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RÉGIME DES MALADES ET DES BLESSES

les nouveaux acquéreurs veulent gagner sur leur contrat et les derniers peuvent à peine donner du bouillon aux malades ».

Cette incurie avait été signalée dès 1750, par un lieutenant-général des armées

du roi.

M de Feuquière1 s’était élevé, en termes indignés, contre les malversations des intendants, « qui 11e sont que trop fréquentes et causent certainement la perte des hommes ». « Les friponneries qui se commettent dans les hôpitaux sont infinies... Les principales regardent la bonne ou mauvaise nourriture, les bons ou mauvais médicaments et le peu d’exactitude à marquer le jour précis de la mort ou de la sortie du soldat: car, pour le jour de son entrée, c’est un soin que le directeur n’a garde de négliger... Comme l’avidité du gain fait toujours passer les entrepreneurs des hôpitaux par-dessus toutes les considérations d’humanité, il est du soin de l’intendant d’armée de veiller avec une grande application à ce que les malades soient bien servis. Il le doit faire de temps en temps par sa présence, et continuellement par ses contrôleurs et commissaires des guerres. »

En 1758, le comte de Clermont faisait entendre les mêmes plaintes. Son premier soin avait été de se faire présenter l’état des troupes dont on venait de lui confier le commandement : rien que pour l’infanterie, il y avait près du quart de l’effectif dans les hôpitaux.

Le prince avait rapporté de sa visite une impression qu’il ne cherche pas à dissimuler au ministre de la Guerre, le maréchal de Belle-lslc- :

Les hôpitaux, lui écrit-il, sont dans un état si pitoyable que te cœur le plus dur en seroit sensiblement touché. Il y règne une saleté et une puanteur qui, seules, feroient périr l'homme le plus sain ; aussi, presque tous les médecins, chirurgiens et infirmiers tombent malades et il en meurt beaucoup. 11 n'y a ni lits, ni linges, ni médicaments, et souvent le bouillon manque.

1 Mémoires de M. le marquis de Feuquière, lieutenant général aux armées du Roi, contenant ses maximes sur la guerre et l'application des exemples aux maximes. Nouvelle édition, tome Ier, chap. XLI (Londres et Paris, MDCCL).

- Le maréchal de Belle-Isle, durant son passage au ministère de la Guerre, se montra des plus humains à l’égard des malades et des prisonniers. « Ne laissez passer aucune semaine, recommandait-il dans ses instructions au comte de Gisors, sans visiter une ou deux fois les malades de votre régiment ; parlez à chacun d’eux avec bonté ; écoutez leurs plaintes et faitesles cesser ;:écoutez même le récit de leurs maux, cette complaisance contribuera, autant que les remèdes, à hâter leur guérison. Visitez souvent les prisonniers de votre régiment ; l’homme coupable doit être puni, mais non renfermé dans un endroit malsain... »

Cette lettre, datée du 16 février, est bientôt suivie d’une autre (31 mars) qui, loin d’en atténuer l’effet, l’accentue davantage encore :

Ce qu’il falloir anéantir, au lieu de la continuer, c’est la compagnie des hôpitaux. Elle est détestable, inhumaine, ne cherche qu’à voler, n’est pas assez forte pour soutenir les avances nécessaires ni les dépenses indispensables. Elle a à sa tête... le plus honnête homme du monde, mais qui radote et n’a nulle sorte d’autorité sur ses associés. Jamais les hôpitaux n’iront, tant que cette compagnie en sera chargée ; ou bien il faudra que je fasse sans cesse des punitions, des exemples et que je sois toujours à gronder, à me fâcher, sans que le bien en résulte au point où il le faudra.

Le tableau qu’il faisait à son supérieur n’était pas poussé au noir, bien au contraire ; car, dans le même temps, le comte envoyait à un de ses vieux amis une épitre non moins désolée.

... Rien de bon, rien qui ne doive faire saigner le cœur d’un citoyen, écrivait Clermont au maréchalde Biron ; cette pauvre armée, si tant est qu’on doive la plaindre, est dans un état misérable, toute nue, sans tentes, des compagnies où il n’y a pas douze hommes, les hôpitaux d'une saleté et d’une puanteur affreuses, point d’inlirmiers, peu de linge, peu de bouillon ; enlin, nous sommes dans un délabrement inconcevable ; point de discipline, ni dans l’officier ni dans le soldat.

Un peu plus tard, le prince, rendant compte au maréchal de Belle-lsle d’une de ses tournées d’inspection, lui annonçait qu’il avait été dans la nécessité de sévir.

Dans l’hôpital, qu’il avait visité inopinément, le comte de Clermont avait trouvé des salles mal tenues, des malades qui lui dirent n’avoir pas changé de linge depuis un mois. Ayant demandé à goûter le bouillon, il avait constaté que « ce n’était que de l’eau et du sel avec de la graisse » ; quant au pain, il l’avait reconnu bon et le vin supportable.

S’étant enquis des médecins, on lui avait répondu « qu’ils avoient fait leur visite le matin ; ils n’étoient pas encore revenus à sept heures du soir ». Sur les cinq chirurgiens de garde, pas un n’était présent. L’intendant, convoqué par le général inspecteur, avait dû convenir qu’il n’avait pas mis les pieds à l’hôpital depuis qu’il en avait la charge ; que des infractions avaient été commises, mais qu’il n’avait pas eu la force de les punir, « parce que sa santé était affaiblie ; que la besogne était trop forte pour lui ; qu’il était bien juste qu’après avoir travaillé quarante ans sans discontinuation, il finit par se reposer » ; conséquemment, il

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