COSTUME^ ET .ÉQUIPEMENT DES INFIRMIERS
(D’après le projet de Percy.)
bonnet de police, casaque pour le service, baudrier blanc avec un sabre à poignée de cuivre1. » A mesure qu’on les équipait, ces infirmiers étaient mis en activité, et bientôt le service, jusqu’alors négligé, s’améliorait; mais, sous la Révolution, l’organisation de ce corps était encore loin d’être constituée.
Aux officiers de santé se mêlèrent parfois des personnes absolument étrangères à notre art, notamment beaucoup de séminaristes ayant complété leurs cours de latinité, et déçus de leurs espérances de revêtir le sacerdoce. Certains d’entre eux embrassèrent l’état militaire, pour lequel ils ne se sentaient qu’une vocation assez attiédie; mais l’élude d’une science se rattachant à des sentiments de bienfaisance et de philanthropie, les changeait à peine de leurs habitudes premières.
La chirurgie militaire comptait alors nombre d’hommes, dont quelques-uns fort distingués, qui avaient été dans les ordres, et même avaient reçu la prêtrise.
Au début de la Révolution surtout, comme il n’y avait guère, pour tous ceux qui étaient en état de porter les armes, de sécurité qu’aux armées2, ou dans les établissements qui en dépendaient, et que passait pour suspect quiconque abandonnait sa résidence habituelle, on comprend que les hôpitaux aient servi d’asile providentiel à ces « embusqués » d’une autre époque3. Mais, pour échapper à un danger, souvent ils tombaient dans un pire.
Les hôpitaux, tant sédentaires qu’ambulants, tous les lieux, en un mot, où l’on recevait des troupes ou des « apparences de troupes » en état de maladie, n’étaient, pour ainsi parler, que des « sépultures vivantes ». Les épidémies qui y régnaient moissonnaient aussi bien les vieux praticiens qui, grâce à l’accoutumance, avaient longtemps résisté aux atteintes du fléau, que les jeunes chirurgiens, moins acclimatés, qui lui fournissaient une proie plus facile. Les hôpitaux, qui regorgeaient déjà de malades, devaient encore ouvrir leurs portes aux blessés, qui
1 Art. Infirmiers , du Dict. en 60 (Percy et Laurent).
2 « Pendant cette crise, la meilleure sauvegarde d’une famille était la présence d’un de ses membres aux armées. Le jeune étudiant en théologie assurait la sécurité de ses parents, en s’engageant comme volontaire. Réfugié, pendant la Terreur, sous le drapeau français, où du moins il ne risquait de périr que de misère ou par les mains de l’étranger, il se consolait des maux de la France en combattânt pour elle. » Souvenirs militaires d’un jeune abbé, soldat de la République { 179.3-1801); publiés par le baron Ernouf. Avant-Propos (Paris, 1881).
3 II y eut, en effet, des « embusqués » sous la Révolution, comme pendant cette guerre. (Y. La Guerre et le Passé, par André Fribourg (Paris, 1916), 47 et s. ; cf. Ch. L. Chassin, L'Armée et la Révolution ; Paris, 1867, 222-3 ; Albert Mathiez, La victoire en l’an II, 125 et s.; Chron. méd., ier décembre 1917, p. 374-)
refluaient des champs de bataille, ou des places- frontières qui soutenaient des sièges. En dépit de cet encombrement, et de ces mauvaises conditions de salubrité, le personnel sanitaire rivalisa de zèle et de dévouement, aussi prompt à porter les secours de son art à qui les réclamait, que les combattants à s’élancer contre 1 ennemi. Mais avec quelle insuffisance de moyens le chirurgien dut remplir le rôle qui lui était assigné, et combien de fois il eut à suppléer, par son ingéniosité, aux ressources qui lui faisaient défaut!
Manquant souvent des objets les plus indispensables, le chirurgien militaire savait, sur le champ de bataille, changer en moyens de guérison tout ce qui se présentait à lui : il avait bientôt converti le premier morceau de linge qui tombait sous sa main en charpie, en bandes, en compresses; un simple bistouri lui servait à faire toute espèce d’incision et presque d’opération. L’indicateur lui suffisait pour découvrir, quelquefois pour extraire les balles, les esquilles, les portions d'armes,. de vêtements et autres corps étrangers. La pince à pansement remplaçait exclusivement celui-ci, lorsque le cas l’exigeait. Le pouce d’un aide intelligent tenait lieu de garrot ou de tourniquet. Le doigt appliqué sur un vaisseau qui fournissait une hémorragie la suspendait, jusqu’à ce que le chirurgien lui eût opposé une sûre barrière au moyen d’un fil. De simples bandes, artistement disposées et placées, remplissaient quelquefois plusieurs indications en même temps... A défaut de charpie et de linge, il (le chirurgien) se servait de mousse, d’herbes, de feuilles ; à défaut de viande ordinaire, il employait celle du cheval pour faire du bouillon, qu’à défaut de sel, il salait avec la poudre à canon... 1
Nous avons montré, dans le précédent chapitre, que l’alimentation du soldat, sous la première République, laissait fort à désirer. Un « témoin oculaire » dénonçait à la tribune de la Convention, au mois de novembre 1792, entre autres abus qui se commettaient dans l’administration des hôpitaux ambulants et permanents des armées, l’insuffisance des vivres destinés aux militaires. « Sur trois onces de pain qui devaient être distribuées, quelquefois il manquait une once. Des malades ont passé un jour et la nuit suivante sans bouillon; des soldats mutilés, et dont les os fracassés rendaient jusqu’au toucher douloureux, sont couchés sur le carreau ou sur un peu de paille 2 ; de manière que si, par le mouvement du malade, elle s’écarte à droite ou à gauche, ils se trouvent immédiatement sur le marbre des églises qui leur servent de dortoirs 3. »
1 Briot, op. cit., 2-3.
2 « Nous couchons trois cents dans une église, sur quelques bottes de paille, les uns galeux, les autres racheux, etc. », écrivait le volontaire Joliclerc à sa mère, le 20 juin 1794-
3 Journal militaire , 18 novembre 1762 (cité par Brice et Bottet). La preuve qu il ny a rien d’exagéré dans ce tableau, c’est qu’un médecin contemporain fait, de ces hôpitaux improvisés»
Ces révélations provoquèrent, au sein de l’assemblée qui les entendit, une émotion qui se traduisit presque aussitôt par un décret, concernant les hôpitaux ambulants, le transport des blessés, et l’administration des établissements où ils étaient reçus.
Désormais, « toutes les municipalités, dans l’étendue desquelles se trouveront établis les hôpitaux ambulants, ou les municipalités voisines, seront tenues de fournir aux officiers de santé autant de matelas qu’il y aura de blessés, sauf l’indemnité aux particuliers dans le cas où ils l’exigeraient, lorsque leurs matelas leur seront remis ».
Il était stipulé « qu’il serait établi, à la diligence du ministère, le plus tôt possible, à la suite des armées, des chariots suspendus et couverts, pour transporter les blessés aux hôpitaux ». Le ministre de la guerre était invité à rendre compte, dans le plus bref délai, sous trois jours, des « abus qui ont eu lieu dans l’administration des hôpitaux, et des mesures qu’il a prises pour en punir les auteurs ».
Contrairement à ce qui se passe de nos jours, on avait alors la notion des responsabilités; à tous les degrés de la hiérarchie, chacun avait à répondre de sa conduite et de ses actes.
En outre, quelle délicatesse, quelle élégance de procédés vis-à-vis de celui qui avait reçu une blessure au service de la patrie!
Toutes les fois que, dans un combat, le militaire blessé sera porté sur le lieu où l’attendent les secours, tout corps stationné, toute garde devant laquelle il passera lui rendra les honneurs militaires ; les tambours battront aux champs et la troupe présentera les armes.
une description qui l’emporte en réalisme sur celle qu’on vient de lire. Voici ce qu’écrivait le Dr Jourdan-Lecointe, en 1790, dans la première édition de son ouvrage, et rien n’était changé trois ans plus tard, date de la deuxième édition : « Une église, une grange, une masure ou un vaste bâtiment , sont ordinairement les premiers asyles qu’on prend pour les loger: c’est là qu ils arrivent, durement cahotés pendant leur transport... Couchés à terre sur de la paille, à peine couverts, souffrant toutes les rigueurs des vents, du froid, de l’humidité, des aliments altérés, des fournitures et des remèdes de mauvaise qualité... Les églises , qui sont trop souvent préférées, sont presque toujours froides, humides et malsaines... Un camp bien aéré offre l’asyle le plus sûr, le plus salutaire et le plus propre à établir un entrepôt capable de soulager des malades et de panser des blessés... Les masures , ou vieux bâtiments déserts, sont si mal couverts, si peu à l’abri de toutes les intempéries d’une saison et presque toujours tellement humides, qu’on doit éviter autant que possible d’y placer jamais un entrepôt militaire... Les grands bâtimens mériteront toujours la préférence.., » La Santé de Mars, ch. XXIII, 5^3 et s.