‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 9 sur 89 · On r.Mnarquera que la question des difficultés etclésias · texte numérisé non relu

On r.Mnarquera que la question des difficultés etclésias

CHOISEULAROME. 11

Pape ne varierait pas sur les principes de sagesse et de modération que Sa Sainteté juge aussi utiles h la tranquillité du Royaume et à la conservation de la Religion, que le Roi pouvait être sûr que la Cour de Rome s'en rapporterait toujours sur ces difficultés aux sentiments de religion qu'elle connaissait à Sa Majesté, mais qu'il ne fallait pas être étonné si le Pape écrivait des lettres particulières au Roi sur cette matière; que Sa Sainteté croyait que sa conscience était intéressée à faire des représentations à Sa Majesté sur une matière aussi capitale, et que le Pape était embarrassé des reproches que des évêques à la tête du clergé de France faisaient à Sa Sainteté sur la tiédeur qu'elle marquait; que ces reproches donnaient des scrupules au Pape, ce C[ui l'engageait à écrire au Roi quand les reproches devenaient plus fréquents, mais que

tiques de France commence seulement enfin, et que c'est le secrétaire d'Etat qui l'aborde. Le pape se réserve, Choiseul aussi. Mais le pape, qui n'ignore rien de< plaintes du clergé de France, s'en tient strictement et habilement au principe de la non-intervention, au moins jusqu'au jour favorable : il laissait venir les événements, en les prévoyant. La Cour de France n'était pas sans inquiétude sur le compte de ce recueillement; Rouillé écrivait à Choiseul (de Versailles, 3 décembre 1754) : •• Le Roi a aussi été très sensible à ce que M. le cardinal Valent! vous a dit des sentiments du Pape par rapport aux affaires présentes. Sa Majesté n'ignore pas que plusieurs évéques écrivent à Rome et ne cherchent qu'à exciter le Pape à des démarches qui seraient tout à fait déplacées dans des temps aussi critiques. La sagesse et la modération du Pape sont une suite des vertus qu'on a toujours aperçues en lui, et nous engagent à former des vœux bien sincères pour sa conservation. » {Rome, t. DCCCXV, f. 245).

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c'était là où se borneraient les démarches du Saint-Père.

Je louai fort au cardinal Valenti la sagesse du Pape et surtout sa prudence, ainsi que celle de son ministère, à s'en rapporter à la conscience et à la justice du Roi. Je dis an cardinal Valenti que j'aurais l'honneur d'en rendre compte à Sa Majesté, et que j'étais persuadé que ces nouvelles assurances de la part du Saint-Père augmenteraient, s'il était possible, les sentiments d'attachement du Roi pour le Saint-Siège et pour l'Eglise. Je ne cherchais pas à parler de pareilles matières, c'est toujours le cardinal qui a commencé cette conversation. 11 m'a même dit que je pouvais mander au Roi que lui, secrétaire d'Etat, était si sûr des sentiments de prudence et de sagesse du Pape sur cet article, qu'il voulait bien en être garant tant qu'il vivrait.

Voilà, INIonsieur, mot pour mot la conversation que j'ai eue sur cela avec M. le cardinal Valenti. Je vois, depuis que je suis ici, que la Cour de Rome connaît ses vrais intérêts et ceux de l'Eglise, et ne songera pas à se mêler dans une affaire qu'elle dit éviter. Je n'ai pas pu encore découvrir quels étaient les évêques qui écrivaient au Pape. Si j'acquiers quelques notions sur ce point, j'aurai l'honneur de vous en informer...

CIIOISEUL A HOME. 13

A M. ROUILLi:.

A Rome, lo 18 décembre 175'(.

Monsieur '.

J'ai remercié le Pape et le secrétaire d'I^tat des témoignages avantageux qu'ils ont bien voulu vous rendre sur mon compte; je ferai de mon

1. Les événements que la Cour de Rome laissait venir, no fardent pas i'i se produire. Les conQils auxquels le Roi ii pensé inetlrc un terme par la déclaration du 2 septembre, se sont inopinément ranimés. Le Parlement, lo 27 Jioveinbre, (;'est-àdirc le jour même de sa rentrée de vacances, a été saisi d'un nouveau conflit : un prêtre de Saiiit-Etienne-du-Mont ;i refusé les sacrements à une malade pour défaut de billet de confession. Le Parlement a enjoint aux vicaires de la paroisse, en l'absence du curé, d'admitiistror la malade. Refus des vicaires en conformité au.v ordres de l'archevêque de Paris. L'archevêque, sommé de désavouer les vicaires, a refusé. Le 29 novembre le Parlement a député son premier président au Roi pour dénoncer l'obstination de l'archevêque. La réponse du roi, délibérée au conseil, est rendue le 3 décembre : une lettre de cachet exile l'archevêque à Conflans, maison de campag'ne des archevêques de Paris, et le Roi écrit au Parlement : « J'ai marqué mon mécontentement à l'archevêque en le punissant, de manière à faire conimître la ferme résolution où je suis de maintenir la paix dans mon royaume, et l'exécution de ma déclaration du 2 septembre dernier; ainsi je compte que mon Pai'lcment n'ira pas plus loin contre l'archevêque. Au surplus, le respect du Parlement pour mes volontés me répond qu'... il en usera avec la plus grande circonspection, relativement aux choses spirituelles » (Picot, Mémoires, t. îll, p. 264-2(i6'). La nouvelle de l'exil de l'archevêque de Paris était arrivée à Rome le 14 décembre.

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mieux pour que la suite réponde à mon début. Il est certain que je saisirai avec empressement toutes les occasions de plaire au Saint- Père et à son Ministre, lorsque le service de mon maître n'en souffrira pas.

Le courrier que j'avais eu l'honneur de vous envoyer est arrivé ici le 14 de ce mois, et m'a remis la lettre dont vous m'avez honoré le 5 de ce mois* ... J'ai cru devoir faire part confidemment au secrétaire d'Etat de l'ordre du Roi qu'avait reçu M. l'archevêque ^ de rester à Conllans, pour qu'il en informât le Pape. Deux choses m'ont déterminé à cette confidence. La première que mon courrier savait la nouvelle et qu'il me l'a dite en me remettant mes lettres, outre que je soupçonne que M. l'abbé de Canillac la sait par des lettres particulières que lui a porté ledit cour-

1. Rouillé écrivait « Je vous confie, Monsieur, et vous l'apprendrez par les lettres particulières que vous recevrez par 1 ordinaire, que M. l'archevêque de Paris a reçu avant-hier au soir l'ordre de se rendre à Con flans, et d'y rester. Vous jugerez probablement par les détails que l'on vous fora que cette espèce d'exil a eu pour objet d'empêcher les procédures que le Parlement aurait fait sans cela contre ce prélat, et qui auraient nécessairement renouvelle les disputes et divisions que le Roi s'occupe avec tant de soin d'assoupir. J'ai peur qu'il n'y puisse pas parvenir, si le clergé n'y veut pas concourir. Ceci, Monsieur, est pour vous seul, et pour vous prévenir sur un fait dont sûrement il sera bientôt question à Rome » [Rome, t. DCCCXV, f. 263).

2. Christophe de Boaumont, né en Périgord le 20 juillet 1703, chanoine et comte de Lyon, abbé de Notre-Dame des Vertus, évèque de Rayonne en 1741, archevêque de Vienne en 1745 n'accepta, l'année suivante, l'archevêché de Paris que sur l'ordre de Louis XV. Il mourut le 12 dt îembre 1781.

rler. La seconde est que, connaissant l'humeur violente du Pape, j'ai craint que, lorsqu'il apprendrait par l'ordinaire cet événement, Sa Sainteté, dans le premier mouvement, ne se laissât emporter aux impressions de colère auxquelles il est sujet. Pour éviter cette espèce d'indécence, le samedi au soir, jour de l'arrivée du courrier, j'ai écrit un billet au secrétaire d'Etat. Je le remercie et le prie de remercier le Pape des choses flatteuses qu'il a eu la bonté d'ordonner au nonce * en ma faveur. Je prends de là occasion de faire l'éloge du Pape, et je finis par lui dire que j'ai appris par mon courrier que le Roi avait été obligé d'ordonner à M. l'archevêque de Paris de rester à Conflans, jusqu'à ce que Sa Majesté l'en rappelât; que lundi, jour de mon audience, je lui expliquerais les motifs de cet ordre de Sa Majesté ; et que je connais trop le jugement du Pape et de Son Eminence, pour n'être pas sûr qu'il applaudirait à cette détermination du Roi. J'ajoutais dans mon billet que, n'ayant pas d'ordre de communiquer cette nouvelle au Pape ni à son ministère, et ne la sachant que par des lettres particulières, je le priais de regarder comme une marque de confiance la participation que je lui en faisais, et d'en garder ainsi que Sa Sainteté le plus profond secret. Mon billet a réussi comme je l'espérais. J'ai été lundi h

1. Le nonce à Paris était le prélat Philippe-.\iigT.iste Gualterio depuis novembre 1753 : il y devait rester jusqu'en 1759. Il fut créé cardinal dans la promotion de 1759 par Clément XIII.

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rordiiiairc à l'aucliencc du secrétaire d'Etat. Il m'a remercié de la part du Pape de ma confiance. 11 m'a dit que le Pape avait été étonné, mais qu'il avait tant de confiance aux bonnes dispositions qu'il connaissait dans le cœur de Sa ^Majesté, qu'il était persuadé que tout ce qu'elle faisait était pour le mieux; que pour lui, secrétaire d'Etat, il n'entendait pas ce que voulait dire cet acharnement de billets de confession, qu'il était nécessaire pour le bien du Royaume que le Roi songeât sérieusement à mettre fin ii des troubles qui pouvaient devenir plus considérables ; mais qu'en tout il me répétait que le Pape était (quelque chose qui arrivât) dans les mêmes dispositions dont il m'avait donné les assurances les premiers jours que j'ai été ici, et qu'il se bornait à souhaiter, pour le bien de l'Eglise, du Roi et du Royaume, que ces malheureuses disputes finissent '. .l'approuvai, comme vous imaginez bien, tout ce que me dit JNI. le cardinal Valenti. Je l'assurai que le Roi serait instruit,

1. L'exil de l'archevêque de Paris était un de ces expédients, que l'embarras politique imposait au cabinet de Versailles. Choiseul avait raison de penser que le pape on serait vivement blessé. L'archevêque de Paris était un esprit borné et de peu de sens politique, mais aussi la plus intrépide con;-cience du clergé de France. Voltaire disait de lui, pensant le rendre odieux, qu'il était « un vrai saint dans le goût de Thomas de Cantorbéry ». L'avocat Barbier plus simplement le caractérisait ; « Un honnête homme qui n'agit que par conscience. 1) — L'émotion du clergé et des fidèles avait été vive à Paris et dans le royaume : il était impossible qu'elle no retentît pas jusqu'à Ronuî. Voir Regnaull, Cliristophi' de Deanmont (Paris, 1882), t. I, p. 277 etsuiv.

et que j'aurais l'honneur de vous en rendre compte. iVinsi, je suis tranquille sur l'efFct que les lettres du nonce et des évèques français pourraient produire ici l'ordinaire prochain. Le coup est amorti de façon que le Pape, à ce que j'espère, ne s'échauffera pas sur ce fait. Peut-être qu'il écrira au Roi, mais ces lettres-là ne doivent pas embarrasser Sa Majesté \

J'ai donné hier le repas qui est d'usage tous les ans à l'occasion de la Sainte Luce; il v avait cent vingt personnes : il me semble que tout le monde a été'content, et que cette espèce de fête a été assez bien...

A M. ROUILLÉ A Rome, le 25 décembre 1754.

Monsieur,

L'agent de Malte -, étant vendredi 20 de ce mois à environ midi chez ^1. le cardinal Yalenti, il s'aperçut, au bout d'un quart d'heure de conférence, que la tète et la langue de ce ministre s'appesantissaient. Il prit congé du cardinal, et fut sur-le-champ avertir ses gens de l'état où il l'avait

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