CHAPITRE XXII
LE CORPS DE SANTÉ ET LE SERVICE DE SANTÉ MILITAIRE A LA VEILLE DE LA RÉVOLUTION
Comme l’a synthétisé, en termes excellents, un des historiens du service de santé militaire en France ’, ce service, « dont les progrès furent aussi rapides que ceux d’aucun des autres services de l’armée, fournit, pendant les deux siècles que nous venons de parcourir, des hommes dont les noms sont glorieusement inscrits dans les fastes de l’humanité, aussi bien que dans ceux de la science ».
La chirurgie militaire a brillé, durant cette période, d’un éclat bien plus vif que la chirurgie civile : n’est-ce pas des armées que sont sortis, au xvme siècle, les Planis-Campi, les Tassin, les Abeille, et aussi les Belloste, les Verduc, les Jean-Louis Petit? Encore celui-ci appartiendrait-il plutôt au xviie siècle; mais sa carrière s'est poursuivie jusque dans les premières années de l’avant-dernier siècle.
Un simple lait témoignera de l’estime en laquelle on tenait ce remarquable praticien, à l’étranger comme en France : en 1744, le roi de Prusse chargea J.-L. Petit de lui envoyer un certain nombre de chirurgiens français, pour remplir les plus hautes fonctions aux armées et dans les hôpitaux des principales villes de son royaume.
Le fils de J.-L. Petit soutint honorablement le nom qu’il avait reçu de son, illustre père. A peine âgé de 24 ans, il fut nommé chirurgien-major de l’armée qui devait assiéger Philippsbourg; c’est en raison de son jeune âge, que lui fut adjoint un homme d’une expérience et d’une autorité reconnues de tous,
1 Beqin (L.-J.), Etudes sur le service de santé militaire en France , son passé, son présent,
son avenir. Paris, 1860.
Henri-François Le Dran : le Traité des Plaies d’armes à feu de Le Dran est un des ouvrages que doit consulter, avant tous autres, quiconque veut être initié aux pratiques de nos maîtres d’autrefois.
Non moins classique est l’oeuvre de Desport, qui avait prit part à sept campagnes, lorsqu’il fit imprimer le recueil de ses observations. Nous avons montré
de combien d’idées originales nous sommes redevables à ce devancier ; nous devons ajouter qu’il fut un des premiers à pressentir l’utilité qu’il peut y avoir à étudier le terrain, ce que nous appelons l’état diathésique.
Bien qu’il eût lutté contre l’abus des spiritueux1, dans le traitement des blessures, il n’en a pas moins eu recours à l’alcool mélangé de camphre et de sel ammoniacal, pour les plaies menacées de mortification. En même temps qu’il se montrait par là partisan des antiseptiques, le mol existait, d’ailleurs, sans avoir peut- être tout à fait la même signification qu’aujourd’hui, Desport se prononçait en faveur de la théorie du vent du boulet (à laquelle on est revenu, au cours de la guerre actuelle), et signalait l’existence de lésions auriculaires chez les artilleurs.
Si la postérité s’est montrée injuste pour Desport, elle a peut-être glorifié plus que de raison La Peyronie qui, avant d’être chirurgien à la Charité de Paris, avait été, à 26 ans, chirurgien-major à l’armée du maréchal de Yillars, dans
1 Le Dran s’étaitélevé, aussi, contre l’abus des liquides alcooliques, dont il réservait l’usage pour les plaies contuses.
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les Cévennes, puis chirurgien -major à la compagnie des chevau-légers. A La Peyronie revient, il est vrai, 1 honneur de la création de l’Académie de Chirurgie. Cette savante compagnie, où se recrutèrent les chirurgiens les plus éminents de 1 époque qui en vit la naissance et le plein développement, s’était donné pour tache d encourager et de diriger les progrès de notre art.
PSÜS
HATA RLE u’Ouuenahue (14 juillet 1708).
(D'après une gravure du temps.)
(i Héunir dans des conférences fréquentes les chirurgiens les plus autorisés, éveiller l’émulation par des prix dont la valeur était rehaussée par le renom qui s’y attachait ; rechercher les observations rares et curieuses ; provoquer les recherches personnelles, tels étaient les moyens sur lesquels elle s’appuyait pour atteindre ce but. La chirurgie militaire prit, de 1 avis de tous, la plus grande part
à l’institution de celte Académie, qui compte toutes ses personnalités marquantes parmi ses membres fondateurs 1 ». Nous nous bornerons à rappeler les plus connues d’entres elles.
Aux côtés de La Peyronie, il convient de faire une place, dans la galerie des gloires chirurgicales de ce temps, à De La Faye, qui, pendant la campagne de Flandre, à laquelle il participa, en qualité de chirurgien-major des camps et armées du roi, eut l’idée d’un appareil de transport ingénieux pour les blessés atteints de fractures, par coup de feu, du membre inférieur ; à Nicolas Puzos, qui avait assisté aux sanglants combats de Ramillies, d’Oudenarde et de Malplaquet.
Quesnay, qui devint' plus tard premier médecin de Louis XV, était, avec le duc de Villars, à Melz, en 1744; c’est sur un soldat que Quesnay imagina, pour arrêter une hémorragie de l’intercostale, de comprimer le vaisseau saignant avec un jeton d’ivoire attaché à un ruban.
Avant d’être attaché au service du roi Stanislas, Houstet était chirurgien de l’armée qui fit le siège de Kehl, en 1733, où il fut chargé d’organiser le service chirurgical des tranchées.
A Morand, devenu chirurgien de l’Hôtel des Invalides, et à Louis, secrétaire perpétuel de l’Académie de Chirurgie, ont été consacrées des biographies spéciales : tous deux ont été successivement chirurgiens-majors, puis inspecteurs généraux des hôpitaux militaires. Hevin avait occupé les mêmes fonctions.
Nous nous étendrons un peu plus longuement sur Garengeot, à qui, entre parenthèses, on continue à attribuer, à tort, la paternité de la clef qui porte son nom. Or, aucun des ouvrages de Garengeot, si nous en croyons le dernier en date de ses biographes -, aucune de ses communications aux Académies n’en font mention. Garengeot construisit seulement un pélican, sur le modèle de la clef anglaise qui existait, pélican déjà décrit dans Ambroise Paré ; et le frère Côme aurait, à son tour, perfectionné l’instrument de Garengeot, tout au moins à s’en rapporter aux assertions de son neveu.
Garengeot appartint, lui aussi, pendant une bonne partie de sa carrière, au
1 Delorme, Traité de chirurgie de guerre, t. 1er (Paris, Alcan, 1 888. ) Pour ce chapitre, nous avons tiré profit des indications historiques fournies par l’éminent inspecteur général.
- Garengeot, .sa vie, son œuvre (1688-1769), par Louis Jarnouen de Villartay; thèse de Paris, 1889.
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corps de sa santé militaire 1 : durant quinze ans, il fut attaché au régiment du Koi-lnfanterie ; tantôt prenant part, avec ses troupes, aux actions de Fontenoy, Kaucoux, Lawfeld : puis, dans la campagne de Prusse, aux batailles de Kosbach,
Crevelt et Minden ; tantôt revenant à Paris, dans des intervalles de paix, où il continuait ses fonctions de démonstrateur à Saint-Côme et de chirurgien du Châtelet, c’est-à-dire de médecin légiste.
1 II avait même été, à une certaine époque, chirurgien de marine, à bord du vaisseaucorsaire, le Comte- de- Toulouse, en compagnie de M. de ha Motte-Banos, chirurgien-major.
Lorsque mourut Terryer, chirurgien-major du régiment du Roi-Infanterie, Garengeot recueillit sa succession ; il était encore au service de l’armée, quand l’apoplexie le terrassa : il était âgé de 71 ans.
Si nous nous en rapportons à son panégyriste, et en tenant compte de la tendresse que nourrit toujours un peintre pour son modèle, Garengeot a fait maintes fois preuve d’un réel sens clinique. Sa prudence ne l’empêche pas, au besoin, d’être hardi quand il convient.
II est partisan des pansements rares et non irritants; de la réunion rapide des plaies : c est pourquoi il rejette les tentes, qui retardent la cicatrisation.
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Siii.vvn mis île Cliimrgiens du \vni“ siècle : Andouillé, Dufouaht, Tenon.
11 opérait les hernies et, le premier, signala la hernie crurale. Dans sa thèse d’agrégation, Segond a fait observer que l’étude des hernies fit les plus grands progrès au cours du xviue siècle; « variétés, symptômes, anatomie pathologique, tout fut abordé, tout ou presque tout fut éclairci, et on peut dire que ce siècle a laissé peu à faire au siècle qui vient après ».
Le premier, Garengeot a parlé de l’hydrocèle du cordon. On trouve dans les Mémoires de l’ Académie royale de chirurgie (1743), une communication de Garengeot, sur plusieurs « hernies singulières », entre autres : une hernie de l’estomac, « chez un jeune chirurgien qui se la fit dans une leçon de danse, en voulant jeter le bras en avant, pour bien présenter la poitrine » ; une deuxième, survenue chez une femme qui changeait son enfant de place » ; « une hernie
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intestinale dans le vagin » ; enfin, une « hernie par le trou ovalaire », qu’il dit « si peu connue, qu’elle n’a pas même paru possible à beaucoup d’anatomistes ». J1 comprend les avantages de la trachéotomie, lorsque celle-ci est entreprise
Jean Faget, membre de l’Académie de Chirurgie, de la Société Royale de Londres, Ancien Chirurgien-major de la Charité. (D’après une gravure de 1761.)
en temps opportun. Il s’est occupé aussi du traitement des polypes du nez, de la
fistule anale.
La façon dont il traite des amputations est très remarquable. Notons, enfin, que Garengeot a su retrouver la taille latérale de frère Jacques et de l«au, sans avoir eu, comme Morand, besoin de faire le voyage de Londres.
CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS l’hISTOIRE