CAMPAGNES D ITALIE ET D’EGYPTE
Blessés et malades gisaient sur la paille ou sur d’infects matelas. Il n’y avait ni médicaments, ni vivres ; ou ceux-ci étaient plus ou moins avariés. Les dilapidations étaient pratiques courantes. « L’un vendit une caisse de quinquina, que le roi d’Espagne avait envoyée à l’armée ; un second, les matelas des hôpitaux ;
Infirmiers militaires, transportant un officier blessé.
un autre, cinquante mille mètres de toile fine, que la ville de Crémone avait fournie pour nos malades. »
Au lieu de placer ceux-ci et les blessés dans des locaux bien exposés et convenablement aménagés, tels que des couvents, des monastères, on les avait mis dans des maisons particulières, des hôtels abandonnés, où l’encombrement s’ajoutait à la malpropreté. Larrey ordonna de les transporter dans des locaux plus appropriés, et réquisitionna les lits, les couvertures et le linge nécessaires ; l’alimentation fut surveillée, et les fonctionnaires indélicats, signalés à l’autorité supérieure, reçurent le châtiment de leur incurie et de leurs malversations.
C’est au cours de sa tournée d’inspection, que Larrey constitua son ambulance
CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS l’hISTOIRE
volante, avec les perfectionnements que lui avait appris l’expérience. Tout avait été minutieusement prévu par l’illustre chirurgien ; comme l’a dit un médecin qui fut attaché à l’une de ces ambulances, « jamais organisation ne fut plus complète: elle suffisait à toutes les indications, se portait partout avec célérité, et fonctionnait, dans toutes les circonstances, avec un ensemble et une précision admirables1 ».
L’ambulance volante, telle que l’avait conçue Larrey 2, et qui fonctionna d’abord à l’armée d’Italie (nous avons parlé des essais qui en avaient été faits à l’armée du Rhin), avait été désignée, par son fondateur, sous le nom de centurie ; elle se composait de trois divisions, ou décuries : l’une était à Udine, la seconde à Padoue, la troisième à Milan.
Chacune d’elles comprenait : un chirurgien-major de lre classe, ayant sous ses ordres deux aides-majors ou chirurgiens de 2e classe ; douze sous-aides-majors, ou de 3e classe, dont deux remplissaient les fonctions de pharmaciens. Un lieutenant faisait fonction d’économe ; un sous-lieutenant, de sous-économe. Le commis de lre classe d’ambulance était un maréchal des logis en chef, et les commis de 3° classe furent choisis parmi les brigadiers. Un trompette et un tambour étaient préposés à la garde des instruments de chirurgie. Un sergent-major, deux fourriers et trois caporaux étaient occupés à diverses besognes.
Les infirmiers à cheval, au nombre de 12, appartenaient à différents corps de métier : selliers, maréchaux ferrants, bottiers. Vingt-cinq soldats faisaient office d’infirmiers non montés ; au total, cent treize personnes étaient attachées à chaque division d’ambulance: toute la légion, y compris le chirurgien en chef, se composait de 340 soldats.
Chaque division comprenait douze voitures légères, les unes à deux roues, les autres à quatre. Les premières, au nombre de huit, convenaient pour les pays plats ; celles à quatre roues étaient destinées au transport des blessés dans tes pays montagneux. L’aération y était assurée par des fenêtres, convenablement disposées, et un cadre mobile, garni d’un matelas de crin avec son traversin et recouvert en cuir, glissait facilement, au moyen de roulettes, de façon à permettre le placement des blessés, sans leur imprimer des secousses douloureuses.
Lorsque l’armée devait s’engager dans des cols plus ou moins escarpés, on avait recours à des mulets ou à des chevaux de bât, avec des paniers à compartiment, ,
1 Begîn, op. cil.
- Mémoires de chirurgie militaire, par Larrey (Campagne d’Italie), t. I, i5o et s.