roi avait besoin de moi tout à l’heure, j'e me mettrais dans ma chaise de poste et volerais où ses ordres m’appelleraient L..
Deux ans plus tard (24 juillet 1712), le maréchal remportait, sur le prince Eugène, la victoire de Denain.
1 Mémoires du maréchal de Villars , 111, 291.