CERTIFICAT DE VISITE
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Certificat, de Jobeiit de Lamballe pour un invalide, blessé dans les journées de juin 1848. (Collection de l’auteur.)
tandis que les défenseurs de l’ordre exposaient également toutes les parties de leur corps au feu de leurs adversaires L »
Les complications qu’on avait antérieurement observées sur les plaies de guerre, telles que le tétanos, la pourriture d’hôpital, ont été beaucoup plus rares sur les blessés de nos dissensions intestines 1 2.
Cet heureux résultat est-il attribuable à la promptitude des secours; et le tétanos serait-il plus fréquent à l’armée, à cause des conditions dans lesquelles se trouvent placés les blessés, « exposés à de longues marches, aux vicissitudes et aux intempéries des saisons, aux variations subites de température, etc.? » Quoi qu’il en soit, ces accidents ont été rares en 1848, de l’avis à peu près unanime des chirurgiens de cette époque.
Ils se sont trouvés moins d’accord, quand il s’est agi de déterminera quels cas convenait l’amputation immédiate, et dans quelles circonstances, au contraire, il était préférable de ne pas intervenir.
Malgaigne, discutant un jour cette question à la Faculté, déclarait que, s’il avait la cuisse fracturée d’un coup de feu, il ne se ferait pas couper le membre. « Ni moi non plus », ripostait Marjolin 3. Malgaigne en était arrivé à professer cette doctrine, basée sur son expérience personnelle, « qu’en cherchant à conserver les membres des malheureux blessés, on ne s’expose pas à des chances de mort plus considérables qu’en les amputant. » Les événements de juin lui procurèrent une triste occasion de vérifier par lui-même l’exactitude de l’opinion qu’il s’était depuis longtemps formée à cet égard. Il ne s’était décidé à pratiquer qu’une amputation primitive, une amputation du coude, et la seule excuse qu’il en présentait, c’est qu’elle avait guéri !
Son collègue Roux, plus audacieux, s’était toujours prononcé en faveur de l’amputation primitive, et ne faisait qu’un reproche aux chirurgiens militaires, c’était de se montrer trop avares d’opérations, en dépit de ceux qui leur reprochaient, non sans quelque apparence de raison, d’en être trop prodigues4.
Contrairement à Roux, Velpeau opinait que « l’amputation médiate est un peu moins compromettante pour la vie que l’amputation immédiate » ; et, en ce qui
1 Roux (séance de l’Académie de médecine, 17 août 1848).
2 Séances de l’Académie, 1 et 8 août.
;{ Séance du 8 août.
4 Séance du 22 août.
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le concernait, il se félicitait de n avoir pratiqué que le moins possible de celles-ci, et d avoir essayé de conserver le membre dans le plus grand nombre de cas1.
Sur la valeur du chloroforme comme anesthésique, nous n’avons pu recueillir qu une opinion, celle de Roux, qui 1 avait employé dans toutes les opérations « avec
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Défilé de blessés devant la Porte Saint- Denis J (1814).
(D'après le tableau île Ch. Muller : Vive l’Empereur!)
des avantages bien marqués, sans avoir à lui reconnaître jamais le plus petit inconvénient » Une question préoccupait les chirurgiens plus que celle des anesthésiques: devait -on alimenter les blessés, ou les soumettre à une diète sévère? Sur ce point encore, Velpeau a formulé les prescriptions les plus raisonnables :
Chez les opérés, comme chez les blessés, proclamait le chirurgien de la Charité à la tribune académique, je ne supprime presque jamais les aliments d’une manière absolue ; s’il n’y a pas de fièvre, si la langue reste nette, si le sujet a de l’appétit, je lui donne des bouillons, des potages et même du pain dès les premiers jours, 11 est rare que, dans le cours de la seconde
1 Séance du 12 septembre, ^Séance du 17 août,
semaine, je ne lui donne pas une ou deux portions de toute sorte d’aliments et de vin par jour : ma loi, en un mot, est de n’éloigner de tels malades de leur régime habituel que le moins possible quand ils ont faim, quand il n’y a point de perturbation des voies digestives ou des voies circulatoires... Pour sentir les avantages de cette pratique, il suffit de songer à ce que produit la privation d’aliments chez un homme en santé. Mettez à la diète pendant quelques jours un homme qui se porte bien, et vous pouvez être sûr que bientôt il se trouvera malade. Pourquoi donc priver de nourriture un malade, par cela seul qu’il a un ou plusieurs membres brisés, ou quelques plaies sur d'autres régions du corps, tant que les blessures ne réagissent ni sur le cœur, ni sur l’estomac?...
Les partisans de la diète ont allégué, en faveur de leur thèse, un document assez impressionnant, mais dont ils ont tiré des conclusions contestables. Ce document, c’est le tableau de la mortalité parmi les blessés reçus, en 1814, dans les hôpitaux de Paris, et appartenant à différentes nations, tableau à côté duquel était noté le régime auquel ces blessés avaient été soumis.
Dans ce tableau on voit figurer des Français, des Prussiens, des Autrichiens et des Russes. Aux blessés des trois premières catégories, fut imposé un régime diététique des plus rigoureux; les Russes, au contraire, furent rarement soumis à la diète absolue : on leur permettait au moins les bouillons ; les moins gravement atteints avaient la portion ; d’autres, la demi-portion. Or, cette demi-portion, savez-vous de quoi elle se composait? D’une livre de pain, 240 grammes de viande, 120 grammes de riz ou légumes, 1 demi-litre, de vin et 1 décilitre d’eau-devie ! Eh bien, la mortalité ne fut que de 1 sur 27 chez les blessés russes, ainsi sura limentés; tandis qu’elle fut de 1 sur 11 chez les Autrichiens, 1 sur 9 chez les Prussiens, et 1 sur 7 chez les Français, qui avaient observé un jeûne rigoureux.
Serait-ce qu’on doive tenir compte de l’état individuel des sujets, et du degré de fièvre qu’ils présentent, ou de leur tolérance particulière selon la nationalité ? Toujours est-il que les doctrines à cet égard sont assez différentes selon les pays.
Voici, par exemple, le régime que les chirurgiens américains, lors de la guerre de Sécession, prescrivaient à leurs amputés. Ce texte est emprunté au journal de miss Woolsey, révélé en -France par Edouard Laboulaye :
Lafayette R..., ioe régiment des volontaires du Vermont, amputation de l’avant-bras. Il a mangé presque aussitôt après l’opération et a consommé une incroyable quantité d’alimens. Il a commencé par du bouillon et du punch aux œufs ( egg-nog ). Dans les vingt-quatre heures qui ont suivi l’opération, il a pris vingt-quatre œufs battus dans vingt-quatre onces d’eau-de-vie, avec la proportion ordinaire de lait. Toutes les deux heures, il prenait une cuiller d’essence de bœuf : on prépare cette essence en faisant bouillir à demi le bœuf, puis on le coupe en petits morceaux, et on en exprime le jus avec un outil qui sert à presser les citrons, Je lui donnai en
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un jour le jus de treize livres de bœuf maigre, sans parler de ses autres repas. Au bout de trois jours, il but du porter, et, peu à peu, diminuant la quantité du punch et augmentant celle du porter, il en vint à prendre sept pintes de porter par jour, sans parler de ses trois repas ordinaires, composés de beefsteak, purée de pommes de terre au lait et au beurre, huîtres cuites, œufs brouillés, poulet, tarte, etc. Couché dans son lit, il mangeait avec une sérénité olympienne, sans hâte et sans repos. Sa capacité étonnait tous les spectateurs. Quatre mois après il nous écrivait du Vermont : « Mon bras gagne de la force rapidement, je crois qu’il vaudra presque l’autre ; ma santé générale est parfaitement bonne L »
Tous les amputés n’avaient pas cet appétit de Gargantua, mais tous étaient largement nourris, tous étaient mis au régime du punch aux œufs et de l’essence de bœuf, et, si l’on en croit miss Woolsey, les succès obtenus ont justifié cette pratique, qui a du moins l’avantage de ne pas être désagréable au soldat1 2.
Les chirurgiens américains avaient-ils raison d’agir de la sorte? L’expérience, en tout cas, leur avait enseigné que, pour aider la nature et lui faciliter son œuvre de réparation, il faut remonter les forces et augmenter la vitalité du patient; mais cela ne signifie point qu’un pareil régime eût été favorable à un homme d’un tempérament et d’une nationalité autres.
On peut raisonner de même au sujet des émissions sanguines. A l’époque de Broussais, il était de pratique commune de saigner les blessés, afin de combattre, prétendait-on, les symptômes de l’inflammation et de la gastrite ; en 1848, Broussais était mort depuis dix ans à peine, et déjà s’écroulait pièces par pièces son système.
Comme l’a dit un des plus érudits historiens de notre art3, « Broussais remplit à lui seul son règne, qui fut court, mais violent. Son école a fini avec lui ».
Déjà de son temps, d’ailleurs, n’avait-il pas rencontré une vive opposition dans le monde médical, et un de ses contemporains ne constatait-il pas que « l’excessive pénurie de sa thérapeutique, bornée aux évacuations sanguines et aux délayants, ne satisfaisait ni aux indications les mieux établies dans une fouie de cas, ni au goût des malades?... »
Le discrédit de sa doctrine devait fatalement s’en suivre dans un court délai.
1 Hospital Days , 100.
i Revue des Deux Mondes, i5 décembre 1869.
3 Louis Peisse, La Médecine et les Médecins , tome second : Broussais,