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En-tête de lettre de la Pharmacie Centrale des Hôpitaux militaires de la République française. (Vignette du Comité de Salut public, extraite de l'ouvrage de A. Boppe et R. Bonnet, Les Vignettes emblématiques sous la Révolution ; Berger-Levrault, édit., Paris.)
de maladie, dans les corps auxquels ils étaient attachés, et à faire part de leurs observations au commandant de leur corps.
La Convention venait d’approuver et avait prescrit de distribuer une « Instruction sur les moyens d’entretenir la salubrité et de purifier l’air des salles dans les hôpitaux militaires de la République ». Nous avons eu entre les mains cette instruction, qui mériterait d’être reproduite intégralement, la plupart de ses articles n’ayant nullement vieilli ; nous en citerons de copieux extraits, qui témoigneront du soin avec lequel nos ancêtres de la Révolution veillèrent aux mesures d’hygiène, collective ou individuelle.
CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS l’hISTOIRE
La propreté si essentielle dans tontes les circonstances de la vie, y est-il énoncé, est le plus puissant correctif des vices locaux de salubrité ; elle doit donc faire l’objet principal de l’attention de tous les agents des hôpitaux. Les officiers de santé, chargés plus spécialement d’en surveiller l’observance, s’attacheront à convaincre les malades de l’influence directe qu’a la propreté sur leur entier et prompt rétablissement... Que nos braves défenseurs n’oublient iamais que la propreté fut toujours une vertu chez les Républicains.
Quand ils entreront à l’hôpital, les malades auront les pieds et les mains lavés à l’eau tiède. Les vases destinés à tous leurs usages seront nettoyés le plus souvent qu’il se pourra ; les capotes et couvertures, battues et fumigées au soufre ; la laine des matelas, rebattue et cardée tous les six mois; la paille des lits, renouvelée1 2; les baignoires en bois, peintes et vernies intérieurement et au dehors ; les murs et plafonds des salles, blanchis à la chaux ; les bois des lits, des planchers, des tables et des croisées, lavés avec une forte lessive alcaline.
Les malades auront des crachoirs... On observera toujours entre les lits et le mur un intervalle de deux à trois pieds... Quelque étendue qu’ait une salle, il sera expressément défendu d'y établir des rangées de lits dans le milieu -... Les chaises percées seront assez
1 Une ordonnance de 1781 exige que « la paille des lits de convalescents soit renouvelée tous les six mois ; celle des lits des malades, toutes les fois que le médecin ou le chirurgienmajor le jugera à propos ». Il était expressément ordonné, à tous les officiers des hôpitaux, « de ne pas souffrir qu’aucun malade ou blessé soit jamais mis dans le lit d’un mort, avant que la paille en ait été changée ».
2 Plusieurs malades couchaient encore dans le môme lit : « La nuit, les soldats couchés deux à deux s'étouffent mutuellement », écrivait le médecin Jean Colombier, à la fin du dixhuitième siècle : « Gardez-vous, écrit le rédacteur de Y Encyclopédie méthodique, d’être séduit par l’extérieur de quelques casernes, pénétrez dans les chambrées et vous verrez là entassés trente ou quarante soldats et quelquefois davantage, pour dix, douze ou quatorze lits, des fenêtres basses, un air méphitique, etc. » II est hors de conteste, que, sous l’ancien régime, on n’eut qu’un très vague souci de l’hygiène et du confort : qu’on se reporte à ce que nous en avons dit, dans les Mœurs intimes du passé , ire série; on y verra que la première noblesse du royaume, Louis XIV lui-même, se contentaient de logements dont nos ouvriers se satisferaient à peine aujourd’hui; on s’étonnera moins, après cette évocation, qu’on fît coucher plusieurs soldats dans le même lit. D’ailleurs, la condition des militaires des autres pays n’était pas plus enviable. En ce qui concerne l’Allemagne, les ouvrages de Guibert, Mirabeau, Toulongeon, les Mémoires du prince de Ligne, etc., sont là pour attester que nos voisins n’étaient pas plus favorisés que nous, sous ce rapport. Dans un mémoire, publié en 1790, le Premier Médecin des Camps et Armées du Roi (Louis XVI), souhaitait que l’on opérât en France une réforme « qui serait, sans contredit, la plus humaine, la plus féconde en résultats ». Coste, Du service des hôpitaux militaires , rappelés aux vrais principes. (A Paris, de l’imprimerie de Monsieur, 1790.) Quinze ans auparavant, un hygiéniste militaire avait déjà demandé, qu’on
nombreuses pour pouvoir en substituer sur-le-champ à celles enlevées à mesure des besoins 5 cependant, il n en sera placé qu auprès des malades affectés gravement. On aura soin de tenir de 1 eau dans ces chaises et d en laver exactement le siège. Elles seront recouvertes, extérieurement et intérieurement, d une forte couche à l’huile siccative.
Un hygiéniste militairejde l'époque révolutionnaire : E.-B. Hévolat, Docteur en médecine de l’ancienne Université de Montpellier, ex-Médecin des armées d'Italie et des Pyrénées-Orientales.
Même minutie pour ce qui est relatif à l’établissement de poêles dans les
dédoublât les chambrées, pour faire cesser l’accumulation trop grande d’hommes dans un espace étroit ; il réclamait des chambres hautes et spacieuses, bien éclairées, bien aérées par de grandes fenêtres se correspondant, un plus grand espace entre chaque lit, etc. (Cf. le travail du Dr Gallot-Lavallée sur: Un hygiéniste au xvm° siècle: Jean Colombier; thèse de Paris, 1913.) Presque toutes les prescriptions d’hygiène militaire, qu’on mit en pratique, à la Révolution et sous les régimes qui suivirent, se trouvent exposées, avec détails souvent circonstanciés, dans les ouvrages de Colombier; plus spécialement son Code de médecine militaire , ses Préceptes sur la santé des gens de guerre , et son Traité de Médecine militaire. Ce médecin doit être considéré, avec E.-B. Révolat, antérieurement cité, comme un précurseur en ces matières.
salles, de vasistas et de ventouses pour aider au renouvellement d’une atmosphère viciée et, pendant l’été, d’ « un grand éventail qui, mis en mouvement à l’aide d’une corde, agiterait l'air qu'il forcerait à sortir, et porterait sur les malades une fraîcheur salutaire ».
Lorsqu’il régnera des chaleurs excessives, « on arrosera souvent le devant des salles; on distribuera çà et là, dans leur intérieur, des branches d’arbres récemment coupées, pour obtenir le rafraîchissement tant désiré et si nécessaire ».
Dès cette époque, on se sert du thermomètre pour prendre la température des salles, qui ne doit jamais excéder 15 à 16 degrés; on crée des jardins autour des hôpitaux, en ayant reconnu la vertu assainissante.
Autant qu’il sera possible, on entretiendra des arbres , des arbustes et des plantes inodores, en pleine végétation, dans le voisinage de l’hôpital.
Mais il ne suffit pas d’empêcher l’air de se corrompre, il faut détruire « ces émanations, ces germes même vivans après la destruction de leurs foyers », qui « s’attachent et se fixent aux murs, au plancher, aux draps, aux couvertures, aux vêtements, aux bois de lits », et qui ont « la dangereuse faculté de conserver longtemps la qualité délétère, comme aussi d’empoisonner continuellement l’air ».
Les fumigations aromatiques, le vinaigre jeté sur une pelle rougie au feu ont, certes, leur utilité ; mais des moyens plus énergiques sont nécessaires pour anéantir les miasmes; et c’est dans ce dessein que le Conseil de santé recommandait « le procédé que Guiton, représentant du peuple, a mis en usage en 1773, dans la ci-devant cathédrale de Dijon, infectée par des exhumations, au point qu’on fut obligé de l’abandonner ».
Ce procédé, imaginé par le chimiste Guyton-Morveau, nous ne l’exposerons pas longuement 1 ; il nous suffira de rappeler qu’il consistait, après avoir évacué les malades de la salle à .désinfecter, et avoir fait fermer hermétiquement portes et fenêtres, à disposer dans le milieu de cette salle un fourneau, garni d’une petite chaudière ou capsule de fer, à demi remplie de cendre tamisée, sur laquelle on posait une autre capsule de verre, de grès ou de faïence, chargée de neuf onces de sel marin, humecté d’une petite quantité d’eau; quand la capsule était assez échauffée, on versait sur cette solution saline quatre onces d’acide sulfurique, et les
i Cf. Traité des moyens de désinfecter l'air, de prévenir la contagion et d'en arrêter les progrès, jjar L. B. Guyton-Morveau ; seconde édition ; à Paris, an XI (1802).
vapeurs d’acide chlorhydrique qui en résultaient agissaient comme antiseptiques 1 (le mot est déjà employé dans le sens moderne) et désinfectants.
Les chirurgiens étaient prévenus de ne pas laisser leurs instruments dans la salle, si le gaz muriatique était en expansion, en raison de son action sur le fer, qu’il « rouille en un instant ».
Aux pharmaciens, il était recommandé de ne laisser pénétrer à nouveau les malades dans les salles, que quand le gaz avait épuisé son action et de recueillir le résidu de la réaction, qui pouvait être utilisé, car c’était du sulfate de soude. En ajoutant de l’oxyde de manganèse au mélange indiqué plus haut, on obtenait de l’acide muriatique oxygéné, encore plus énergique que l’acide simple, comme l’avait fait observer le représentant du peuple Fourcroy, dont les talents en chimie n’étaient pas contestables.
Les expériences avaient été faites dans les hôpitaux de Saint- Cyr, de Franciade (Saint Denis),
j n n n ii . Le chimiste Guyton-Morvead.
et du Dros-Laillou; elles avaient (D’après un portrait placé en tête d’un de ses ouvrages.)
été assez démonstratives pour
que l’essai fût poursuivi dans les autres établissements relevant de l’autorité militaire.
Tous les officiers de santé étaient invités à se prêter aux vues du Gouvernement qui, pour la circonstance, employait le style pompeux, mais qui avait sa grandeur, en usage à une époque par quelques cotés glorieuse :
i Guyton-Morveau, op. cil., 254-
CHIRURGIENS ET RLESSES A TRAVERS L’HISTOIRE
L amour de la Patrie et de l’humanité, s’écriait le rédacteur anonyme, qui n’était probablement que le porte-parole d’une inspiration collective, la reconnaissance due à nos généreux défenseurs, le civisme des Officiers de santé et des employés des Hôpitaux militaires, répondent à la République qu'ils s’empresseront de concourir, chacun en ce qui le concerne, à opérer le bien qu’on doit attendre de l’adoption et de l’exécution des moyens qui leur sont offerts.
A ces puissantes considérations se réunit leur propre intérêt : vivant, pour ainsi dire au milieu du foyer des émanations morbifiques, ils deviennent journellement, par l’oubli des précautions qui peuvent les garantir, victimes eux-mêmes du fléau dont le préservatif et le remède sont l’objet de la présente instruction.
Point c’était besoin de faire appel à ce sentiment égoïste pour stimuler le zèle du corps médical : celui-ci allait donner, aux armées, de nombreuses preuves de son humanité, de son zèle, de son dévouement au bien public.
Ex-tête de lettre de soldat de la Première République. (Collection N. Charavay ■)
Larrey et son ambulance volante.
(D'après un tableau conservé dans la Bibliothèque de l'Académie de Médecine.)