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GIII II URGIENS ET BLESSES A TRAVERS l’hISTOIRE
sition du ministre de la guerre et devaient lui adresser, dans les quinze jours de la publication du décret, des attestations relatives à leur individualité, à leurs titres scientiüques et à la durée de leur temps d’étude ou de pratique.
Il suffisait que le candidat justifiât d’une année d’étude au moins; les officiers de santé, servant comme volontaires dans les armées, pouvaient être admis dans les hôpitaux militaires, s’ils en étaient jugés dignes par le Conseil de santé1. C’était, évidemment, une garantie ; de même que les examens institués par un décret de ventôse an II : présentation de trois mémoires sur des questions arrêtées par le Conseil de santé, et rédigées sous la surveillance des municipalités et des sociétés populaires; exercices pratiques, sous les yeux des gens de l’art; mais, en présence des besoins de plus en plus croissants, que de facilités et d’indulgence pour les candidats !
Sans doute faisait-on montre de quelque rigueur dans leur choix : afin d’empêcher les sujets incapables d’occuper des fonctions où ils se seraient montrés inférieurs à leur tâche, le ministre ne délivrait des commissions que sur la présentation du Conseil de santé et après exhibition d’un certificat de civisme, lequel n’était accordé, par les sections de Paris, qu’à ceux qui étaient déjà munis de la commission ministérielle; mais, en dépit de ces mesures, que de jeunes gens inexpérimentés et inhabiles qui, après des réponses à des questions élémentaires, étaient commissionnés sous-aides! Leur instruction était à peine ébauchée, elle paraissait suffisante pour la circonstance; quelques-uns, d’ailleurs, entraînés par une vocation décidée, ou animés d’un zèle soutenu par le travail, ne se montrèrent pas trop indignes de la faveur dont on les avait gratifiés.
Leur jeunesse les rendait, par ailleurs, plus empressés que leurs aînés à porter secours à ceux que la malechance des combats rendait leurs tributaires. « Aller au devant des blessés, les chercher sur le champ de bataille, se dépouiller de ses vêtements pour les en couvrir, se priver de ce qu’on avait de nourriture pour le leur donner libéralement; puis, les panser, les faire porter ou les porter quelquefois soi-même aux ambulances et les éloigner du danger, étaient le propre des jeunes chirurgiens qui, souvent, atteints eux-mêmes par le feu de l’ennemi, dans ces exercices et dans ces actes d’une ardeur patriotique, y trouvaient la mort, ou prenaient place comme blessés à côté des guerriers dont ils étaient venus protéger la retraite. Le même empressement, les mêmes soins se renouvelaient aux
1 Begin, 106.
ambulances, dans les hôpitaux de lignes avancées, partout où les braves se rencontraient 1 . »
Lorsqu’elle avait réorganisé les hôpitaux militaires, la Convention avait
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Signatures autographes des Membres du Conseil de santé (An II de la République).
maintenu l’ancienne division en : hôpitaux d'instruction ; hôpitaux fixes ou collectifs ; hôpitaux ambulants, sédentaires et spéciaux , à la suite des armées ; hôpitaux d'eaux minérales 2.
1 Gama, op. cit., 271-2.
2 On consomma les eaux minérales à domicile dès le règne de Louis XIV 5 souverains et
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Barèges posséda de bonne heure un hôpital de cette nature. Sous l’ancien régime, celui-ci ne comportait que 60 lits; l’auteur* 1 d’un projet de réédification de cet établissement, au début de l’ère révolutionnaire, se faisait fort d’arriver à y faire traiter 1.200 blessés par jour, de manière à ce qu’au bout de la saison, 8.000 hommes fussent soulagés; mais il fallait, à cet effet, dépenser de 8 à 900.000 livres, rien qu’en constructions provisoires et en acquisitions pour préparer les constructions définitives.
Les considérations dont l’auteur accompagnait son projet valent d’être sauvées de l’oubli2; elles portent bien l’empreinte de l’époque où elles furent formulées.
Quoique l’ancien gouvernement ait plus fait pour Barèges que pour toutes les eaux des Pyrénées ensemble, il n’y arien qui ne se ressente de sa nonchalance et de sa corruption. Qu’il ait à peine compté avec ses soldats, c’est tout simple. A l’air dont les nobles se glorifioient du sang qu’ils avaient versé dans les combats, ils sembloient, croire qu’il n’y avoit qu'eux qui en eussent et qu’on versoit de l’eau quand on répandoit celui du plébéien. Mais que les rhumatismes des courtisanes, les vapeurs des grandes dames, les indigestions des prélats n’aient pas ému les entrailles de la cour; que leurs maux, comptés alors au nombre des calamités publiques, n’aient pas suscité de somptueux établissements, provoqué une scrupuleuse recherche des sources, excité le zèle des gens de l’art à effectuer le meilleur aménagement des eaux, c’est assurément ce qui seroit le plus difficile à concevoir, si l’on ne savoit que les fieux où les sources sont situées paroissoient tellement effroyables à des ministres de toilette, et à d’anciens généraux de la plaine des Sablons, qu’à peine on s’y croyoit en sûreté durant deux mois, contre les lavanges du printemps et les neiges de
grands seigneurs se faisaient « voiturer » les eaux dans leurs palais ou leurs châteaux; pour les militaires, il ne fut guère question qu’au siècle suivant, de substituer aux eaux minérales naturelles l’usage des artificielles, mais ce ne fut qu’un projet ; on continuait à envoyer les soldats qui en étaient justiciables aux stations thermales, notamment à Bourbonne, Barèges, St-Amand (Nord). Un auteur contemporain estime à peu près à i.5oo le nombre des soldats qui se rendaient tous les ans à ces eaux : 8oo pour Bourbonne, 700 pour Barèges et St-Amand. (Cf. l’ouvrage de Coste, Du service des hôpitaux militaires , 444 et suiv.; et Recueil général des Lois, Réglemens , Décisions et Circulaires sur le service des Hôpitaux militaires , par Ch. Courtin, tome premier (Paris, 1809).
1 Celui-ci, nommé Lomet, confesse, dans la Préface de son ouvrage, qu’il a eu pour collaborateur le célèbre Ramond, le « pyrénéiste » bien connu ; en réalité, c’est Bamond qui a dû fournir tous les matériaux de l’œuvre, que l’auteur n’a eu que la peine de traduire en langage révolutionnaire, et de signer.
2 Mémoire sur les Eaux minérales et les Etablissemens Thermaux des Pyrénées, comprenant, etc. Publié par ordre du Comité de Salut public. A. Paris, chez Vatar, imprimeur du Comité du Salut Public, an III de la République Française ( B i b 1 . Nat., Te 1 63 i35^).
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(An VIU de la République.)
l’automne, et qu’on auroit ri du faiseur de projets qui auroit proposé des établissemens d’éclat dans ce lieu de passage.
Autour (Tun « monument consacre' à l’humanité souffrante », expose ensuite le réformateur, on ne saurait trop multiplier les agréments de toute espèce.
... Que les Orientaux sont plus habiles que nous dans l’art salutaire de charmer les sens du malade ! Et que gagne notre triste médecine à n’avoir ni fleurs, ni musique, ni parfums? Il faut une promenade, un jardin au nouvel hôpital: le voilà trouvé... Il faut que l’on apporte de la montagne les viornes, le sorbier des oiseaux, ces chèvrefeuilles si variés, le rosier des Alpes, sans épines comme la vertu!... Il faut que le défenseur de la Patrie la reconnoisse partout à ses tendres soins, et repose ses membres endoloris sous des ombrages plus rians que ceux où nos oppresseurs alloient se délasser du soin de faire la misère du peuple...
L’heure est venue où la République doit créer des établissements thermaux, partout où elle en reconnaîtra l’utilité.
Quelque part que l’on aille en France, il semble être encore au milieu de ces natures scythiques qui ne se baignèrent jamais. La médecine, en consacrant l’usage d’un petit nombre de sources, leur a laissé tout le dégoûtant d’un remède. Ce sont partout des cloaques obscurs, malpropres, infects, administrés par l’ignorance et régis par la cupidité; ce sont des bains loués par des particuliers, qui n’ont pas pu sortir des étroites combinaisons de la parcimonie ; ce sont des bains communaux affermés par des cantons, où tout le monde est prêt à partager les produits et personne à faire les avances ; ce sont des fermiers de passage dont l’intérêt actuel est de dégrader, et des surveillans qui n’ont point intérêt à conserver. Une misérable contribution, qui n’est à charge qu’aux indigens, ouvre la porte d’un bain que n’ouvrent ni les ulcères du pauvre, ni les sollicitations d’une malheureuse famille qui apporte son chef impotent... O ma patrie ! tu ne le souffriras plus. Ce que la terre accorde sans travail sera distribué sans salaire; et l’Etat fera payer à l’Etat ce qu’il ajoutera pour sa gloire aux bienfaits de la nature.
L’auteur propose donc, d’élever une sorte de monument votif, « un édifice simple, mais gracieux et solide », qu’on placerait « hors de l’enceinte des établissemens thermaux, sur une éminence où, vu de partout, il serait le but de l’espérance et des vœux. Le sentier qui s’y éléveroit indiqueroit, par un peu de raideur, la force qu’a acquis le blessé qui y porte son offrande. Il seroit conduit solennellement au monument par les officiers de santé, qui viendroient y rendre un défenseur à la patrie ; et les officiers municipaux, environnés de militaires armés, recevroient en son nom ce soldat de la liberté, sauvé des coups mal assurés de ses ennemis ».
A la prise d'Arlon, un carabinier blessé était étendu près d’un Autrichien. Un chirurgien arrive : « Accourez, mon ami, dit le carabinier; il y a longtemps que je vous attends! Ce n’est pas à moi, ajoute le brave Français, que vos premiers soins sont dits; en voici un autre blessé plus grièvement que moi, c’est un Autrichien. # (7 juin 1793.)
CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS l’iIISTOIRE
Sur le fronton du temple, on lirait cette inscription : A la Patrie secourable; au fronton extérieur, seroient gravés les noms des principaux combats qui ont décidé les succès de nos troupes victorieuses ; au dedans, les honorables béquilles seroient suspendues à des rubans tricolores: on y inscriroit le nom et la patrie de çelui qu’elles ont supporté et l’action où il a reçu sa blessure; il seroit ensuite rendu à ses compagnons d’armes, qui le reconduiroient en triomphe. On fermeroit le temple à la paix, comme celui de Janus : il ne recevroit plus d’offrandes après celles des guerriers qui auront terminé la guerre de la liberté contre la tyrannie... Quel monument de la piété publique et quel spectacle pour la postérité !
Quel dommage, en vérité, ajouterons-uous, qu’un pareil monument n’ait pu être édifié; mais combien s’atténuent nos regrets, à la pensée que nous y aurions peut-être perdu un pareil chef-d'œuvre de littérature déclamatoire!...
Si les hôpitaux des stations thermales ne reçurent pas même un commencement d’exécution, par contre, dès l’envahissement des frontières par la première coalition, l’Assemblée législative avait décrété l’établissement d 'hôpitaux sédentaires et à’ hôpitaux ambulants , dont le service n’était plus donné à l’entreprise, mais mis en régie au compte de l’Etat. Quant aux hôpitaux d’instruction, ils étaient conservés dans les villes où ils avaient été fondés : Lille, Metz, Strasbourg et Toulon.
Aux armées, la direction des établissements sanitaires fut dévolue aux officiers de santé en chef, ainsi que la police de leur personnel. Un corps d’infirmiers devait être organisé, ceux-ci partagés en deux classes et sévèrement choisis L
Il n’y avait alors, tenant la place d’infirmiers, que d’anciens soldats, la plupart infirmes eux-mêmes, mais encore actifs, et remplissant plus ou moins consciencieusement leur office; ce n’est qu’à l’entrée de la campagne de l’an VII, que sera formée, par l’initiative du chirurgien Percy, une compagnie de « cent vingt infirmiers, bien habillés, pris parmi les soldats de bonne volonté ». Mais à la paix, ce corps fut dispersé, et Percy ne parvint à le rétablir, encore transitoirement, qu’au moment où s’ouvrit l’expédition d’Espagne.
Percy avait imaginé, pour ces modestes auxiliaires, un uniforme qui ne devait pas manquer de pittoresque : « un habit court, de drap brun, petits revers, collet et parements rouges, boutons jaunes et demi-sphériques, gilet rouge , grand pantalon brun avec des bandes rouges sur les côtés, chapeau rond retroussé par devant, bordé d’un galon de laine jaune, et à plumets de couleurs distinctives,
* Le Corps de santé militaire en France , par le D1' Bkice et le Capitaine Bottkt. Paris et Nancy, 1907.