‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 28 sur 89 · Rome, t. DCCCXX, f · texte numérisé non relu

Rome, t. DCCCXX, f

usage que clans un moment favorable; je lui ai fait dire que je n'étais point pressé, et que, demain 4, je me trouverais à la conférence qui est indiquée chez lui avec le cardinal Spinelli. Je ne crois pas que M. Rota n'ait pas montré ma lettre au Pape; je suis au contraire persuadé que Sa Sainteté l'a eue sur-le-champ; mais' on veut entendre les cardinaux pour réformer cet article, et me répondre après. Je suis certain que tous persisteront dans leur avis. Ainsi d'ici six ou huit jours, le courrier partira. Je mets ce temps parce que l'on m'a dit que le plan dont j'ai vu l'extrait était fort long, et qu'il me faudra du temps pour le bien traduire. On dit d'ailleurs qu'il y a quelque chose à réformer dans l'ordre qui pourrait être meilleur. Je suis bien sur que les réponses du Roi et les changements que demandera Sa Majesté décideront le Pape qui a travaillé et qui a envie que son travail ne soit pas inutile. Mais j'ai cru qu'il était mieux de tâcher que le premier plan fût bon pour ne pas perdre le temps en allées et venues, et que, sur cette matière, quatre jours de retard étaient moins importants que deux mois.

Je ne sais pas par qui !M. le nonce est conseillé à Paris, mais les évèques qui le font agir lui suggèrent des principes bien opposés à ceux de son maître, et j'ose vous dire. Monsieur, qu'il est essentiel, même le plan de la bulle arrivé, que vous ne lui parliez pas de cette opération; cela est d'autant plus nécessaire que la Cour de Rome est

à son éo^ard sur cet article de la plus grande réserve. 11 est arrivé dans cette affaire un bonheur dont il n'y avait pas d'exemple ici, c'est que le secret, qui nécessairement a été confié à quinze personnes, est gardé au point que les cardinaux qui n'ont point été consultés, les prélats, et les émissaires de toute espèce qui sont sur cette matière en cette Cour, sont persuadés que le Roi a prié le Pape de ne donner aucune décision et de laisser tomber cette affaire. Je vous rendrai compte, Monsieur, par mon courrier, des autres détails qui mériteront de vous êtes rendus sur cet objet. J'ai l'honneur d'être...

A M. ROUILLÉ

A Ruine, le 10 mars 1750.

... Je fus hier à l'audience du Pape, qui me traita mieux qu'il ne m'a jamais traité. Sa Sainteté me parla assez longtemps du projet de bulle, qu'elle compte me remettre incessamment. Elle me dit qu'elle priait le Roi de l'excuser si elle n'avait pas dépêché cet ouvrage plus promptement, mais qu'elle avait cru devoir demander de nouveau l'avis des cardinaux; que cet avis lui avait été remis, qu'elle voulait laire traduire tout son projet en

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iVam-als, et <|ue jo raurais plus tôt que je ne croyais ; « car, m'a dit le Pape, vous pouvez mander au Roi que je veux payer mes dettes, avant de faire mes Pâques ». Malgré ces assurances, Monsieur, je pressai le Saint-Père sur la conclusion d'une aussi grande affaire, et je lui fis sentir combien il serait désagréable si, comme je l'avais écrit à M. Rota, le plan que je devais envoyer était tellement contraire aux instructions du Roi, que j'avais communiquées à Sa Sainteté, que Sa Majesté n'en put pas faire usage. Le Pape me répondit qu'il n'était pas entêté de son sentiment, que c'était pour cela qu'il avait consulté de nouveau les cardinaux, qu'enfin il me répétait que plus tôt que je ne croyais, le Roi serait content. Je remerciai le Pape, et, en lui marquant toujours mon impatience de voir son ouvrage et le faire partir, je lui dis de la part du Roi les choses les plus flatteuses.

Je vis le soir M. Rota qui, depuis mon audience, avait travaillé avec le Pape; il m'assura que Sa Sainteté lui avait marqué être fort contente de moi, et que le Pape lui avait dit que, dès aujourd'hui, il commencerait à lui envoyer les premières feuilles de son plan à traduire. Nous sommes convenus avec M. Rota, que ce serait moi qui ferais la traduction : l'ouvrage est long, et il est impossible qu'il puisse partir avant huit jours. Si vous saviez, Monsieur, ce que c'est que de faire travailler un Pape et des cardinaux, vous seriez étonné qu'une pareille affaire fût finie en si peu de mois. Je ne

vois rien :i présent qui la puisse retarder. Pour ce qui est du fonds de l'affaire, je crois toujours que le Roi en sera content. Je joindrai au plan du Pape mes observations et les chano-ements nécessaires que le Roi pourra exiger. Je vous supplie de n'avoir nulle inquiétude sur cette besogne, d'autant moins que, si nous ne faisons pas le plus grand bien (ce qui j'espère arrivera), du moins sommes-nous sûrs de ne pas faire de mal, car le Pape certainement persiste dans le principe, ou de faire le bien selon la volonté du Roi, ou de ne rien faire du tout *

A M. ROUILLÉ

A Rome, le 17 mars 175f!.

... J'ai achevé hier de traduire l'ouvraoe du

Pape ; je compte que Sa Sainteté m'enverra aujourd'hui ou demain la lettre qu'elle doit écrire au Roi pour accompagner son projet, et que mon courrier pourra partir vendredi ou samedi. Comme j'ai gardé copie du plan que j'ai traduit, je travaille au mémoire d'observations que je dois avoir l'honneur de vous adresser conjointement avec le projet du Pape ".

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