AVIS AUX ARTISTES
PRIX propose pour les V oitures destinées au transport des Malades et Blesses dans les Armées , en exécution de la Loi du n Novembre dernier.
T i a Convention Nationale ayant décrété le onze Novembre dernier , qu’iL seroit établi à la suite des armées , des- voitures couvertes et suspendues , pour le transport des malades et blessés ; le Ministre de la Guerre avoit proposé un pnx de 2000 liv. à adjuger à celui des Artistes qui offriroit le modèle de voitures, le plus propre à remplir cet objet.
Il a reçu pour le terme fixé , onze modèles et quatre plans , qui ont été soumis à l’examen et au jugement dcsmembres du Conseil de Santé des hôpitaux militaires, auxquels on avoit adjoint deux commissaires de la commune de Paris, neuf membres des Sociétés savantes , et huit Artistes choisis pat1 les concurrens.
Les juges ont trouvé dans la plupart de ces modèles et"1 plans , du génie et d'excellentes vues , mais aucun ne leur a paru remplir les conditions nécessaires au bot proposé.
Cependant ils ont cru convenéble et juste de distribuer par forme d indemnité, la somme de 2000 liv. entre les Artistes qui uni le plus approché du but, et dont les modèles présentent quelque nouveauté utile , par rapport à la construction de ces sortes de voitures.
Le Ministre., de la Guerre invite les Artistes, au nomade l'humanité , de s'occuper de nouveau de cet important objet , et propose le même prix de 2000 liv. à l’auteur du modèle qui méritera la préférence.
Pour faciliter ce travail , le Ministre a jugé convenable d’indiquer les conditions principales qui doivent diriger les Artistes. Ces conditions sont.
i“. Que ces voitures soient commodes et sûres, simples et le moins dispendieuses possible, légères et solides, faciles à construire, sur-tout faciles à réparer.
2''. Qu elles puissent passer par de mauvais cnrmin-. , dans la boue , dans les ornières pro*
fondes , etc. , sans être exposées à verser , ou aux accidens dépendans de la chute des chevaux.
3“. Quelles garantissent les malades des insectes , de la poussière, des éclaboussures, des intempéries de 1 atmosphère, sans cependant empêcher le renouvellement de l’air , ni l’accès de la lumière.
4". Quelles soient à un seul étage , de grandeur et de forme à contenir quatre malades couchés, un plus grand nombre à demi couchés , ou assis, mais toujours commodément.
5°. Que le chargement et le déchargement des malades , soit facile , prompt et’ sûr, et qu'il n exige que le moins possible de personnes. Que les malades puissent satisfaire à tous leurs besoins , sans se nuire mutuellement , que les officiers de santé et les infirmiers, puissent rendre les services nécessaires à chacun en particulier , sans incommoder les autres.
6°. Que ces voitures contiennent les choses indispensables pour les malades , pendant la route, ainsi qu'à leur transport.
70. Que, lorsqu'il n'y aura pas de malades A transporter , elles puissent être employées à d'autres usages
Le concours sera irrévocablement fermé le vingthuit Février prochain.
Les modèles serout dopas és au Co i-etl de Santé des hôpitaux militaires, rue Cauinartiii , N° 35.
Arrêté au Conseil de Santé , le 23 Janvier 1793, fan deuxième de la République française , d'après fans des membres du Conseil de Santé et des commissaires des Sociétés savantes , invitées à concourir à la rédaction du programme ci-dessus.
Signés, les Membres du Conseil de Santé , elles Commissaires adj oints.
Le Secrétaire du Conseil de Santé.
Signé Biron.
l)s l'Imprimerie de Guillaume./, mhr et Piiucis
Imprimeurs .tu Département .te la Guerre, rue Mwritlc . n". <ùoj
Affiche du Concours de Voitures d’ambulance (1793t. (. collection de l'auteur .)
CHIRURGIENS ET BLESSÉS A TRAVERS i/lIISTOIRE
Le but que je me suis proposé en publiant cet avis étant d’obtenir la meilleure exécution possible, j’ai pensé qu'il ne pourroit être rempli parfaitement qu’en soumettant les modèles de voitures qui seront proposées à l'examen des savants et des artistes, et j’ai dû m’attendre que l'établissement dont il s’agit intéressant spécialement l’humanité et particulièrement nos généreux frères d'armes blessés ou surpris par des maladies en combattant pour la défense de la Patrie et pour le maintien de la liberté et de l’égalité, je serais puissamment secondé par les Académies et les sociétés dont les connaissances et les lumières sont principalement dirigées vers les objets d’utilité publique.
C’est dans cette vue, Citoyens, que, déterminé par la confiance que j'ai dans votre patriotisme, je m’empresse de vous inviter à nommer l’un de vos membres pour procéder, en qualité de commissaire, conjointement avec le Conseil de santé des hôpitaux militaires, l’examen des modèles de voitures qui seront présentés et juger celui qui devra être accepté sous les rapports réunis de la commodité pour les malades ou blessés, de la solidité de construction et de l’économie.
Je vous prie, dès que vous aurez nommé ce commissaire, de vouloir bien m’indiquer son nom et sa demeure, afin que je puisse l’avertir du jour et de l’heure qui seront pris pour l’examen des modèles, ainsi que du lieu où sera fait cet examen.
Le Ministre de la Guerre :
Pache.
Quelques jours après, le Département de la Guerre faisait afficher, sur les murs,
un Avis, dont nous possédons un exemplaire dans notre collection, et que nous
avons fait reproduire en fac-similé réduit, pour accompagner notre texte. Cet
Avis indique qu’un prix de 2.000 livres a été proposé pour celui des Artistes qui
offrirait le modèle de voiture le plus propre à remplir l’objet que l’on se propose.
Onze modèles et quatre plans avaient été soumis à l’examen et au jugement des
membres du Jury spécial réuni à cette intention, mais les juges n’en avaient
trouvé aucun qui leur eût paru remplir les conditions exigées; en conséquence,
les Artistes étaient, à nouveau, engagés à poursuivre leurs recherches, et le
programme qui leur était tracé était le suivant : « les voitures devaient être
commodes et sûres, simples et le moins dispendieuses possible, légères et solides,
faciles à conduire, surtout faciles à réparer », ayant « à passer par de mauvais
chemins, dans la boue, dans les ornières profondes, etc. ». Il fallait trouver le
moyen de garantir les malades « des insectes, de la poussière, des éclaboussures, # <
des intempéries de l’atmosphère, sans cependant empêcher le renouvellement de l’air, ni l’accès de la lumière » ; la hauteur des véhicules était limitée à celle d’un étage, de « grandeur et de forme à contenir quatre malades couchés, un plus grand nombre à demi couchés ou assis, mais toujours commodément ».
11 était, en outre, recommandé, dans l’instruction officielle, de veiller à ce que « le chargement et le déchargement des malades soit facile, prompt et sûr, et qu il n exige que le moins possible de personnes ; que les malades puissent satisfaire à tous leurs besoins, sans se nuire mutuellement; que les officiers de santé et les infirmiers puissent rendre les services nécessaires à chacun en particulier, sans incommoder les autres; que ces voitures contiennent les choses
Comment étaient transportés les blessés en 1796. (Bataille de Castiglione, par Cable Vernet.)
indispensables pour les malades, pendant la route, ainsi qu’à leur transport; que, lorsqu’il n’y aura pas de malades à transporter, elles puissent être employées à d’autres usages ».
(Juel fut le résultat du concours? Après bien des hésitations, on se décidait, à la longue, à le publier : deux modèles, qui avaient été d’abord retenus, furent finalement rejetés et, quelques mois plus tard, le comité militaire de la Convention, s’inspirant des nombreux projets qui lui avaient été soumis, faisait construire des voitures dont « la disposition était telle, qu’on pouvait y placer
jusqu’à seize soldats, les uns couchés, les autres assis ; elles contenaient aussi tout ce qui était nécessaire pour subvenir, dans la route, au besoin des malades; enfin, c’était un véritable hôpital ambulant... qui exigeait huit chevaux pour le traîner 1 ».
Ces pesants véhicules étaient trop peu pratiques pour avoir des chances de durée. « Non seulement ces énormes masses ne purent être que difficilement traînées et, en raison du mauvais calcul de leurs dimensions, chavirèrent souvent dans les chemins creux, mais elles eurent parfois de la peine à franchir les portes de quelques anciennes villes de guerre. Ainsi échoua la généreuse tentative de la Convention ; il était réservé au siècle de la vapeur de réaliser ce projet et de lancer sur les voies ferrées ces hôpitaux roulants entrevus et désirés cent ans auparavant2. »
Après cet essai malheureux, on dut revenir aux antiques chariots, auxquels on adjoignit des véhicules de toute sorte, réquisitionnés dans chaque district ; toutefois, ces convois rudimentaires furent mieux organisés : « des chirurgiens, des employés et des infirmiers les accompagnèrent; on aménagea pour le mieux les voitures, on les couvrit de bâches, on les garnit de paille, on les munit de matelas, que la Convention ordonna de réquisitionner dans les départementsfrontières, pour le service des hôpitaux ambulants 3 ».
L’ambulance volante, selon le type imaginé par Larrey à l’armée du Rhin, ne fut adoptée qu’en l’an IV, par une décision du 30 Floréal. Les objets de pansement et les caisses d’instruments; des bandes, de la charpie, des compresses, du vin, du vinaigre, de l’eau-de-vie, du sel, du bouillon, etc., étaient transportés dans des caissons ; les couvertures, les brancards étaient placés dans d’autres. Des voitures, garnies de paille, de cerceaux et de toiles, devaient être toujours prêtes pour accompagner le convoi. Ce n’était pas l’idéal , mais le système n’était pas encore au point ; ce n’est qu’au cours de la campagne d’Italie (1797), que Larrey réalisera pleinement son idée et la rendra véritablement pratique.
1 Encyclopédie méthodique (Médecine militaire); Paris, 1 8 1 6 (Chr. méd., 1910, 106).
2 Les concours de voitures d' ambulance sous la Convention , par le D' Monéry, médecin de l’Ecole de Saint-Cyr [Chr. méd., loc. cit.).
3 Les premiers transports d’ambulance aux armées de la République et de l’Empire , par le D1 Monory ( Le Caducée , 20 novembre 1909, 3oi et s.).
Larrey. Desgenettes.