Cette dépêche est chiffrée
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A M. ROUILLÉ
A Rome, le 19 mai 175G.
Monsieur,
J'ai été lundi dernier à l'audience du Saint-Père. Je lui ai marqué de nouveau la satisfaction que vous me mandiez que le Roi avait du plan de bulle ou bref que Sa Sainteté a adressé à Sa Majesté. J'ai dit au Pape que la réponse du Roi n'était pas parvenue par le dernier courrier que j'avais reçu, parce que Sa Majesté voulait combiner les intérêts de la Religion avec les maximes et usages de son Royaume, de manière que le travail du Pape produisît les bons effets qu'en attendaient les deux puissances, que toutefois vous me faisiez l'honneur de me mander, Monsieur, que vous espériez de m'envoyer bientôt le courrier qui apportera au Pape la réponse du Roi à celle du Saint-Père, et les observations de Sa ^lajesté sur le plan du Pape.
Sa Sainteté m'a répondu qu'elle aurait désiré que l'examen de son ouvrage eût été un peu plus prompt pour pouvoir terminer cette grande affaire à la satisfaction du Roi avant sa campague; mais, comme elle portait ;i Castel ^ des plumes et de
1. Castcl-Gaiidolfo, aux bords du lac dAlbaiio, villégiature ordinaire des papes.
l'encre, si la réponse arrivait dans ce temps, elle travaillerait volontiers dans ces jours de repos pour le service de l'Eglise et du Roi ; qu'elle me chargeait de rendre compte à Sa Majesté du désir ardent qu'elle avait de faire tout ce qui serait en elle pour remplir ses intentions.
J'ai dit ensuite au Pape, Monsieur, que les dixsept évêques, auteurs des dix articles*, avaient fait un mémoire en explication de leurs sentiments, lequel mémoire M. le cardinal de La Rochefoucault avait présenté au Roi avec une lettre qu'il écrivait :i Sa Sainteté, et que le Roi m'avait fait passer ces deux pièces pour les remettre au Saint-Père, Sa Majesté, observant la différence qu'il y avait entre la conduite de M. le cardinal de La Rochefoucault et des seize évèques de son parti, d'avec celle des évêques du parti contraire ^ qui, quoiqu'il fût convenu selon le droit et la règle qu'il ne passerait rien h Rome que par l'entremise du Roi, avaient osé écrire des lettres au Saint-Père et envoyer des mémoires par le canal du nonce sans en prévenir Sa Majesté, au lieu que M. le cardinal de La Rochefoucault, quand il a cru, à l'invitation des prélats
1. C'est-à-dire la majorité de rassemblée du clergé, le parti modéré. Le cardinal de La Rochefoucault, qui en était le chef, étant ministre de la feuille des bénéfices, on donnait aux dix-sept le nom de Feuillants.
2. La minorité de l'assemblée, les « boute feux », ou comme on disait à Paris les Théatins, les seize étaient des créatures de l'ancien évèque d'Agen, Boyer, prédécesseur du cardinal de La Rochefoucault à la feuille et ancien théatin. — V. Sicard, L'ancien clergé, t. I (1893), p. 379.
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(lu parti contraii'e, devoir cxpli(juer au Pape les laisons de ses seutiments, n'a pas imaginé d'autre moyen rpic de les mettre entre les mains du Roi.
Le Pape m'a répondu, Monsieur, avec assez d'inquiétude, qu'il avait déjà dit plusieurs fois (jue tous ces écrits d'évêques étaient inutiles; qu'il croyait avoir assez approfondi la matière dans le plan (ju'il avait envoyé au Roi; qu'il ne s'était point déterminé sans avoir pris toutes les précautions et toutes les instructions qu'il jugeait convenables; qu'il attendrait la réponse du Roi sur son plan et que, d'après elle, il consommerait son ouvrage sans s'embarrasser des différents mémoires des deux partis. Il m'a ajouté que, dans les commencements, il avait lu quelques lettres du parti contraires au cardinal de La Rochefoucault, et ({u'il s'était aperçu que les prélats de ce parti étaient de vrais a boutefeux » : voilii le terme propre du Pape; que depuis il n'avait plus rien lu de ce qui venait de leur part, qu'ainsi il lui paraissait superflu de lire le mémoire de l'autre parti.
.l'ai dit au Pape que, puisqu'il ne paraissait pas souhaiter d'avoir ces écrits, je n'aurais l'honneur de les lui présenter qu'après que j'aurais reçu la réponse du Roi à son plan, et que Sa Sainteté aurait rempli les intentions de Sa Majesté, mais que cependant je mo réservais de les lui donner dans le temps, pour qu'il vît combien le cardinal de La Rochefoucault et les prélats de son sentiment étaient conformes à celui du Saint-Père.
J'ai été confirmé, Monsieur, par le peu d'empressement que le Pape m'a montré à voir ce mémoire clans le sentiment où j'étais de ne point exécuter l'ordre que vous m'avez fait l'honneur de me donner par votre lettre du 4 mai, de remettre au Saint-Père la lettre de M. le cardinal de La Rochefoucault ainsi que le mémoire qui y était joint...
Vous aurez remarqué, Monsieur, au commencement de cette lettre que, dans mon audience d'avant-hier, le Pape m'a encore parlé des seize évêques, comme les regardant plus propres à mettre le feu dans les affaires de l'Eglise de France qu'à V rétablir la tranquillité. Il est donc certain que les dix-sept évèques ont tout l'avantage qu'ils méritent et n'ont nul besoin d'apologie. D'ailleurs, il est bien aisé de voir, en confrontant le plan du Pape avec celui de M. le cardinal de La Rochefoucault, combien ces deux écrits se ressemblent, et les différences qui s'y trouvent ne seront pas aussi difficiles h rapprocher qu'il Ta été de porter les choses au point où elles sont à présent; mais j'ose dire qu'en comparant les deux ouvrages, celui du Pape pour le bien du Royaume mérite la préférence.
Au reste, Monsieur, le Saint-Père n'est pas insensible à l'opinion d'homme savant et éclairé surtout en matière de doctrine; il n'aime pas h adopter les systèmes par lesquels il semblerait qu'on eût envie de lui faire la leçon en employant
des raisons théologiques et l'autorité des canons et des Saints Pères. 11 est persuadé que personne au monde n'est versé autant que lui dans ces connaissances. C'est avec beaucoup de délicatesse que je suis parvenu à lui faire adopter le projet que vous m'aviez indiqué. Je me suis accordé avec les cardinaux consultés, pour que leurs avis fussent utiles sans qu'ils eussent l'air d'être une leçon. Le cardinal Passionei, s'étant un peu écarté de cette route faute de docilité pour ceux qui voulaient mieux le conduire et avant prétendu traiter la matière fort en détail selon ses principes et appuyer son avis des faits et des autorités les plus recherchés, n'a pu éviter le mépris du Pape.
Il serait donc à craindre, Monsieur, que l'écrit que vous m'avez ordonné de remettre ne blessât le Pape qui, en remarquant la ressemblance qu'il y a entre son ouvrage et celui des dix-sept évèques, pourrait soupçonner que ces prélats, en s'appropriant son travail, feraient entendre, après la conclusion de l'afifaire, que la décision de Sa Sainteté est une suite de leurs sentiments. Il me paraît plus à propos de ne remettre cet écrit et la lettre du cardinal au Pape que quand la bulle sera concertée en entier et envoyée à la Cour. Alors je le présiMiterai à Sa Sainteté comme un gage de l'approbation de la plus saine partie des évèques.
Voilà, ^Monsieur, les réflexions qui m'ont déterminé à prendre sur moi de ne pas exécuter les ordresque vous m'avez lait l'honneurde me donner
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sur cet objet. Si vous ne les trouvez pas aussi bonnes qu'elles me le pnraissent, le peu de temps qu'il y aura de perdu ne peut pas nuire à la volonté du Roi, en cas que Sa Majesté persiste à vouloir <iuc cet écrit et la lettie du cardinal soient remis au Pape...
A M. ROriLLÉ
A Rouir, le 2() mai 175G.
Monsieur,
Le courrier que vous m'avez dépêché le 14 de ce mois est arrivé à Rome la nuit du 23. Le lendemain lundi, je fus chez le secrétaire d'Etat pour le prier de faire savoir au Pape l'objet de l'audience cpie je lui demandais pour le lendemain; Sa Sainteté me fit dire qu'elle m'attendait avec impatience.
Je fus le même soir chez M. Rota. Je lui expliquai les changements que le Roi désirait au jîlan du Pape . Je crois (|uc je parvins ii le persuader (|u'ils étaient nécessaires et ne détruisaient en rien l'essence du plan de Sa Sainteté. Je lui priai d'écrire au Pape, pour le prévenir sur ces explications, afin que le lendemain, jour de mon audience, je pusse sur-le-chaniji entrer en matière
avec le Saint-Père. M. Rota se prêta à ce que je désirais et reçut du Pape la réponse que j'ai l'honneur de vous adresser et qui est le précis de ce que le Pape m'a dit d'essentiel à mon audience '. Je remis au Saint-Père le paquet du Roi. Il lut d'abord la lettre de Sa Majesté dont il me parut être très satisfait -. Ensuite, il parcourut le mémoire de réflexions et me dit que ^I. Rota lui avait déjà mandé, selon mon intention, en quoi consistaient les changements ; qu'il ne pouvait pas dans le moment me répondre sur les corrections désirées, mais qu'il portait le tout à Castel et qu'il travaillerait, comme je pouvais le mander au Roi,
1. Voir la « traduction d'un billot du Ptipc à Mgr Rota ». 25 mars 1756 {Rome, t. DCCC.XX, f. 4'i:i) :
M ... Pour ce qui est de l'affuire en question, il faudra faire sur chaque demande les réflexions nécessaires. Nous commencerons par les faire nous-mêmes, et ensuite nous aurons soin de les faire faire sans bruit, et, sans aucune formalité de congrégation, au.>L cardinau.x déjà consultés sur cette matière, ne nous paraissant pas à jjropos de rien changer à leur insu du plan qu'ils ont au... >■
2. La lettre de Louis .\Y au Pape (Versailles, l'i mai 1756) sVxprime ainsi : « ... J'ai lu cet e.vcellent ouvrage avec l'attention que mérite tout ce qui vient de Votre Sainteté, et j'y ai re<-onnu avec autant de joie que d'admiration et de rcconnaissan(;es ses lumières supérieures, son amour pour la paix do l'Eglise, et son amitié j>ersoiniclle pour moi. J'ai donné aussi <-et ouvrage à examiner à quelques-uns de mes ministres et à quelques jirélats et magislrats en qui j'ai une confiance particulière. Ils se sont tous réunis dans un même avis, et j'envoie à Votre Sainteté ini mémoire qui contient en substance leurs observations. J'espère que Votre Sainteté voudra bien \ ;n(>iiégard, puisqu'elles sont également fondées sur If iiicn de la religion, sur les nmximos de mon royaume, et sur la nécessité des circonstances » [Home. t. DCCC.\.\, f. 'lô'J).
CHOISEUL A no ME,
à remplir autant qu'il lui serait possible les vues de Sa Majesté.
J'exposai au Pape les éloges que le Roi et ceux qui avaient examiné par ordre de Sa Majesté le plan envoyé par le Saint-Père donnaient unanimement à son ouvrage. Je lui dis que l'on avait pensé en France (pie rien ne pouvait produire un meilleur efiet que le projet proposé, que cet ouvrage serait un monument de gloire j^our lui et l'objet de la reconnaissance du Roi et du Royaume, et que, hors (pielques changements peu essentiels dans le fond, le Roi désirait que les propres paroles du plan du Pape fussent conservées avec exactitude. Le Saint-Père fut sensible, à ce qu'il me parut, à ces éloges; il me renouvella les assurances du désir qu'il avait de faire le bien.
... Le Pape me permit ensuite de lui aller faire ma cour à Castel. 11 approuva que j'eusse l'honneur de lui écrire directement quand j'aurais quelque chose de nouveau à lui faire savoir, et me dit qu'il m'écrirait de même, mais que, pour les détails, je pouvais m'adresser à M. Rota qu'il informerait de tout.
Il y a apparence que, dès cette semaine, le Pape fera communiquer le mémoire de réflexions aux cardinaux consultés, et, qu'après leur réponse, il fera la lettre encyclique. J'aurai attention de prévenir les cardinaux afin que leurs avis soient conformes aux sentiments du Roi, et je lérai de mon mieux pour que, quoique le Pape ainsi que plu-
sieurs cardinaux soient à la campagne, cette affaire ne languisse pas. Je peux d'avance vous assurer que tout est dans une très bonne disposition; mais, d'ici à quinze jours, il ne sera guère possible que je puisse vous mander quelque progrès, parce que le Pape travaillera peu ou point les premiers jours qu'il sera à la campagne, et attendra Araisemblablement que l'avis des cardinaux lui soit revenu pour former sa décision.
J'aurai l'honneur de vous envoyer, Monsieur, la minute de la lettre encyclique par un courrier extraordinaire , ce retard n'étant que de trois semaines, je me méfie trop de moi avec raison, pour que je ne juge pas à propos delà mettre sous les yeux du Roi avant que la lettre soit écrite en forme.
J'ai l'honneur d'être...
V M. ROUILLÉ
A Fiasiati, le 2 juin 1756.
Monsieur,
Cette lettre particulière est pour vous instruire de ce qui s'est passé ici sur nos affaires ecclésiastiques depuis la semaine passée.
Le Pape a envoyé au cardinal Spinelli le mémoire
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d'observatums (jui lui a été adressé par le Roi, la lettre de Sa Majesté et le mémoire en conséquence de mes instructions que j'ai remis au Saint-Père avant son départ pour Castel. Le Pape dit, dans son billet au cardinal Spinelli, que quand il aura examiné ce que le Roi propose, il fera passer les pièces au cardinal Landi, lequel les fera passer au cardinal Tamburini qui, après son examen, les enverra au cardinal Galli, et ce dernier les remettra à la secrétairerie d'Etat qui a ordre de les renvoyer ainsi que lavis de ces autres cardinaux au Saint-Père, pour qu'il puisse, même pendant sa villégiature, travailler à la lettre encyclique.
Les cardinaux Spinelli et Landi avaient déjii fait passer hier les papiers au cardinal Tamburini qui conqjtait les envoyer demain au cardinal Galli; je suis convenu avec le secrétaire d'Etat qu'il m'avertirait lorsque le tout serait entre les mains du Pape, parce que je compte, quelques jours après que Sa Sainteté aura les avis des cardinaux, aller lui faire ma cour à Castel.
Les sentiments de M. le cardinal Spinelli et du cardinal Landi seront vraisemblablement ceux qui prévaudront dans l'esprit du Saint-Père. J'ai vu ces deux prélats en particulier, leur façon de penser est uniforme...
Le parti de la lettre encyclique est approuvé du Pape, et Sa Sainteté sur cela a dit aux cardinaux ce qu'elle m'avait dit à moi-même, qu'il était juste, qu'ayant pris le Roi dans cette affaire pour
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son «JuiJe, elle employât les moyens qui lui étaient incli(jiu''s par Sa Majesté...
Si le Pape suit l'avis des prélats qu'il consulte, tout est préparé de manière que j'espère que le Roi sera content. Chaque ordinaire je vous ferai part des connaissances que j'aurai acquises sur cet objet, et, d'ici un mois, j'espère être en état de vous adresser la minute de la lettre.
J'ai riionneur d'être...
A M. ROUILLÉ
A Frascali, le 9 juin ITôfi,
... J'ai reçu l'explication des seize évêques *; je n'ai pas encore eu le temps de la lire.
Vous jugez. Monsieur, par ce que j'ai eu l'honneur de vous mander le 19 de mai, que je me garderai bien de donner au Pape cet écrit, sans de nouveaux ordres de votre part. Je ne doute pas que les prélats qui en sont censés les auteurs, n'aient fait parvenir cet ouvrage à Sa Sainteté, avant que de l'avoir remis au Roi ; nous avons même eu connaissance, il y a plus de trois semaines, de l'envoi qui en a été fait en deux parties, et c'est sur ces
1. Ti>ujotirs la niiiiiM'ité de IWssomhU-o, les prélats " l)oiilel'eux ».
mémoires que le Pape me dit, dans ma dernière audience, que véritablement les dix * évêques étaient des « boutefeux ». La seule critique, que j'ai parcourue, qu'ils font dans ce mémoire, des avis de leurs confrères, prouve combien le système emporté de ces prélats demande d'attention.
L'opinion des cardinaux sur les observations envoyées sera remise demain au Pape. La restriction, en parlant du refus de sacrements, au seul viatique souffre de grandes difficultés ainsi que la spécification de ne regarder comme coupables, que ceux qui, par é/nt, etc.. Le reste va à merveille; je verrai si je peux gagner auprès du Pape quelque chose sur ces deux points; j'irai mardi à la campagne de Sa Sainteté, pour en conférer avec elle et découvrir, autant qu'il me sera possible, si elle est dans l'intention de suivre l'avis des cardi-
naux.
A M. ROUILLÉ
A Frasciili le 16 juin 1756.
...J'ai été hier à l'audience du Pape à Castel...
Sa Sainteté d'elle-même me parla de l'avis des
Cardinaux qu'elle avait reçu depuis trois jours ; elle