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que la cour de Rome lorme aucune entreprise qui leur soit contraire. C'est à quoi le comte de Stainville devra particulièrement veiller, et avec d'autant plus d'exactitude qu'en pareille matière il est ordinairement aussi aisé de prévenir le mal qu'il serait difficile d'y remédier; au reste, le Roi, en s'opposant aux opinions outrées ou bien aux prétentions injustes des ultramontains, empêchei'a toujours que ses sujets ne s'écartent du respect qui est dû au Saint-Siège, et Sa Majesté en maintenant l'usage salutaire des appels comme d'abus ne permettra jamais que ces appels deviennent euxmêmes des abus au préjudice des justes droits de l'Eglise. Tels sont les principes généraux sur lesquels l'ambassadeur du Roi doit régler sa conduite et ses discours sur ce qui a rapport h la Religion. »
Rapprochons de ces instructions diplomatiques cette conversation entre madame de Pompadour et Louis XV, rapportée dans les Mémoires de madame du Hausset.
« Un jour, le maître entra tout échauffe. — Qu'avez-vous? lui dit madame. — Ces grandes robes et le clergé, répondit-il, sont toujours à couteaux tirés ; ils me désolent par leurs querelles. Mais je déteste bien plus les grandes robes : mon clergé, au fond, m'est attaché et fidèle; les autres voudraient me mettre en tutelle. — La fermeté, lui dit madame, peut seule les réduire. — Robert de Saint-Vincent (un conseiller au Parlement, grand janséniste) est un boute-feu que je voudrais
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pouvoir exiler; mais ce sera un train terrible. D'un autre côté, l'archevêque (M. de Beaumont) est une tête de fer qui cherche querelle... »
Ce bref dialogue exprime assez bien l'embarras où se trouvait la royauté française depuis qu'elle avait obtenu de Rome la bulle Unigenitus (1713). T.es Parlements s'étaient faits les défenseurs des jansénistes et des jansénisants,,des « appelants », qui refusaient de reconnaître la bulle. Le roi était sans doute disposé à soutenir le clergé ; mais il ne pouvait se passer du Parlement pour l'enreo-istrement des édits de finances.
L'affaire des billets de confession avait naguère exaspéré les adversaires. Des évêques et des curés exigeaient de tout malade réclamant les derniers sacrements un certificat de confession. Cette mesure était prise contre les « appelants ». En 1752, le Parlement avait rendu un arrêt condamnant énergiquement les refus de sacrements. Le roi avait relégué le Parlement à Pontoise (1753), puis l'avait rappelé (1754), en ordonnant le silence sur toutes les matières de la relioion.
Les choses en étaient là lorsque Choiseul partit pour Rome. Le Parlement était, en somme, victorieux. Mais le clergé continuait de refuser les sacrements. Et, affaibli par toutes les incohérences commises jusqu'à ce jour, le gouvernement du Roi cherchait, sans le découvrir, un moyen de contenter le Parlement et le clergé et de rétablir la paix dans le royaume.
XXII INTRODUCTION
A Rome, on suivait avec attention les affaires de France. Le pape recevait sans cesse les plaintes des évêques le sollicitant d'intervenir en leur faveur. Mais il se tenait sur la réserve, fidèle à cette maxime de la cour pontificale qui est de ne point se mêler des affaires, même religieuses, des États chrétiens sans en être prié par le souverain, car fatalement un jour vient où le souverain est obliîïé d'avoir recours au Saint-Sièq;c. Louis XV fut, en effet, forcé de solliciter de Benoit XIV une encyclique. Et ce fut la « grande affaire » de l'ambassade de Choiseul.
Tout d'abord, le pape et l'ambassadeur paraissent l'un et l'autre assez embarassés. Choiseul a reçu de Versailles des instructions générales, mais non point d'ordres précis. Quant à Benoît XIV, il semble décidé à ne point intervenir proprio motu dans les affaires de France. Les évêques français Ibnt parvenir leurs doléances jusqu'à Rome. Dans le Sacré-Collège, des cardinaux prennent vivement leur parti. « Mais ces pauvres évêques, monsieur l'ambassadeur, s'écrie le Souverain Pontife, on me reproche de ne pas parler pour eux. Cependant Dieu m'est témoin que je donnerais le peu de temps qui me reste à vivre pour procurer l'union qui est si désirable pour le royaume de France! » D'autre part, il ne craint rien tant que de mécontenter le Roi. La cour de France lui prodigue les assurances les plus flatteuses. Le ministre des Affiiires étrangères écrit à
INTRODUCTION. XXIII
Choiseul : « — le Pape sait qu'il n'y a pas dans le monde chrétien une cour aussi zélée et aussi aoissante que celle de France l'a toujours été depuis le baptême de Clot^is jusqu'à présent pour la prospérité de la religion catholique et pour les avantages du Saint-Siège. )> Et Benoit XIV témoigne le plus grand respect pour le successeur de Clovis. Quand Choiseul lui remet une lettre de Louis XV, le pape en baise la signature avec toutes sortes de démonstrations d'amitié. (C'est, du reste, au même Benoît XIV que Besenval attribue le propos suivant tenu sans doute hors de la présence de l'ambassadeur : « Est-il besoin d'autre preuve de l'existence d'une Providence que de voir prospérer le royaume de France sous Louis XV * ! »)
Un jour vient cejDendant où le pape se sent le maître de la situation. En mai 1755, l'Assemblée du clergé de France s'est réunie à Paris sous la présidence du cardinal de La Rochefoucauld. Le pape n'a pas eu de peine ii deviner que cette assemblée sera inévitablement divisée et que le roi de France sera forcé d'appeler le Saint-Siège à son secours; aussi prie-t-il Choiseul d'avertir son souverain « qu'il serait à ses ordres si jamais il désirait quelque chose de lui ».
En effet, les évêques de France se séparent en deux camps, et demandent au pape d'intervenir. Alors le roi de France charoe son ambassadeur
1, Mémoires du baron de Beseni'al, édit. Barrière, p. 112.
XXIV ixrnODUCTioN.
de prier Benoît XIV de se prononcer sur le différend, et le Saint-Siège se trouve ainsi constitué arbitre de la querelle. A partir de ce moment, commence la véritable négociation. Il est inutile de la résumer ici : on lira les dépêches de Choiseul. Le rôle de l'ambassadeur était d'amener le Saint-Siège à donner une décision conforme aux vues du Roi. On verra comment il y réussit à demi, en dépit des lenteurs et des atermoiements de la cour pontificale et de la cour de Versailles. Il y mit de la patience et du tact, qualités d'autant plus nécessaires que Benoît XIV avait de terribles moments de colère. Dans la lettre du 31 août 1756, on trouvera le récit d'une scène violente qui eut lieu entre le pape et l'ambassadeur. IVIais, en réalité, la conversation fut ce jour-là encore plus mouvementée que Choiseul ne le raconta à son gouvernement, car Besenval rapporte que le pape se serait laissé aller à une grande indignation. Révolté des exigences de Choiseul, le Saint-Père aurait pris l'ambassadeur par le bras, et, le poussant dans son propre fauteuil, lui aurait crié : « Fa el papal (fais le pape!) ». A quoi Choiseul sentant qu'il avait été trop loin aurait répondu : « Non, Saint-Père , remplissons chacun notre charge : continuez à faire le pape, moi je ferai l'ambassadeur ' ». Cette entrevue orageuse fit o-rand bruit, et les oazettes en parlèrent.