‹ Chirurgiens et blessésChapitre 38 sur 122 · CHLRUKGIE L)U CHAMP DE BATAILLE · texte numérisé non relu

CHLRUKGIE L)U CHAMP DE BATAILLE

que le succès dans le traitement des plaies dépendait de la bonne manœuvre dans le premier appareil, qu il répondait à ceux qui lui demandaient ce qu’ils avaient à laire, s ils étaient blessés : « Vous mettre en bonne main », leur disait-il. « Mais, lui répliquait-on, si l’on ne peut avoir dans le moment le chirurgien que l’on désire? » — « Attendez-le plutôt vingt-quatre heures; vous perdrez moins, disait-il,

La Peykonie, Chirurgien de Louis XV, Fondateur de l'Académie de chirurgie.

dans cette attente, que vous 11e perdrez si vous êtes mai pansé en premier appareil i. »

Un praticien expérimenté du xvuie siècle a émis, à cet égard, de non moins sages réflexions.

1 Lettre d'un chirurgien aide-major d'armée à Monsieur... sur plusieurs chapitres du Traité de la Gangrène , par M. (Juesnay, médecin consultant du Roi; à Paris, 1760; note.

CHILI URGIENS ET BLESSES A TRAVERS L’HISTOIRE

Les opinions systématiques, écrit Bagieu l, brillent peu dans ces moments où soixante chirurgiens sont environnés de deux mille blessés, qui, tous, demandent un prompt secours. Il faut, d ans ces occasions, un fond de pratique inépuisable. On chante mal à livre ouvert, quand on ne sçait que les premiers principés de la musique. 11 faut avoir vu beaucoup de blessés et en avoir pansé beaucoup, pour ne pas se laisser intimider par les cris, par le sang et par l’horreur d’objets capables d’égarer les mains et de troubler la tête de ceux qui ne sont pas assez aguerris.

Certificat autographe de La Peyronie (1743). (Collection N. Charavay.)

La bonne éducation, les cours de chirurgie les mieux faits et la lecture des meilleurs livres sur les plaies d’armes à feu, ne sont que des préparatifs pour pratiquer cette chirurgie. On est encore bien loin de pouvoir prendre habilement son parti dans le cas où il faut choisir le meilleur. La tête la mieux munie de principes ne les aperçoit que confusément dans ces momens pressés. Ce n est que par 1 habitude d’opérer qu’on les voit distinctement et qu’on peut travailler avec succès ; quand, d’ailleurs, on a reçu de la nature le talent d’opérer avec adresse.

1 Examen de plusieurs parties de la Chirurgie , d’après les faits qui peuvent ÿ avoirrapport, par M. Bagieu, Ecuyer, Membre de l’Académie Royale de Chirurgie, et Chirurgien-Major de la Compagnie des Gendarmes de la Garde du Roy, t. I, XI1I-XV. Paris, MDCCLVI.

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Le Transport des blessés, sous Louis XV. (Estampe de J. Rigaud; 1732.)

On ne peut pas douter de la nécessité de ce talent naturel; ceux à qui la nature l’a refusé ont bien voulu l’acquérir, ils n’y parviennent pas ou n’y parviennent que très imparfaitement. Cette adresse dépend principalement d’une certaine aptitude dans la main et dans les doigts; et ce talent est d’autant plus précieux qu’il enhardit l’opérateur, de sorte que n’étant pas arrêté par les difficultés de l’opération, il préserve souvent les blessés de la triste nécessité d’être réopérés.

Dès cette époque, on était convaincu qu’il 11’était meilleure école, pour les chirurgiens, que la guerre. Certes, c’est un grand avantage d’avoir de bons instruments, encore faut-il s’en servir « avec adresse et intelligence ». C’est « le jugement qui fait la partie la plus essentielle d’un chirurgien ».

Les batailles et les sièges apprennent à opérer par la quantité de blessés qu’on a occasion de voir. Mais qu’on ne pense pas que l’habileté chirurgicale militaire consiste seulement dans l’art de bien opérer les plaies ; elle consiste bien plus encore dans l’art de les bien conduire après qu’elles ont été opérées... C’est une des raisons qui fait qu’on voit dans les armées plus de bons opérateurs que de bons chirurgiens.

Line raison principale de cet inconvénient (à la date où l’auteur écrit), est le peu de temps que les blessés restent à l’hôpital ambulant, ainsi que dans d’autres entrepôts où on les transporte, après que la plupart ont été opérés; ce qui fait qu’un blessé peut quelquefois changer trois ou quatre fois de mains.

A l’heure où paraissaient ces lignes, l’Académie de Chirurgie venait de mettre au concours cette question, qui avait été, en partie, le prétexte des observations qu’on vient de lire : « L’amputation étant absolument nécessaire dans les playes compliquées de fracas des os, et principalement celles qui sont faites par des armes à feu, déterminer les cas où il faut faire l’amputation sur-le-champ et ceux où il convient de la différer, et en donner les raisons. » Et dans le développement de la proposition, se devinait l’esprit qui avait présidé au choix du sujet :

Pour déterminer ces cas, y était-il clairement indiqué, il faut avoir égard à la différence des playes, à l'espèce des accidens, à la nature de la partie offensée, même au lieu où le blessé se trouve, comme sur le champ de bataille, pouvant ou ne pouvant pas être transporté et destiné à l’être près ou loin, plus ou moins commodément, etc.

Les circonstances particulières qui influent sur le développement des plaies, étaient, il y a près de deux siècles, ce qu elles sont aujourd’hui. Aussi bien que nous, nos ancêtres savaient l’influence qu’il convient d’attribuer à l’àge, au tempérament, à l’état de vacuité ou de réplétion de l’estomac, sur l’évolution des blessures; et la conduite du praticien se guidait sur ces données.

Les détails qui nous sont fournis sur l’organisation sanitaire, sous le règne de Louis XIV et de Louis XV, méritent de retenir davantage notre attention.

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