‹ Chirurgiens et blessésChapitre 53 sur 122 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

LE SERVICE DE SANTÉ SOUS LA PREMIÈRE RÉPUBLIQUE HOPITAUX SÉDENTAIRES ET HOPITAUX AMBULANTS

Au début dé l’ère révolutionnaire, le service médical dans les armées actives n’était pas encore approprié aux besoins qu’une situation nouvelle avait fait naître. Sans doute, on avait eu à pourvoir aux cas de guerre, qui, fréquemment, s étaient présentés dans les derniers temps de la monarchie. Un personnel, alors suffisant, s’occupait, pendant la paix, dans les hôpitaux militaires, et se tenait prêt, quand les hostilités étaient déclarées, à exercer son ministère en campagne; mais, les armes déposées, la plupart des médecins reprenaient leur poste antérieur, ou rentraient dans la vie civile ; ce n’est que plus tard qu’on verra le service de santé devenir permanent et acquérir graduellement la stabilité qui en fait aujourd’hui un des rouages les plus essentiels d’une société organisée.

C’est 1 honneur des assemblées républicaines d’avoir édicté une série de décrets qui portent la marque de l’esprit humanitaire de l’époque où ils furent promulgués. On peut dire que la première République a reconnu au militaire, surtout au militaire blessé, une personnalité plus haute. Elle attachait d’autant plus de prix à sa conservation, qu’il était, désormais, non plus un sujet du roi, mais un citoyen appelé par la loi à la défense de la patrie et de la liberté. Certes, la sollicitude royale avait intérêt à s’exercer envers ceux dont elle appréciait, à son prix, les services; mais les secours charitables que le monarque prescrivait d’administrer à ses zélés défenseurs, étaient limités aux ressources dont il disposait.

Quand l’Etat eut la charge de ces mêmes soins, il comprit plus libéralement son rôle. « La République, est-il proclamé dans une instruction de l’an 111, ne veut rien épargner pour le rétablissement de ses défenseurs, mais elle entend que toutes les dépenses qu’elle y destine, tournent véritablement à leur avantage ; elle condamne également la parcimonie et la déprédation. »

Comme première conséquence du principe établi par la République, le service de santé doit être « composé des hommes les plus éclairés et les plus dignes de confiance que le pays puisse fournir; l’État ne peut faire moins pour les soldats en santé ou en maladie, que pour l’ouvrier, l’indigent ou le prisonnier à qui, par d habiles et libérales combinaisons, il assure les soins des praticiens les plus distingués de nos cités 1 » .

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Vignette du Comité de Salut public.

(Exilait de l’ouvrage de A. Boppe et I!. Bonnet, infrà cil.)

Dès le principe, la Révolution modifie du tout au tout la situation de 1 officier de santé : celui-ci devient « partie intégrante de l’armée » ; mais, par une inconséquence dont on pourrait relever de trop nombreux exemples, cet officier de santé, qu’on a déclaré assimilé à un officier des troupes actives, tant sous le rapport de la hiérarchie que du traitement, se voit presque toujours refuser les avantages accordés à ce dernier.

1 L. J. Begin, op. cit ., 89-90.

En dépit de cette injustice, le recrutement des officiers de santé fut relativement aisé, même en un temps où ce service était en pleine désorganisation; outre que les hôpitaux militaires étaient en grande partie détruits, et leur personnel licencié, les hôpitaux régimentaires n’avaient pu être établis complètement : c’est dans ces circonstances critiques qu’il fallut improviser, presque de toutes pièces, une organisation sanitaire qui s’y adaptât.

Et d’abord, le nombre des officiers de santé qui n’atteignait pas 200, exactement 170 en 1788, s’élevait, quatre ans plus tard, à 1.400; par suite des épidémies et des fatigues du service, ce nombre se réduisit; mais on fit appel à de nouveaux concours et, dans les premiers mois de 1793, on ne comptait pas moins de 2.570 médecins ou chirurgiens militaires. Près de 4.000 sont inscrits sur les cadres, dans les six derniers mois de cette même année et, au commencement de 1794, ils sont 8.000. Vers la fin de 94, on arrive au chiffre imposant de 9 à 10.000, c’est-àdire « au delà de toute proportion avec les besoins »1.

On comprend que, dans ces conditions, le corps de santé ait laissé quelque peu à désirer, sous le rapport de la valeur professionnelle, pendant la période que nous essayons de faire revivre. « Mais aussi, pourquoi, s’écrie un historiographe « de l’état et des progrès de la chirurgie militaire en France pendant les guerres de la Révolution 2 », pourquoi, dans ces temps où l’on avait si besoin de gens instruits dans l’art de guérir, brisait-on en France, d’une main impie et homicide, les autels consacrés au culte de la médecine? Pourquoi dispersait-on les membres de cette société savante qui, par d’intéressants travaux, a si rapidement perfectionné plusieurs branches de la médecine? Pourquoi dissolvait-on cette illustre Académie, à laquelle la chirurgie française doit son éclat et sa gloire?... Etait-ce le moment où l’humanité réclamait le plus impérieusement les secours d’un art conservateur, qu’il fallait choisir pour renverser tous les établissements qui lui étaient le plus directement consacrés ? » Si cette diatribe comporte sa part de vérité, il serait injuste d’en induire, que la [{évolution avait systématiquement résolu de se priver du concours des anciens membres de l’Académie de chirurgie ou de la Société de médecine ; mais il est certain que le recrutement ne fut pas toujours pratiqué avec discernement; ce qui se comprend, quand on songe que tous les officiers de santé, depuis l’âge de dix-huit ans jusqu’à celui de quarante, étaient soumis à la réqui-

1 Rapport de Fauvel, au Conseil des Cinq-Cents (12 brumaire an VI).

“2 Briot, Histoire... delà chirurgie militaire, etc. (A Besançon, 1817).

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