C. It
Une ambulance dans la tranchée, sous Louis XV. (D’après une estampe de J. Rigaud; 1732.)
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Quelle nature de secours recevaient, alors, les blessés au cours d’une bataille? c’est ce que, très compendieusement, nous expose l’auteur dont nous mettons à profit la relation 1 :
Dans les batailles, il y a un hôpital ambulant , plus ou moins à portée du lieu où se passe l’action et où le chirurgien 'major et les autres chirurgiens se tiennent : c’est le premier entrepôt où les blessés sont rassemblés, pour de là être transportés dans les hôpitaux des villes les plus près et ensuite le plus éloignées, lorsque les premiers sont à même d’être surchargés.
Rarement opère-t-on les blessés sur le champ de bataille proprement pris (sic), c’est-à-dire sur le champ où ils font été; plus rarement encore y fait-on des amputations. Les moins blessés se rendent au dépôt, ceux qui le sont davantage y sont transportés sur des brancards.
C’est dans ce lieu (l'hôpital ambulant) qu’on rassemble la plus grande partie des blessés, et c’est là où nous devons examiner s’il convient mieux de faire l’amputation que de la retarder jusqu’à un autre dépôt, ou plutôt s’il y a moins de danger de la faire là que de la faire ailleurs.
11 ressort de ces lignes que, dans la pratique de la chirurgie d’armée, on ne procédait qu’exceptionnellement à 1 amputation sur le champ de bataille. De même, pour les blessés des sièges, on ne faisait pas d’amputation dans les tranchées; on portait à la queue de la tranchée, où se trouvait un détachement de chirurgiens, ceux qui étaient dans le cas de subir cette opération. Mais, le plus souvent, on n’opèrait pas dans la tranchée, « le plus grand nombre de blessés que l'on amputait étant transportés à l'hôpital du siège ».
Où était placé cet hôpital, qui servait, selon l’expression de l’auteur, de premier entrepôt de blessés?
A Dettinghem, l’hôpital n’était pas encore formé, lorsque la bataille commença. A Fontenoy, il était en rase campagne ; communément, il est dans quelque village, plus rarement dans des villes et presque toujours assez éloigné du lieu où se passe l’action.
Cette dernière remarque est à retenir.
Notre confrère estime que ses collègues sont trop empressés à opérer ; aussi « le nombre d’amputés morts dans les dernières batailles est effrayant ».
On croyait généralement qu’il y avait plus de danger à faire voyager un blessé qui traîne un membre qu’il doit perdre, qu’à le transporter une fois l’amputation laite; tel n'est pas l’avis du chirurgien dont nous mettons à contribution le très attachant ouvrage ;
Un amputé court pour le moins autant de danger que celui que l’on transporte avant l’amputation, les circonstances étant d’ailleurs égales.
1 Bagieu, Examen , etc., I, i4o et suiv.
POSTE DE SECOUfS. EX HASE CAMPAUXE. liEC.I lil LLANT LES BLESSÉS DE FOXTEXOV. (D’après le tableau de La I’euxa : Musée de Versa ides.)'
CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS l’iIISTOIRE
Le transport que l’on fait des amputés, d’un premier dépôt à un second, est beaucoup plus hasardeux que du second à un troisième; du moins, s’ils se reposent au second, plusieurs accidens pouvant être bornés ou diminués, ou même détruits pendant l’intervalle du transport... La maxime assez ordinaire que l’on observe à l’hôpital ambulant, est de se débarrasser le plus tôt qu’il est possible de ce qu’on appelle membres à couper. 11 semble que l’on croye que tout est dit quand on s’est, ôté ce fardeau de dessus les épaules.
Les accidents que l’on observe dépendent, pour une bonne part, et cela se conçoit, du moyen de transport dont on use.
Ceux qui le sont (transportés) en brancard sont incomparablement les moins à plaindre; mais ce moyen ne sert qu’à ceux que l’on transporte du champ de bataille ou des tranchées au premier entrepôt. D’ailleurs, ce trajet est toujours court en comparaison du second transport, et de plus les accidents commençans sont toujours moins remarquables que quand ils sont venus à leur terme.
Pour les trajets plus lointains, il y a nécessité de recourir à d’autres modes d’évacuation. On a utilisé, dès cette époque, les voies fluviales pour l’évacuation des blessés : c’est, croyons-nous, la première mention que l’on puisse relever de ce moyen de transport1 2.
Une partie des plus blessés de la bataille de Dettinghem s’embarquèrent à Seligestat sur le Mein et remontant le Rhin se rendirent en Alsace. Très peu se seraient rendus par les voies ordinaires, à cause de la longueur du transport. Ce moyen de transporter les blessés est plus avantageux que tout autre; c’est, pour ainsi dire, faire voyager l'hôpital où les blessés étoient pourvus de tout ce qui est utile à leur état, et dont l’administration se fait, à peu de chose près, comme lorsque les blessés sont sédentaires.
Le plus souvent, on se servait de caissons et de charrettes-, malgré « les
1 Cf. le très important travail, paru dans la Chronique médicale , des i5 février et i5 mars 1916, sous la signature du médecin-major Dr Michel Ferron.
2 Un lieutenant général des armées de Louis XV, M. de Feuquière, se plaint de l’insuffisance des chirurgiens, moins nombreux que les médecins et les apothicaires ; il voudrait que Y hôpital qui suit V armée (l’ambulance) fût aussi pourvu de plus de charrettes, « pour porter les onguents, charpie et remèdes h. Pour convoyer les blessés, ajoute-t-il, pourquoi ne se sert-on pas des chariots et des caissons qui ont porté le pain à l’armée ? Surtout, pourquoi ne choisit-on pas, pour conduire ces véhicules, « des gens autres que les conducteurs ordinaires des caissons, pour veiller à ce que les charretiers ne traitent durement, souvent même n’abandonnent, les dits malades ou blessés, principalement lorsque les chemins sont mauvais, et qu’ils se croyent trop chargés ». Après une grande bataille, « il est presque impossible que l’on ait sur le champ assez de voitures pour conduire les blessés aux hôpitaux des villes; il est encore du soin des intendants et des commissaires des guerres de faire que rien ne manque à cet égard, soit pour le pansement, soit pour le transport, soit pour la nourriture. Il s’est