‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 23 sur 89 · Mgr de Monlillet (f · texte numérisé non relu

Mgr de Monlillet (f

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de VOUS en rendre compte un peu en détail, pour que vous pussiez la soumettre aux lumières du Roi. J'ai fait de mon mieux; honorez-moi de vos ordres et de vos conseils, et daignez apercevoir dans ma conduite, mon zèle extrême pour le service de Sa Majesté.

J'ai l'honneur d'être...

A Rome, le 2 janvier 1756.

Monsieur,

J'ai reçu la nuit du 28 au 29 de l'autre mois le courrier que vous m'aviez expédié le 19 décembre. Je fus le lendemain chez M. le cardinal Valenti lui communiquer la copie de la lettre que Sa Majesté a écrite au Pape ', et en même temps une partie

1. Le Roi avait écrit le 19 décembre au Pape, en lui envoyant la lettre que les prélats de l'Assemblée du clergé adressaient à Sa Sainteté pour avoir son avis sur les articles au sujet desquels ils n'avaient pu s'accorder. Il approuvait la démarche du clergé, remerciait le Pape de ses excellentes dispositions, et terminait ainsi : « Je lui ordonne [au comte de StainvillcJ de suivre avec tout le zèle que je lui connais pour mon service la négociation relative à l'objet important dont il s'agit, et Votre Sainteté doit être bien persuadée de mon empressement à concourir avec elle aux vues de sagesse et de modération qu'elle croira devoir suivre pour faire enfin cesser dans mon Royaume des disputes qui ne sont pas moins contraires au bien de la religion qu'à la tranquillité de mes sujets... » {Rome, t., DCCC.WIII, f. 450).

des instructions que vous me faisiez l'iionneur de me donner '. Je lus à Son l'iniinence les cinq articles désirés par le Roi ; le secrétaire d'Etat les approuva et me promit que le Pape serait prévenu favorablement pour l'audience du lendemain que j'avais demandée à Sa Sainteté. Ce ministre me conseilla de faire en italien un mémoire précis de ce que je lui avais dit afin de le mettre sous les yeux du Pape qui, en le gardant, aurait le temps de réfléchir sur ce que désire le Roi, et sentirait par cette démarche la confiance de Sa Majesté en lui. J'approuvai cet expédient dont j'étais d'avance résolu de me servir.

1. Rouillé (ly dcc. 1755) explique à Choiseul qu'il ne faut point renouveler le procédé employé par Clément IX en 1668, savoir, que le Pape donne un bref que le Roi déclarerait reçu par un arrêt de son conseil. Il faudrait, l'obtenir de Benoît XIV une bulle solennelle, que le Roi rovclirait de son autorité en la faisant enregistrer dans tous les Parlements; 2° éviter (par respect pour les lois et maximes du Royaume) que dans cette bulle fut insérée la clause Motu proprio, et exprimer que le Pape intervenait sur la demande du Roi et sur les instances du clergé ; 3° se garder (pour ne pas heurter les parlementaires et les jansénistes) d'y qualifier la bulle i'nigenlius et surtout de la déclarer règle de foi, mais marquer simplement que les fidèles lui doivent respect et obéissance; 4° que le Pape marque le désir (en conformité à la déclaration royale du 2 sepicmbe 1754) qu'on garde le silence sur les matières contestées pour le bien de la Religion et pour la tranquillité du Royaume; 5" enfin qu'il exhorte le clergé (en conformité à la décision des vingt-six évêques, mars 1755) à laisser les confesseurs seuls juges iui seul for intérieur du péché de désobéissance à la bulle Unigenilus. Rouillé termine son exposition par <'es mots : « Cette époque sera certainement une des plus gloi'i(;uses du pontificat du Pape <;l de votre ambassade, si vous parvenez à obtenir un bref ou une bulle dressée dans le sens que je viens de vous exposer » {Rome, t. DCCCXVIII, f. 4.33-437).

Je fus le lendeinain à raudience de Sa Sainteté; je lui remis d'abord la lettre du Roi, que le Pape lut tout haut; il loua la lettre de Sa Majesté beaucoup, et me dit que je connaissais ses sentiments pour le Roi et pour la France, et que je devais être garant auprès de Sa Majesté de l'envie qu'il avait de lui plaire et de calmer son Royaume. Je remis ensuite au Saint-Père la lettre du clergé ainsi que les articles; il en lut quelques lignes, et le Pape me dit ensuite que tout cela était imprimé et qu'on le lui avait envoyé de plusieurs endroits. J'assurai le Pape, Monsieur, que ces impressions furtives avaient déplu au Roi, mais qu'il était impossible qu'un écrit communiqué nécessairement à tant de personnes ne tombât dans des mains indiscrètes et avides. Le Pape fit cette réflexion surle-champ : « Ce serait peu de chose que l'indiscrétion, mais il y a de l'intrigue et de la passion. » J'en convins avec le Saint-Père, en lui ajoutant qu'il n'y aurait jamais que de la religion, de la confiance et de la bonne foi de la part du Roi.

Le Pape attendait que je lui montrasse le mémoire que j'avais concerté la veille avec le cardinal Valenti, et me demanda en riant si je ne lui communiquerais pas autre chose. Je dis à Sa Sainteté que j'avais traduit les instructions particulières qui m'étaient venues sur cet objet, et que, comme je savais par expérience que la meilleure façon de traiter avec Sa Sainteté était de lui communiquer les intentions du Roi, je m'étais pré-

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paré à les mettre clans le mémoire que j'avais l'honneur de lui présenter.

Ce mémoire, Monsieur, était la traduction fidèle de la lettre ostensible que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire le 19 décembre. Le Pape le lut avec attention.

Il me renouvela les assurances du plan que nous avions concerté, et dont il est fait mention dans votre lettre. Il convint du peu de succès qu'avait eu la paix de Clément IX et approuva infiniment ce que vous m'écrivez sur cette paix. Le Pape lut ce passade deux fois avec satisfaction.

Ensuite, il examina les cinq articles proposés; il les lut d'abord tout de suite, et puis me fit des réflexions sur chacun. Je vais, Monsieur, vons les rendre, et je joindrai à cette relation les réflexions qui me sont revenues de la part du Pape depuis mon audience.

Le premier article, qui demande une bulle de Sa Sainteté, ne souffre aucune difficulté, et vous verrez par la lettre du Pape au Roi qu'il est convenu. Le Pape fait sur cet article une seule demande importante pour l'efFet et pour l'honneur de Sa Sainteté, qui est que la bulle soit enregistrée dans tous les Parlements, et en tout soutenue par toutes les forces et formes de l'autorité royale. J'ai assuré à Sa Sainteté qu'elle ne devait sur ce point avoir aucun doute.

Le second article, où l'on désire que le Pape n'insère pas dans la bulle la clause pvoprio motu,

est accordé par Sa Sainteté qui en convient expressément (comme je le lui ai demandé) dans sa lettre au Roi.

Le troisième article, où il est question de la qualification à donner dans la nouvelle bulle à la bulle Unigenitus, fut le sujet d'une explication du Pape. Il me dit que les évêques de France l'embarrassaient; que la qualification de dogmatique qui, à proprement dit, était, selon le style de la Cour de Rome, la même chose que Règle de foi, était donnée à la bulle Unigenitus par tous les évèques de France, que c'était un décret du Saint-Siège qu'il ne pouvait pas ne pas caractériser des titres reconnus. Je fus étonné, Monsieur, que le Pape fît ces réflexions, le cardinal Yalenti m'ayant assuré avant l'audience qu'il ne pensait pas que cet article fût contredit par le Saint-Père. Comme je savais que le Pape avait été un des secrétaires du concile ' de Rome, et que momentanément dans ce temps il avait été opposé à la qualification de Règle de foi, je pris la liberté d'interroger le Saint-Père et de lui demander s'il crovait la bulle Unigenitus une Règle de foi. Dans le premier mouvement, le Pape me répondit : « Moi, non )>. « Eh bien, lui dis-je, Saint-Père, le Roi ne demande que le sentiment de Votre Sainteté — Allons, répliqua le Pape, nous pouvons contenter le Roi sur cet article. »

Depuis mon audience, M. Rota m'a dit que l'on

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