‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 10 sur 89 · Ce paragraphe est chiffré · texte numérisé non relu

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2. L'agent de Malte à Rome était alors le bailli de Solar, V. p. 312.

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laissé. On envoya chercher le médecin du Pape qui le fit saigner du pied. Son Eminence se trouva assez bien de la saignée, fit même quelques plaisanteries ; elle se coucha et, une heure après, comme elle mangeait une soupe, il lui reprit un autre accident, mais si violent que sa langue s'embarrassa et que toute la partie gauche de son corps fut frappée de paralysie; sa tête resta libre, il demanda les sacrements ; après quoi, il dicta comme il put son testament; il fit dire au Pape, qui descendit chez lui, qu'il priait Sa Sainteté de ne pas entrer, qu'il regardait sa fin comme prochaine, et n* voulait plus songer à aucune autre affaire qu'à celle du salut de son ame. Effectivement, M. le cardinal Valenti a marqué dans cette occasion une fermeté et une piété admirables ; la langue s'est presque débarrassée en entier, il s'en est servi pour ajouter quelque chose à son testament et faire quelques arrangements de famille qu'il a souscrits de sa main. Depuis samedi, il a toujours été un peu mieux. On croit avec vraisemblance que son accident est une goutte remontée ; si cela est, il serait possible qu'il revînt de cette attaque, mais je doute fort qu'il en revienne avec la faculté et la volonté de travailler aux affaires comme auparavant. Au reste, Monsieur, la perte do ce ministre en est une pour moi, c'était un homme facile en affaires et (|ui me paraissait désirer de plaire au Roi; il m'avait marqué autant d'amitié et de confiance que l'on peut en avoir pour quelqu'un que

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l'on ne connaît que depuis deux mois. L'air de franchise avec lequel je lui parlais de mes affaires me paraissait l'avoir séduit ; il croyait comme moi que la première finesse pour négocier était la franchise, quand on parle au nom d'un aussi grand maître que le Roi. Son principe était, selon ce que lui-même m'a confié, que la Cour de Rome devait faire tout ce qui était en elle pour contenter les grandes Puissances, et qu'elle ne pouvait nullement se mêler de leurs affaires intérieures crue pour les aider quand elle en était requise. « Ce système, ajoutait-il, m'a fait beaucoup d'ennemis, et m'en fait encore, mais je le crois si utile au Saint-Siège que je ne le changerai pas. » Le principe de ce ministre, Monsieur, me paraissait sage, et ne pouvait avoir d'inconvénients que lorsque les intérêts du Roi se trouvaient en concurrence avec ceux des deux autres Puissances; c'était là où l'amitié du secrétaire d'État pouvait faire effet , et je me flattais avec le temps de mériter ce sentiment de sa part tout comme un autre. Ainsi donc, mes regrets sont très sincères; vous me rendrez service, Monsieur, si vous voulez bien les marquer à M. le nonce.

Dans une Cour avide d'événements et de charges, comme celle-ci, vous jugez bien. Monsieur, que l'accident de M. le cardinal Valenti occasionne beaucoup de brigues. J'ai cru, dans ces circonstances, devoir demander une audience au Pape, et j'ai pris le prétexte du compliment du

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nouvel an que je désirais faire à Sa Sainteté de la part du Roi. Le Pape m'a reçu avec sa bonté ordinaire ; après que je lui eus souhaité la bonne année de la part de mon maître, et qu'il m'eut prié de rendre au Roi tous les souhaits qu'il faisait pour Sa Majesté, il me parla de l'état du cardinal Valenti ; et, sans être touché de l'accident, le Saint-Père me parut regretter les talents de son ministre. Je crus ne devoir point lui cacher combien j'étais affligé de la perte que faisait Sa Sainteté; je lui fis l'éloge de M. le cardinal Valenti, et insinuai au Pape qu'il serait prudent de ne pas se déterminer sur un choix pour lui succéder avant que l'événement décidât le sort de ce ministre.

Ce fut en donnant des espérances au Pape sur le retour de la santé de ce cardinal que je fis cette insinuation légère. J'avais deux objets : le principal était de prévenir une nomination qui fût nuisible aux affaires du Roi, en cas que les cardinaux zélants fussent écoutés dans ce moment. Le second était le désir que j'avais que les affaires étrangères restassent entre les mains de M. l'abbé Rota ' pendant la maladie du cardinal Valenti qui peut traîner en longueur.

Le Pape me répondit que, quoiqu'il n'espérât pas que le cardinal pût revenir de son accident, il attendrait sa mort pour lui choisir un successeur.

1. Sur ce prélat de la secrétaircric d'Etat, voir p. 282. Rota était vendu à l'ambassadeur de France.

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Il m'ajouta très obligeamment, et me le répéta deux fois en français et en italien que, pour tout ce qui regardait le Roi, petites ou grandes choses (ce sont ses termes), je devais m'adresser à lui directement avec confiance, qu'il pouvait m'assurer qu'il faudrait que je lui demandasse des choses déraisonnables pour qu'elles ne fussent pas expédiées sur-le-champ, et il ajouta qu'il aurait toujours le temps d'entendre et de faire les affaires de l'ambassadeur du Roi quand je le voudrais. Je remerciai le Pape, Monsieur, avec les termes de respect et de reconnaissance qui étaient dus à la bonté qu'il me marquait...

Le Saint-Père m'a demandé dans l'audience des nouvelles de M. l'archevêque de Paris. Je lui ai répondu que je n'en avais pas d'autres que celles que je lui avais fait communiquer la semaine passée par le secrétaire d'État. Sa Sainteté me dit : « Il faut laisser faire le Roi, il fera tout pour le mieux. » Comme je sais qu'il y a un peu de fermentation entre dix ou douze cardinaux à propos de l'affaire de l'archevêque, je dis au Pape en plaisantant que l'on (aisait courir dans la ville la nouvelle que Sa Sainteté défendrait qu'il y eut opéra à Rome ce carnaval, et ordonnerait à la place des prières publiques, à l'occasion de nos affaires de France. Le Pape rit avec moi de cette nouvelle, me dit que, quand on ne savait que dire à Rome, on disait des sottises de cette espèce, et qu'il me savait bon gré de ne pas les croire...

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A M. ROUILLÉ

A Rome, le 8 janvier 1755.

... Le cardinal Valenti est toujours dans le même état, le Pape l'a vu avant-hier ; il voulut remettre toutes ses charges à Sa Sainteté; le Pape les refusa et lui répondit qu'il ne convenait ni à l'un ni à l'autre que ce ministre ne conservât pas jusqu'à la mort les charges qu'il avait si bien exercées pendant sa vie. Ainsi le cardinal reste, et l'on attend de jour en jour où un mieux c|ui le mette en état de travailler, ou le pis qui l'enlève. L'abbé Rota qui était chargé des affaires étrangères, comme j'ai eu l'honneur de vous le mander, vient d'avoir une attaque de goutte si violente , cjue je doute qu'il soit en état d'aller chez le Pape de quelque temps; il a, outre ses incommodités, près de quatre-vingts ans '.

Vous voyez, Monsieur, dans quelle situation sont les affaires de cette Cour; on ne sait plus à qui s'adresser. Le Pape m'a donné la liberté effectivement de lui parler librement quand j'aurais des affaires; mais il y aurait de l'indiscrétion à l'im-

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