‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 6 sur 89 · Mémoires du baron de IJesenrnt, édil. Barrière, p. lOfi · texte numérisé non relu

Mémoires du baron de IJesenrnt, édil. Barrière, p. lOfi

INTRODUCTION

Enfin, après avoir longiicuKMit voyagé de Rome à Versailles et de Versailles à Rome, la bulle sollicitée par Louis XV revint à Rome acceptée par la cour de France, et tout fut terminé, sans que, du reste, la papauté ait transigé sur d'autres questions (jue sur celles de pure forme.

11 était temps. Car, quelques jours plus tard, le pape tomba malade. On le crut même perdu : on lui administra rextrème-onction et on fit tous les préparatifs pour les cérémonies funèbres et pour raménagement du conclave. Ce fut alors que Choiseul transmit ii Benoît XIV la nouvelle du lit de justice tenu par le roi de France pour l'enregistrement des édits et de la déclaration relative à la bulle.

Lepaperevintàlasanté, etChoiseulqui, depuisque la négociation était terminée, brûlait de retourner à Paris, convoitant l'ambassade de Vienne, quitta Rome. Il partait sur une demi-victoire. Il serait pourtant injuste de méconnaître les brillantes qualités qu'il déploya dans sa négociation et les lieureux résultats qu'elle eut pour le bien du royaume. Le 11 aoiit 1756, Benoît XIV écrivait au cardinal de Tencin : « Le comte de Stainville... s'est toujours très bien comporté et est honnête et galant homme. Il a même montré beaucoup plus de capacité qu'on en attendait de lui. »

Telle qu'elle était, la bulle de Benoît XIV eut de grandes conséquences en France. Elle ne pouvait mettre fin aux disputes de la cour et du Parlement; car, dans cette querelle politique.

XXVI INTRODUCTION

les discussions religieuses n'étaient qu'un épisode. Mais elle ramena la paix et la concorde dans le clergé de France. Au premier abord, les intransigeants, à la tète desquels était l'archevêque de Paris, la trouvèrent trop modérée. Mais dans l'Assemblée du clergé de 1760, M. de Pressy, évêque de Boulogne, s'inspira de la bulle pour rédiger un savant rapport qui ramena, parmi les évèques de France, l'unité de vue et de conduite. « En suivant la route tracée par l'encyclique, disait M. de Pressy, on ne pèche ni par défaut, ni par excès; on n'est ni trop indulgent, ni trop rigide. On n'expose ni le plus auguste sacrement à une profanation scandaleuse, en le donnant à des réfractaires, ni des personnes auxquelles il ne doit pas être refusé publiquement à une diffamation injuste. »

Ce fut ainsi que l'encyclique de Benoît XIV, en réconciliant l'épiscopat français, porta un coup fatal au parti janséniste qui, dès lors, perdit toute importance dans l'Etat ^

1. En parcourant les lettres et les mémoires diplomatiques de Choiseul ambassadeur à Rome, on est amené à y rechercher son opinion sur l'ordre des jésuites que, ministre, il devait huit ans plus tard bannir du royaume. Des historiens ont même prétendu que, dès cette époque, Choiseul avait résolu et préparé l'abolition de la compagnie. Or, dans les documents que nous avons sous les yeux, il est une seule lois question des jésuites, c'est au cours d'un mémoire où Choiseul passe en revue les religieux réguliers dont l'influence à Rome mérite considération (Voir. p. 293 et suiv.). Il y trace les portraits de quelques jésuites mais ne dit pas un mot de la compagnie.

Besenval dans ses Mémoires rapporte, à la vérité, l'anecdolo

INTRODUCTION

Quelques jours avant son départ, Choiseul avait reçu la nouvelle de l'atlentat de Damiens, et il avait d'autant plus hâte de rentrer à la cour qu'il pouvait craindre que la position de madame de Pompadour ne lut menacée par la coterie des dévots.

Néanmoins, il s'arrêta quelques jours à Parme auprès de madame Infante et lui fit sa cour, afin qu'elle demandât au roi pour lui l'ambassade de Vienne. Ce séjour ;i Parme ne lui fut point inutile dans la suite. Puis il reprit la route de France.

suivante : Sur le point do quitter Paris pour se rendre à Rome, Choiseul soupailun soir chez le ministre des Affaires étrangères, Rouillé. Quelques jours auparavant, un jésuite, le P. Laugier, prêchant devant ie roi avait mis dans son sermon toutes sortes de traits contre les jansénistes, le parlement et les ministres; l'affaire avait fait scandale à la cour. Après le souper, Choiseul exprima l'opinion « qu'il fallait chasser le jésuite de Versailles et ne plus parler de sermons et de jansénistes. » (édit. Barrière, p. 115). La compag-nie de Jésus fut avertie du propos tenu par Choiseul et lorsqu'il vint à Rome, dit Besenval, son nom était enregistré sur « le livre de mort ». Le père le Gallic révéla à Choiseul les mauvais sentiments que l'Ordre nourrissait à son égard. Mais les jésuites n'en furent pas moins bien reçus à l'ambassade. A vrai dire, Choiseul, tout en leur faisant l'accueil le plus courtois, les tenait obstinément à l'écart de la négociation qu'il avait avec le Saint-Siège; il témoignait de grands égards à un certain théatin le père Pacciandi, homme de grand savoir qui passait pour détester les jésuites; enfin le confesseur de l'ambassadrice n'était pas un jésuite. Mais rien ne prouve que, dès cette époque, la destruction de l'ordre fut résolue ou même projetée dans l'esprit de Choiseul.

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