COMMENT ON PANSAIT LES BLESSÉS AU TEMPS DES ROMAINS
(Fragment de la colonne Trajane.)
ceux des hôpitaux l. Un optio valetudinarii avait été, auparavant, appariteur d’un tribun et sous-trésorier. 11 y avait plusieurs optiones dans chaque vciletudinarium.
Avant de parler des médecins à la suite des armées, nous devons mentionner les médecins attachés aux vigiles. Ce corps des vigiles, institué par l’empereur Auguste, était composé de sept cohortes ; il était chargé de « veiller » sur la ville, pendant la nuit, comme nos gardiens de la paix ; ils étaient placés sous la direction d’un préfet, assisté d’un suppléant ou sous-préfet. Cette troupe devait
1 De même, un médecin militaire pouvait, à l’occasion, donner ses soins à des civils. (Ach. Tatius, cité par S. Reinach, art. Medicus.) Son temps accompli, il devenait parfois médecin civil, à titre privé ou puldic.
non seulement protéger les personnes et les propriétés* mais éteindre les incendies, à l’instar de nos pompiers modernes.
Quatre médecins étaient chargés du service de santé dans chaque cohorte de vigiles. Ces médecins étaient au rang des sous-officiers dans l’armée romaine.
Les cohortes prétoriennes, de même que les cohortes de vigiles , avaient leurs médecins. Les cohortes prétoriennes étaient préposées à la garde personnelle de l’empereur; le principal camp où elles étaient établies se trouvait à la porte de Rome.
Les cohortes urbaines assuraient le service de sûreté, sous les ordres du préfet de la Ville, præfectus Urbis. Enfin, les équités singulares formaient un corps de cavalerie qui, comme les cohortes prétoriennes, faisaient partie de la garde impériale. Chacune de ces cohortes, prétoriennes et urbaines, était composée de 1.500 hommes environ.
Passons aux médecins des légions, c’est-à-dire cette partie de l’armée que nous appelons aujourd’hui la troupe de ligne, et qui était presque toujours en campagne.
Les légions avaient leur service de santé dirigé par des médecins assistés de leurs aides (depulati), c’est-à-dire délégués hors des rangs, qui suivaient à petite distance la cohorte à laquelle ils étaient attachés, afin de secourir les blessés et de remettre à cheval ceux qui tombaient1 : c’est le premier exemple d’une ambulance volante.
Dans les légions, on ne trouve pas, comme de nos jours, trace de hiérarchi-
1 Léon le Philosophe, qui vivait au neuvième siècle, a décrit les fonctions de ces aidesmédecins. Bien que les détails qu’il donne s’appliquent aux armées du Bas-Empire, comme il a copié le traité militaire de l’empereur Maurice, lequel est de la fin du sixième siècle, on peut en induire que les usages qu’il rapporte sont empruntés, pour tout ou partie, de ceux des armées romaines. Sous le bénéfice de ces observations, M. Ch. Aubertin cite le texte suivant ; « On appelait autrefois « délégués » ( deputati ), ceux que nous appelons aujourd’hui « messagers » ( scribones ). Leur fonction est de suivre l’armée en bataille, pour recueillir et soigner les blessés. Le général en placera huit ou dix par légion derrière chaque ligne. Il les choisira vifs et alertes. Ils se tiendront sans armes à cent pas ert arrière, afin que les soldats atteints dans la mêlée, les cavaliers démontés et incapables de continuer le combat soient emportés par eux, et qu’on ne voie pas de braves gens foulés aux pieds par le second rang et succomber à leurs blessures faute de soins. Pour chaque blessé sauvé, le délégué recevra de notre trésor impérial une somme d’argent. Pour mieux remplir leur office, ils se muniront de deux échelles, attachées à droite et à gauche de leur cheval ; ils pourront ainsi faire monter deux blessés à la fois. Ils auront soin aussi d’emporter de l’eau dans une outre, pour ranimer les blessés qui perdraient connaissance. » ( Traité sur la Tactique , chap. Ier, IV et XII, cité par Aubertin, dans la lievue des Médecins des Armées.)
LE SERVICE DE SANTE MILITAIRE DANS L’ANCIENNE ROME
salion pour les médecins qui y sont attachés : tous ont le même titre, tous sont rangés et confondus parmi les principales (sous-officiers) L Ils recevaient leur solde et leur subsistance, d’comme? ces derniers.
Monument funéraire, élevé à un médecin militaire.
(Époque romaine.)
Pierre tumulaire d'un médecin de cohortes.
Il y avait environ dix-sept médecins par légion; et la légion, qui comprenait près de 7.000 hommes, était composée de dix cohortes, chacune sous les ordres d’un tribun. La première comptait 1.105 fantassins et 132 cavaliers, tandis que les neuf autres n’étaient composées chacune que de 555 piétons et 66 cavaliers.
La cavalerie se divisait en trois turmes de 32 hommes ; l’infanterie, en centuries et manipules 4.
1 Sur la colonne Trajane, ils ne se distinguent des soldats ni par le costume ni par l’armement. (Voir la figure de la p. 33.)
CHIRURGIENS ET BLESSES A TRAVERS l’iIISTOIRE
A côté des médecins de vigiles, de cohortes et de légions, nous ne devons pas omettre de signaler les médecins attachés au corps des alliés ou auxiliaires. Ces corps étaient constitués par des soldats étrangers, c’est-à-dire appartenant à des peuples qui, soumis par les armes, ou admis au titre d’alliés par les Romains, étaient tenus de fournir un contingent. Des inscriptions prouvent que les troupes alliées ou auxiliaires étaient, comme les légions, pourvues d’un service de santé, organisé de la même manière que celui des autres corps de troupes. Tout le service médical des armées en campagne était centralisé entre les mains d’un médecin en chef ; si l’empereur était présent, à l’archiâtre ou médecin du monarque était dévolue cette fonction.
Nous devrions, pour être complet, consacrer quelques lignes au service de santé de la marine 1 2, mais nous étant proposé de nous borner aux armées de terre, nous ne pousserons pas plus avant nos investigations.
Il nous reste à dire ce qu’était le mode de transport des blessés à l’époque romaine. Dans la vie d’Alexandre Sévère, Lampride parle de chariots affectés à cette destination. Ces chariots, déjà employés sous Auguste et sous Tibère, servaient également à recevoir les médecins, les approvisionnements, les instruments, etc.
Nous ne consacrerons que quelques lignes à un sujet qui mériterait de plus amples développements : l’instrumentation chirurgicale en temps de guerre. « La chirurgie ancienne, dit l’auteur de l’article Chirurgie , du Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, excellait particulièrement dans l’art d’extraire les projectiles... dont l’extraction était aussi pénible et douloureuse pour le patient, que difficile et délicate pour l’opérateur. » Et notre confrère renvoie, pour le détail, au très intéressant chapitre consacré par Paul d’Egine, dans sa Chirurgie (ch. XLV1II; Paris, 1855), à cette partie de la médecine antique. Les instruments étaient, pour la plupart, en acier, sans manche de bois. Quant aux boites qui les renfermaient, « elles étaient le plus souvent en bronzç, parfois en ivoire, et le couvercle des grandes boites était orné de ciselures artistiques ».
1 E. de la B^dollière, Mœurs et vie privée des Français, t. I, i5; d’après Le Beau, De la légion romaine. ( Mêm . de V Académie des Inscriptions , t. XXV, XXIX, XXX, XXXII; Ammien. liv. XX ; Paul Diacre, liv. I et XVII.)
2 Les médecins de marine sont souvent appelés duplicarii (soldats touchant double solde), et leur nom est accompagné de celui de leur navire. Dans la hiérarchie, les médecins de marine venaient après les officiers et immédiatement avant les matelots, ce qui atteste suffisamment qu’ils ne jouissaient que d’une considération relative.
Quelques instruments de chirurgie, en usage chez les Romains.
A Trousse chirurgicale de poche.
B Bistouris à manche de bronze et a lame de fer (Musée de Cliarleroi).
C Pince à griffes (Musée de Saint-Germain).
B Pince à mors, terminée à son extrémité supérieure par un râcloir ou rugine. à bords tranchants.
E Pince à deux branches, s’entrecroisant comme celles de nos ciseaux et de nos pinces modernes; les mors ont 0,19 de long sur 0,012 de large; les manches ont 0,09 de long et sont terminés par une extrémité olivaire; les bords des mors sont finement dentelés et s'engrènent intimement, quand les mors sonl fermés. Cette pince figurait dans le Musée Lulèce , de l'archéologue Toulouze.
La trousse portative du médecin militaire romain contenait : une curette, une rugine, un ou deux stylets, une spatule et une pince ; une autre petite boîte, également portative, était destinée aux onguents et aux pommades. Des caisses de chirurgie de plus grande dimension servaient au transport des médicaments, dont quelques-uns existaient déjà sous forme de pilules et tablettes1.
Nous avons fait allusion plus haut à l’institution des deputati 2 (aidesmédecins) ; nous ajouterons un détail, qui n’a pas été, croyons-nous, relevé : Julius Pollux, dans YOnomasticon 3, recommande d’exercer les chevaux à plier les jambes et à se baisser d’eux-mêmes, afin qu’on monte aisément sur leur dos ; c’est le mouvement que fit spontanément l’éléphant de Porus, auquel Plutarque ' a fait jouer un rôle qui tient du merveilleux.
La litière était réservée aux blessés de marque ; à dire vrai, on ne s’inquiétait guère des autres.
Des siècles s’écouleront avant que nous rencontrions une organisation plus complète d’assistance aux blessés de tous ordres, de tous rangs.
1 Giornale di Medicinci Militare , janvier 1 9 1 1 ; traduit par Le Caducée , 1912.
2 Pour les < despotats j>, et sur la signification du mot (despotat vient-il de despotator , homme qui donne à boire, ou de desportator , homme qui emporte?), on consultera, non sans profit, l'article Despotats, dû à la plume autorisée de Percy et qui a paru dans le Dictionnaire des sciences médicales (Paris, Panckouke, 1 8 1 4), tome 8.
3 Hanovriæ , 1608, in-4°, 55.
Déesse Hygie, épouse d’Esculape.
( Pièce de monnaie, en bronze , du m* siècle avant J.-C., provenant d’un Temple d’Esculape, situé à Épidaure, en Argolide : Biblioth. Nation., Médailles.)