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CHAPITRE XXVII

CHIRURGIENS ET BLESSÉS AU TEMPS DE l’ÉPOPÉE

On resterait sous une impression fâcheuse et, par surcroit, injuste, si on ne voyait autre chose que des essais avortés, dans ces ambulances mobiles dont Percy est l'inventeur1, et qui, à leur début, prêtèrent tant matière à railleries. Rappelons la boutade qu’inspirait à Lefebvre, l’époux de la légendaire Madame Sans-Gêne, la situation qui existait avant la création de ces ambulances : « Je voudrais, s’exclamait-il dans sa langue imagée, être comme le diable qui transporta Jésus-Christ sur la montagne; j’irais chercher tout le Conseil de santé et lui dirais : « Vois, malheureux, si un chirurgien ayant fait six lieues sac au dos, peut secourir les blessés avec aisance ! » C’est par là qu’on mesure l’étendue des services rendus par Percy, en dépit de l'imperfection du système qu’il a préconisé.

On peut dire que ces véhicules, dont la légèreté, la mobilité, contrastaient avec les trains pesants, les équipages lents qui les ont précédés, ont. surpassé par leur utilité les espérances qu’on en avait conçues; ils ont, d’ailleurs, mérité, en maintes circonstances, les plus grands éloges de la part des généraux 2. Mais il eût fallu, pour en obtenir tout le rendement que son fondateur avait escompté, qu’il fût autrement secondé qu’il ne l’a été; or, nous avons montré combien laissèrent à désirer, tant sous le rapport de la moralité que de l’instruction professionnelle, les collaborateurs qui furent adjoints au chirurgien en chef.

1 En réalité, Percy doit partager la gloire de la création des ambulances mobiles avec Larrey, qui, comme nous l’avons dit, en avait déjà eu l’idée aux sièges de Spire et de Mayence (1792, 1 vq3) ; et aussi, ce qui est moins connu, avec un compatriote de Percy, Thomassin , qui, à l’arrivée du chirurgien en chef à l’armée du Rhin, avait créé deux ambulances légères, dont les médecins étaient montés et dont le matériel était suffisant pour donner des soins à quelques centaines de blessés.

2 Hist. de la vie et des ouvrages de P. F. Percy , par G. Laurent ; Versailles, 1827, 178.

CHIRURGIENS ET BLESSES AU TEMPS DE l’ÉPOPEE

Percy avait une idée trop haute de sa tâche pour s’en émouvoir outre mesure.

Il ny a point de repos pour nous aux armées, proclamera - 1 - il. quand il sera appelé à prononcer 1 éloge de 1 homme éminent auquel il avait succédé ; nous y sommes les soldats de tous les jours, de tous les moments ; nous n’y quittons jamais le combat ; les maladies, les blessures, 1 insalubrité des lieux, l'inclémence des saisons, la contagion des épidémies, sont pour nous des ennemis implacables et sans cesse renaissants ; et dans cette pénible lutte où les dangers nous pressent de toutes parts, ce sont encore ceux que nous partageons avec les guerriers sur le champ de bataille, que nous avons le moins à redouter h

Le chirurgien Pehcy, ayant sur son dos un blessé, passe sur le pont de Manheim,

criblé de mitraille.

(D'après une peinture murale du Val-de-Gràee.)

Nul ne fut plus brave que le digne Franc-Comtois; son compatriote Pichegru, qui l’avait vu à l’œuvre, rendait hommage à sa vaillance. Nul ne s’exposait au feu avec plus de calme indifférence : on le vil à Manheim, sauver, au péril de sa vie, l’officier du génie Lacroix, grièvement blessé, en le transportant sur son dos1 2!

1 Laurent, i4o.

2 En Egypte, Larrey accomplit le même tcur de force. En danger d'être pris par les dragons anglais, le vigoureux chirurgien n’hésita pas à charger sur son dos le général Silly, qu'il venait d’opérer et de panser, et, pour éviter les cavaliers ennemis, à se jeter dans un

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Une peinture murale du Val-de-Gràce, mesurant 5 mètres de long sur 2m,50 de large, et signée du monogramme de Gros, a consacré l’émouvant épisode :

Le pont du Rhin était alors battu par douze pièces de canon, tirant à ricochets, et les Français, qui étaient sur la rive opposée, pleins d'admiration pour une si belle action, soutenaient, par leurs acclamations, les ellorts du chirurgien en chef, sous les pas duquel les pontons brisés menaçaient de s’écrouler. 11 eut le bonheur d'arriver intact sur la rive occupée par l’armée et d’y déposer son blessé, qu'il n’avait pas voulu abandonner * 1 .

C’est par de tels exploits, accomplis sans forfanterie, mais avec une tranquille audace, que nos chirurgiens s’imposaient au respect des soldats et des officiers.

11 n’était qu’une catégorie de fonctionnaires avec lesquels ils ne parvinrent point à lier commerce : c'étaient les commissaires des guerres, qui ne pardonnaient pas aux membres du corps de santé les reproches que ceux-ci adressaient aux pouvoirs publics sur leur incurie. « Quelle administration! s’écriait à ce sujet le chirurgien en chef des armées; à voir l’indifférence, le sommeil léthargique de tous les gens à la tête des affaires, lorsqu’on leur parle des hôpitaux , on croirait qu'un malade, qu’un blessé cesse d’être un homme, quand il ne peut plus être un soldat ! » Malgré les griefs trop légitimes qu’il nourrissait à l’endroit des bureaucrates, Percy recommandait aux officiers de santé sous ses ordres de ne jamais user vis-à-vis d'eux de représailles :

Oublions. leur disait-il, les torts de ceux qui nous oublient, et laissons les vaines querelles que nous suscitent des hommes peu faits pour nous juger. Que toutes nos pensées, nos sentiments, nos facultés ne tendent plus qu’à procurer à nos défenseurs, que le sort des combats doit frapper, tous les genres de secours qui doivent leur être prodigués. Peut-être, parmi ces honorables victimes, trouverons-nous de ces hommes qui, trop fiers de leur état, ont eu la faiblesse de traiter le nôtre avec dédain ou qui, ayant abusé du droit du plus fort, nous ont persécutés avec autant d’impunité que d'injustice; si le malheur nous livre de tels adversaires, de quelle attention, de quelle bienveillance il nous sera doux de les prévenir ; ils ne doivent trouver en nous que des amis et des consolateurs, aussi empressés que généreux.

On ne pouvait pratiquer, dans un esprit plus large de charité, le pardon des

offenses.

champ de câpriers, coupé de fossés profonds, dans lesquels s’abattaient les chevaux de ceux qui le pourchassaient. Il fut assez heureux pour rentrer dans les lignes françaises avec son précieux fardeau.

1 Laurent, op. ci/., 190-1.

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G est encore le langage d un homme dégagé de passion, que parle Percy dans les instructions qu il donne à ses subordonnés, relatives à la conduite qu ils doivent tenir sur le champ de bataille. 11 leur recommande de s’entendre avec les employés de 1 administration, pour ne point tourmenter les blessés, réunis à 1 ambulance, par la demande brusque de leur nom, ainsi que cela se faisait alors pour la comptabilité. Il entendait qu’en même temps qu’on leur donnerait les soins nécessités par leur état, on leur fit distribuer quelque aliment réconfortant, et il rappelait, à cette occasion, la plaisante réponse, décochée par un grenadier de la 84e demi-brigade à un commis qui lui demandait comment il s’appelait : « Tu ne le sauras, lui répliqua le militaire, quun bouillon à la main. »

Il faut lire la navrante description que donne Percy de la situation des blessés au début de sa carrière1, pour apprécier à leur valeur les réformes qu’il a accomplies et les sentiments d’humanité qui les lui ont dictées.

Dans une circonstance qu'il rappelait plus tard, il conte qu’environné de chirurgiens, accourus pour le seconder, il s’était tout d’abord mis en devoir d’assurer aux malheureux blessés un gîte convenable :

Il y avait cinq jours que la plupart n’avaient quitté la charrette qui leur avait servi de moyen de transport et de lit. Leur paille était pourrie ; quelques-uns avaient sous eux un matelas, qui était sali du pus de leurs plaies et de leurs excrémens. Ils étaient couverts de lambeaux de tapisserie, de rideaux, de pièces de damas, de mauvais drap de paysan...

Ici, un détail d’un réalisme repoussant. Après les avoir, non sans peine, descendus, les chirurgiens avaient dû tenir les blessés suspendus, pour leur donner la faculté d’aller à la selle !

Ces manœuvres, très pénibles et excessivement dégoûtantes, ont duré près de deux heures, C’était une puanteur insupportable. Les plaies n’avaient pas été pansées depuis quelques jours, et plusieurs étaient gangrenées... Il n’y avait rien pour coucher ces pauvres gens, pas même une paillasse, pas même de la paille. Les matelas qu’ils avaient apportés ont heureusement servi pour une partie ; leurs lambeaux et leurs guenilles aussi. Il a fallu débarrasser une chapelle où les tombeaux avaient été ouverts ; et les blessés ont été placés, les uns sur des planches, avec une poignée de paille pourrie ou un matelas ; et les autres, sur le pavé. Point de linge, point de chandelles, point de vivres ; il n’y a pas eu moyen de renouveler un pansement, ni de réchauffer ces malheureux.

1 En 1799, le cœur de Percy est angoissé au spectacle des blessés « jetés sur des chariots sans escorte, mourant de froid parce qu’on ne leur donne pas de couvertes, et qu ils sont tout nus ou couverts d’habits mouillés de sang y. (Journal des Campagnes , etc., 34.)

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Et Percy termine par cette mélancolique constatation :

Nous avons attendu jusqu’à neuf heures du soir, espérant qu’il nous arriverait du secours, mais nous n’avons vu personne ; on est seulement venu pour compter les victimes de la plus coupable imprévoyance, de la plus barbare insouciance.

C’est pour tâcher d’adoucir, autant qu’il était en son pouvoir, le sort de ces infortunés, que Percy prit soin de faire établir, par les chirurgiens sous ses ordres, une énorme marmite, à la porte de la ville que les blessés devaient traverser, veillant lui-même à ce que chacun reçût, en passant, une tasse de bouillon, un peu de pain et de l’eau dans laquelle il faisait mettre un peu d’eaude-vie, quand il pouvait s’en procurer.

A défaut d’hôpitaux, les blessés étaient répartis dans les couvents ou les abbayes, où ils étaient soignés et nourris par des moines; mais que de fois ils sont entassés dans des salles basses et humides, où ils succombent en grand nombre, en dépit des soins que leur prodiguent les ministres de la religion, « qui ne craignent point de braver la contagion et la mort, pour venir consoler et donner des marques de la plus haute bienveillance à l’infortuné que tout abandonne » !

Encore étaient relativement favorisés ceux qui trouvaient asile dans ces infirmeries improvisées; parfois, il arriva que les blessés abandonnés ne reçurent qu’un secours tardif, quand encore on accourait à leurs cris ! Il fallait des circonstances exceptionnelles,’ pour qu’on laissât les blessés au pouvoir de l’ennemi L

Le plus souvent, les chirurgiens se multiplient, pour leur prodiguer leurs soins. Mais ou ils sont insuffisants, ou le matériel d’ambulance arrive trop tardivement, comme à léna.

Le 2 octobre 1806, Percy emploie deux journées à envoyer des lettres de service à des chirurgiens dont il a l’adresse, les uns ayant servi, les autres demandant à être appelés à l’armée; il réclame à l’ordonnateur en chef 10 chirurgiens-majors, 20 aides et 20 sous-aides supplémentaires : il ne voit arriver les jours suivants que quelques effets d’ambulance, « portés sur de misérables chariots de paysan, où ils sont mouillés et presque tous avariés ». L’un d’eux transporte des béquilles et des

1 Comme à Krasnoë, en 1812 ; mais on était en pleine retraite, en plein désastre (Cf. En

Guerre et en Prison , parle général Lejeune (1809-1814), 261-2).

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jambes de bois, « ce qui a fait rire et murmurer les troupes ». Mais la charpie, les caisses d’instruments manquent : faute de moyens de transport, tout est resté en arrière 1 .

Blessés soignés dans l’abbaye de Marienbourg. (Musée du Val-de-Grâce.)

Les blessés ont dû êtr^e « cdiicbés prêëqiië sàtis paille, n'ont eu, pour la plupart, ni eau ni vivres. A peine a-t-on pu trouver assez de linge ».

Le 16 octobre, « tous ces infortunés étaient encore dans l’ordure, au milieu des excréments de ceux qui ne peuvent se lever, des jambes et bras qui ont été

1 Brick et Bottet, op. cit ., 192-3.

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coupés, des cadavres ensanglantés, du fumier qu’a produit le peu de paille sur laquelle il se sont jetés 1 ».

A Eylau, le champ de bataille offre un aspect non moins terrifiant. « Qu’on se figure, sur un espace d’une lieue carrée, 9 ou 40.000 cadavres, 4 ou 5.000 chevaux tués, des lignes de sacs russes, des débris de fusils et de sabres, la terre couverte de boulets, d’obus, de munitions; 24 pièces de canons auprès desquels on voyait les cadavres des conducteurs tués au moment où ils faisaient des efforts pour les enlever : tout cela avait plus de relief sur un fond de neige. » Cette rédaction du 04'’ Bulletin est d’une remarquable sobriété, mais combien loin de la tragique réalité! Demandons celle-ci aux témoins et aux acteurs du drame, aux chirurgiens et médecins qui ont occupé la scène, ont joué le premier rôle.

A Eylau, Larrey a établi ses ambulances de première ligne dans des granges

qui bordent le chemin, à l’entrée du village. Dans ces masures, ouvertes à tous les

vents, il n’y a plus même de paille : on l’a enlevée pour en nourrir les chevaux.

Le froid est intense, le thermomètre marque — 14°; des flocons de neige pénètrent dans l’abri où on a entassé les blessés. Les chirurgiens, gelés, ayant à peine un peu de pain noir avec des pommes de terre pour leur repas, passent la nuit à opérer. Le froid était tellement vif, que leurs instruments leur tombaient des mains! « Je fus le seul, déclare Larrey, de tous les chirurgiens, en état d’opérer pendant la moitié de la journée; les autres ne purent tenir un instrument-. » Impassible, il allait de l’un à l’autre, sourd à toute supplication, n’ayant égard ni au rang ni au grade, commençant toujours par les plus gravement atteints.

Il avait des procédés à lui pour calmer les impatiences de ceux qui avaient les nerfs trop excités. Un colonel est agité de spasmes qui gênent l’opérateur: celui-ci donne un soufflet au blessé, qui suffoque de colère. « Vous abusez

1 Journal de Percy.

- Larrey disait de lui-même qu’il était « un des hommes les plus robustes de l’armée ». A Eylau, il opéra, les pieds dans la neige, pendant 36 heures ; après Essling, il resta, pendant 24 heures, sans songer à la fatigue et aux besoins de son corps, à la tète de cette ambulance de file Lobau, que représente le tableau de Meynier, qui se trouve au Musée de Versailles et dont une réplique est au Val-de-Grâce. Enfin, pendant la retraite de Russie, Larrey se reposait de la marche de toute une journée sur la terre neigeuse et glacée, en opérant et en pansant toute la nuit les blessés des hôpitaux de Smolensk et de Wilna.

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lâchement de mon état, vous m’en rendrez raison ! » Sans s’émouvoir, Larrey lui offre ses excuses : « Je savais, lui dit il, que vous aviez trop le sentiment de l’honneur, pour ne pas bondir sous l’outrage ; vous en avez oublié votre blessure, c’est tout ce que je cherchais; l’opération est terminée; voici la balle! » Et les deux hommes se serraient la main, pénétrés l’un pour l'autre d’une mutuelle estime.

Napoléon visitant les ui.essés de l'Ii.e Louai’. iR’apivs une peinture de Mevniek : Musée (lu Val-dc-Grâce.)

Un jour, c était encore à Eylau, un brouhaha se produit: les Russes, dit-on, se dirigent sur l ambulance. La panique saisit blessés et infirmiers, voire certains chirurgiens; seul, Larrey termine sans hâte 1 amputation commencée; son calme communique la confiance, jusqu’au moment où une troupe française appaiait, qui met en fuite l’ennemi et dissipe les appréhensions.

Mais comme on ne peut laisser, sans danger d épidémie, un aussi grand

nombre de blessés dans des granges aux toitures en partie enlevées ou dégradées, quand ils ne sont pas restés au seuil même de ces granges, où la plupart n’ont pu trouver place, Napoléon, sur le conseil de Larrey, ordonne leur évacuation.

On charge à la hâte , sur de grands caissons et dans des traîneaux 1 , tous ceux qui sont transportables : les amputés du bras feront la route à pied.

La cavalerie a reçu l’ordre d’explorer les villages, pour ramener tous les blessés ingambes qui ont cherché un asile souvent fort éloigné des lieux ovi l’on s’est battu. Les charrettes découvertes de la Compagnie Breidt — le train des équipages d’alors — une fois déchargées des biscuits et de l’eau-de-vie qu’elles ont apportés reçoivent les blessés, qu’on élève à l’aide d’échelles par-dessus les parois des caissons, pour les déposer, presque à nu, sur les planches. « Cela ressemblait au supplice de la roue, » constate tristement Percy.

L’empereur, voyant, de sa fenêtre, passer quelques traîneaux vides, s’impatiente, disant qu’on n’active pas assez l’évacuation des blessés; il ordonne de les emmener tous, «, fussent-ils moribonds2 3».

Un évacua jusqu’à cinquante lieues d’Eylau et, loin de s’en trouver incommodés, les blessés supportèrent à merveille les fatigues de ce long transport, bien que les chemins fussent affreux, transformés par le dégel en abominables fondrières, et que souvent des ponts rompus obligeassent à traverser des ruisseaux débordés. En dépit de conditions aussi défavorables, et malgré le défaut de vivres et de médicaments réparateurs, presque tous parvinrent à destination « sans fièvre, les plaies détergées et en très bon état. Beaucoup avaient regardé leur translation comme un acte de barbarie ;! » .

Pendant que Larrey s’occupait de faire convoyer les blessés de la garde, Percy et les chirurgiens sous ses ordres évacuaient ceux dont ils avaient la charge, vers les hôpitaux des villes situées sur les bords de la Vistule.

Arrivés à Landsberg, ils trouvaient la ville pleine de blessés, dont il fallut aussi assurer l’évacuation. L’empereur mit ses voitures à la disposition de Percy, ainsi que toutes celles qui passaient sur la route. Il n’y eut pas jusqu’aux carrosses des officiers généraux, qui ne fussent réquisitionnés à cet usage; de même, les voitures

1 Ce mode d’évacuation fut souvent utilisé (Cf. Lagneau, 226 ; Coignet, i 43) .

2 Journal des campagnes du baron Percy.; cf. Revue de Paris , i5 mars 1914.

3 Larrey, Mémoires et Campagnes , III, 5o (Triaire, D. Larrey , 422).

des cantiniers; et, malgré toutes ces mesures, on dut abandonner la plupart des blessés à leur triste sort. « Trois cent cinquante blessés sont restés à Landsberg, faute de voitures pour les transporter, » consigne Percy dans son Journal , et il en prend son parti, comme de l’inévitable.

Napoléon, honorant le malheur des blessés ennemis.

Les convois de blessés se succèdent, les chirurgiens qui les accompagnent arrivent tout morfondus; ils reprennent leur route, après avoir pris une tasse de bouillon chaud, qui les réconforte pour un moment. « Plus de deux mille hommes sont hors d’état de marcher, pour des engelures aux doigts de pied ou aux talons.

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Il en est beaucoup qui ont le pied déchiré par les glaçons... Nombre de soldats ont les pieds emmaillotés de vieux linges et marchent ainsi .. Il n’y a de vivres nulle part, ni pour les blessés, ni pour les charretiers. »

11 faut avoir fait les guerres d’Allemagne, déclarera plus tard un de ceux qui y avaient pris part1, pour avoir une idée des fatigues et des privations de toute espèce qu’éprouvaient les chirurgiens militaires en campagne. Il fallait beaucoup de courage, soutenu par l’amour de l’humanité, pour résister aux premières, et un bon fonds de santé, pour ne pas succomber aux secondes. L’admirable, c’est qu’ils aient, pour la plupart, gardé un moral intact dans l’atmosphère où ils vivaient.

Certains ont même le mot pour rire ,* comme Percy , qui sut toujours conserver son esprit et sa gaité. Quelques fragments de sa correspondance, qui sont parvenus jusqu’à nous, témoignent de son inaltérable bonne humeur.

Que le logement soit incommode, que les vivres manquent, il se fait à tout, ne maudit jamais le sort.

Arrivés à Freymark , écrit-il, nous trouvâmes le village absolument désert et ruiné. Chacun s’y est logé comme il a pu. Nous entrâmes dans une maison dont les chambres étaient encombrées de fumier. Chacun mit la main à l’oeuvre, et en moins d’une heure, notre chambre avait un certain air de propreté ; mais point de viande, point de pot pour faire la soupe; rien, absolument rien. Il fallut s’industrier et chacun de nous fut à la picorée : j’ai rapporté un seau, un autre, une marmite, etc.; enfin nous nous sommes. montés peu à peu. Mais un officier de la maison de l’empereur est venu réclamer le meuble dont je venais de m’emparer, disant qu’il l’avait trouvé avant moi et qu’il venait de s’en servir lorsque furtivement je m’en étais emparé. « Je n’ai rien à vous rendre, lui ai-je dit, et si vous connaissiez la qualité dont S. M. vient de m’honorer, vous ne persisteriez pas dans votre réclamation. » — « Qui êtes-vous donc, Monsieur? » — «Ce que je suis ! apprenez que je suis garde des sceaux! » II s’est mis à rire et s’est retiré.

Il n’en est pas qui se soit mieux accommodé des circonstances que le chirurgien dont nous utilisons la relation : là est le secret de cette endurance qui fait notre émerveillement.

Quel contraste ! hier logé magnifiquement, nourri délicatement, couché à merveille, et aujourd hui sous le chaume, au pain bis et sur la paille ! Voilà la vie des gens de guerre. Je ne sais pas pourquoi j’ai du plaisir à m’arranger dans le plus mince des logements. La plus petite . commodité me semble délicieuse; delà paille fraîche m’enchante; une soupe à la farine est

1 C. Laurent, op. cit.,

pour moi une bonne chère ; si, au lieu d une lampe, je trouve une chandelle, c’est à mes yeux une bonne fortune; et pour peu que je sois bien, je me trouve à ravir. J’ai tellement l’habitude de cette vie, que je sais tirer parti de tout. Je me loge partout, dans une grange, dans un gre*nier, dans la sacristie d une église... A genoux dans la paille, je me rase ou me peigne; je me lave au ruisseau, à la pompe; il faut beaucoup de propreté en campagne : si on s’y néglige, on est bien plus sujet à tomber malade.

Cette tranquillité d’âme, 011 la retrouve dans cette lettre, inédite *, que Percy envoyait à un de ses collègues et amis :

A Ruchozin, près Dantzig, le 20 mai 1807.

... Nous sommes ici au milieu du tapage des bombes, des grenades, des morts, des blessés et la chirurgie est occupée jour et nuit, et j’ai éprouvé que c’était un fort vilain métier que d’aller à la tranchée où cependant j’ai perpétuellement une direction de chirurgie des batailles. Mes collaborateurs vont à merveille; c’est à qui en dira du bien. Au premier signal ils sont à cheval, et suivent la troupe partout, quand il s’agit d’expéditions dans les places et îles voisines.

\ ous entendrez parler de la prise que nos gens ont faite d’un schloo de 24 pièces de canon. C’était le spectacle le plus curieux et le plus plaisant qu’on pût voir. C’est dommage qu’il ait été si périlleux. Jamais je n’avais vu tomber tant de boulets à la fois. Cependant nous n’avons eu que peu de choses à faire. Dans quelques jours vous apprendrez de grandes nouvelles, à ce que je présume.

La grande nouvelle, c’était la bataille de Friedland, livrée le jour anniversaire de Marengo, et qui fut une victoire triomphale, mais combien chèrement payée !

La bataille de Preuss-Eylau avait fourni une immense quantité de blessés, mais celle de Friedland ne lui cédait en rien ni pour le nombre ni pour la gravité des blessures. Cent chirurgiens furent occupés pendant toute la soirée et toute la nuit à donner les secours de leur état. Ils firent plus de deux cents amputations. Le devant de la maison qui servait d’ambulance était jonché des cadavres des blessés arrivés mourants ; dans la chambre au rez-de-chaussée, près et derrière la porte, se trouvait un monceau de membres coupés. Le sang ruisselait de toutes parts; les cris, les hurlements des malheureux qu’on apportait sur des fusils^, des échelles* 2 3,

* De notre collection personnelle.

2 Ce mode de transport était le plus fréquemment mis en usage (Coignet, 170, etc.), quand on ne pouvait pas charger le blessé sur le dos (Elzéar Beaze, 192, etc,). 11 fallait être un blessé de marque, pour qu’on se servît de la litière (Larrey, par Triaire, 63 i, etc.).

3 C’est sur une échelle que fut transporté Marceau mourant (V- le dessin de Le Barbier reproduit dans un précédent chapitre).

des perches1, etc., de ceux qui demandaient qu’on les opérât sur-le-champ, et de ceux que Ion opérait. Ces accens de la douleur et du désespoir, ce tableau déchirant de misère et d’infortune que présentait cet asile du courage malheureux, tout cela était bien fait pour émouvoir le cœur même de 1 homme qui pendant seize ans avait si souvent assisté à ces scènes d'horreur, et contre lesquelles l’habitude pouvait l’avoir endurci.

Transport du général Thiébault, blessé, sur un brancard.

(D’après une gravure tirée des Mémoires du général; édition Plox-Xourrit.)

A Friedland, toutes les maisons, granges et écuries du voisinage regorgeaient de blessés; le champ de bataille en était jonché. Napoléon, qui l’avait parcouru, disait, quelques jours plus tard, à Percy : « Convenez que c’était un terrible spectacle ! »

1 Lorsque le général TméBAULT fut blessé par une balle de mitraille, au combat deSokolnitz, on chercha d’abord une charrette et on ne trouva qu’un avant-train à deux roues, mais avec sept fractures, couché dans un tel équipage, il éprouvait des soubresauts si douloureux, qu'on substitua au véhicule une espèce de brancard fait avec des perches, des planches, avec ce que l’on put trouver (Cf. Mémoires du général baron Thiébault , III, 48 1 et s.). Notre gravure représente l’épisode, d’après l’ouvrage cité (id., 484).

CHIRURGIENS ET BLESSES AU TEMPS DE l’ÉPOPEE [\\7]

Spectacle non moins impressionnant, celui dn champ de bataille, transformé en amphithéâtre de chirurgie ! Un de ceux qui ont su le mieux voir et le mieux peindre ces champs de carnage et de désolation, car il fut à la fois peintre et historien, nous en a rendu toute l’horreur, dans cette page où la plume lui a tenu lieu de pinceau1.

Trousse de chirurgie du Baron Bercy.

( Musée du Val-dè-Grâce.

La scène se passe dans l’ile de Lobau, « où tous nos blessés, épars dans les broussailles, étaient venus se traîner pour chercher des secours. Grand Dieu ! quels secours ! partout la scie et le fer tranchant les membres aux mourants pour leur sauver la vie ! partout l’amphithéâtre sanglant des Percy, des Larrey, ces hommes aux cœurs sensibles et compatissants, mais cruels par charité. Ah ! quel dégoût on prendrait de la gloire, s’il fallait, pour la chercher, traverser toujours ces prairies couvertes de membres séparés de leurs corps, ces lieux affreux de mutilation et de dissection qu’on appelle, à l’armée, l’ambulance. Mais, heureusement, les brillants résultats de la victoire que l’on espère nous font bien vite oublier le triste tableau des douleurs à braver pour l’obtenir ».

1 De Valmy à Wagrarn (Mémoires du général Lejeune). 345.

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CHIRURGIENS ET RLESSES A TRAVERS L HISTOIRE

C’est à Essling qu’on voit Larrey « s'agenouillant à terre, rejeté, jaugeant les entrailles, pesant les cassures, sondant bereaux, jambes et bras cisaillés s’en iront dans le fossé se

l’habit bas, le chapeau les trous... Par tomconfondre 1 ».

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La mort de Desaix, a Marenüo, par Bagetti. (Musée du Val-de-Grâce-)

A Marengo, les blessés furent étendus à même la paille, et c’est sur cette litière, plus ou moins souillée, que l’on pratiqua les amputations ; car il n’était encore question ni de chloroforme ni d’un anesthésique quelconque. « C’était déchirant

1 11. Bouchot, Epopée du costume militaire français.

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Une Amputation, sods le Premier Empire.

(' Collection de V auteur.)

Un jour, au delà du Rhin, on s’arrêta dans un mauvais village, où, pour faire le logement de l’Empereur, on fut obligé de prendre une baraque de paysan qui avait servi de salle d’opération aux chirurgiens. On dut, à la hâte, enlever les membres coupés et laver les taches de sang, et le travail était à peine terminé quand Napoléon et sa suite arrivèrent.

CHIRURGIENS ET BLESSES AU TEMPS DE l’ÉPOPÉE

d entendre des cris partout, » conte le capitaine Coignet qui, bien longtemps après 1- événement, gaidait 1 impression lraiche de cette heure d’épouvante.

On s installait comme on pouvait, tous les moyens de fortune étaient mis à contribution.

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Le général Lejeune rapporte — c’était lors de la retraite de Russie — que, fatigué de marcher, il s’était assis sur un tronc d’arbre, à côté d’un canonnier, récemment blessé. Deux officiers de santé viennent à passer; le général les prie d’examiner l’artilleur.

Au premier aperçu, ils sont d’accord que, pratiquée de suite, l’amputation sauvera le blessé; mais celui-ci est-il disposé à la supporter? « Tout ce qu’on voudra, » répond-il sans sourciller. — « Mais, ripostent les chirurgiens, nous ne sommes que deux ; il faudrait, Monsieur le général, pour sauver cet homme, que vous eussiez la bonté de nous aider. » Le général fait la grimace; il apparaît que la proposition ne lui sourit guère. « Il suffira, disent les médecins, que vous permettiez au canonnier de s’appuyer sur votre dos pendant l’opération; de cette façon, vous ne verrez rien. » Alors, poursuit le narrateur, « j’y consentis; je me mis en posture , et je crois que cela me parut plus long qu’au patient lui-même. Les officiers de santé ouvrirent leur giberne; le canonnier ne proféra ni une parole , ni un soupir ; je n’entendis un moment que le petit bruit de la scie et, peu de secondes ou de minutes après, ils me dirent : « C’est fini ! nous regrettons de n’avoir pas un peu de vin à lui donner à boire pour le remettre de l’émotion. » Il restait au général une demi-fiole de malaga, qu'il ménageait comme la prunelle de ses yeux, n’y touchant que de loin en loin, goutte à goutte. Il l’offrit à l’amputé, jusque-là pâle et silencieux, dont les yeux aussitôt s’illuminèrent. Il l’avala d’un trait, et la rendit complètement vide; puis il partit d’un pas ferme, disant ces simples mots : « J’ai encore loin d’ici à Carcassonne 1 * !.. »

Parfois, c’est le père même du blessé qui sert d’aide au chirurgien.

Repsomen-, neveu et aide-de-camp du général Gros, marchait à côté de ce dernier, au moment le plus décisif de la bataille de Ilanau (1813), quand tout à coup il reçut <( le choc d’un boulet de petit calibre, qui lui désorganisa le bras à l’articulation , en sorte que l’avant-bras ne tenait plus au reste du membre que par quelques tendons et par des bandelettes fibreuses de l’articulation fracassée. Ce violent coup d’artillerie l’avait renversé sur le terrain, et il y avait été subitement frappé de syncope3 ».

Le père du jeune officier était capitaine de la compagnie des chasseurs chargés

1 En guerre et en prison (Mémoires du général Lejeune), 1809-181, 2^2-34.

- Ce nom est écrit ailleurs Rebsomcn ; nous adoptons l’orthographe de Larrey.

3 Récit de Lahhey (Relation médicale de Campagnes et Voyages).

de monter à l’assaut de la redoute principale que l’ennemi avait établie. Tandis qu’il marchait à la tête de ses troupes, il heurte, sur son chemin, un corps; il se penche et il reconnaît... son fils! Sans perdre un instant, il le prend à bras le corps, le met sur ses épaules et le porte à Larrey, qui opère non loin de là. « Il a un bras

Kepsomen, blessé, est frappé cle syncope sur le terrain.

(D’après une gravure publiée par le Dr Max-Bielakd, dans la revue r.f.scpsù:.)

presque totalement emporté, » dit le père du blessé au chirurgien. Mais un rapide examen fait découvrir une seconde blessure, non moins grave : la jambe droite parait avoir été fracassée. — « Cela n’est pas possible, répond le père; car, lorsque je l’ai relevé du champ de bataille, il s’est tenu sur ses jambes, pour que je puisse le charger sur mes épaules. » — « C’est donc sur votre dos, réplique Larrey, dans la courte distance que vous avez parcourue, qu’un nouveau boulet est venu l’atteindre à cette jambe. » — « Eh bien! il ne s’en est pas plaint, et moi-même je n’ai rien senti! » Sans doute, le blessé était-il trop faible, ou le père trop préoccupé de

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l’existence de son fils, pour s’en apercevoir sur le moment. Ce n’est donc plus une amputation, mais deux que Larrey doit pratiquer. L’opération est urgente, et Larrey est dépourvu de la plupart de ses auxiliaires habituels, occupés à d’autres besognes. Le père se propose, et remplit son office sans émotion apparente ; le blessé ne fait entendre aucune plainte et, tandis que l’artillerie gronde, que la mitraille fait rage, Larrey poursuit sa tâche, impassiblement.

C’est encore Larrey qui fut chargé de pratiquer l’amputation du bras chez un brave officier, qui fit preuve, durant l’opération, d’un courage stoïque. La veille de la bataille de Waterloo, le colonel Sourd, chargeant à la tête d’un régiment de lanciers rouges de la garde, reçoit un boulet qui lui perfore le bras. Il court à l’ambulance, présente le membre déchiqueté au chirurgien : celui-ci l’ampute et le panse séance tenante ; à peine l’appareil était-il appliqué, que le colonel remontait à cheval et chargeait une seconde fois! Au combat de Lubnitz (27 avril 1813), le général Girard, ayant eu le dessus de la tête emporté par un éclat d’obus, subit l’opération du trépan, ce qui ne l’empêcha point de se conduire héroïquement à Ligny, où il fut mortellement atteint.

On n’observe pas moins de sang-froid, moins d’intrépidité dans l’armée de mer que dans l’armée de terre. A la bataille d’Aboukir, l’amiral Brueys est d’abord blessé au bras, puis à la tête : il refuse de se laisser porter aux ambulances : (( Un amiral français, dit-il, doit mourir sur son banc de quart. » Et, quelques instants après, il succombait à ses blessures. Le 17 octobre 1810, au combat livré par la Somnambule, le capitaine Sauvage est tué à la barre qu’il manœuvrait lui-même. Son second, l’enseigne Lecomte, saisit le gouvernail. Atteint d’un biscaïen, qui lui traverse les deux cuisses, il n’en continue pas moins à gouverner. Il est frappé successivement de deux balles ; il ne consent à se rendre que lorsque la mâture du vaisseau, complètement démolie, rend toute résistance inutile. Lecomte était si affaibli par le sang qu’il avait perdu qu’on ne put le descendre dans un canot, et qu’il fallut lui passer une corde sous les bras pour le hisser, comme un ballot, sur le pont ennemi.

Dans une autre rencontre, rapporte M. Germain Bapst, un matelot canonnier eut un bras coupé en deux par un boulet. Il ramassa son bras, le plaça tranquillement dans la gueule du canon qu’il servait, et l’envoya en guise de projectile à l’ennemi!

Cette impassibilité, ce mépris de la douleur, sont communs à cette époque légendaire. Serait- ce que nos ancêtres souffraient moins; que, chez eux, la

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