‹ Choiseul à Rome, 1754-1757Chapitre 7 sur 89 · XXVIII INTRODUCTION · texte numérisé non relu

XXVIII INTRODUCTION

C'était à Parme qu'il avait reçu de Bernis la lettre suivante :

20 janvier 1757.

Je vous crois à Panne, mon cher comte, et je prie M. de Rochechouart ' de vous rendre cette lettre. Le Roi a été assassiné, et la cour n'a vu dans cet affreux événement qu'un moment favorable de chasser notre amie. Toutes les intrigues ont été déployées auprès du confesseur. Il y a une tribu à la cour qui attend toujours l'extrême-onction pour tâcher d'augmenter son crédit. Pourquoi faut-il que la dévotion soit si séparée de la vertu? Notre amie ne peut plus scandaliser que les sots et les fripons. 11 est de notoriété publique que l'amitié depuis cinq ans a pris la place de la galanterie D'ailleurs, pourquoi vouloir diriger la conscience de personne, et pourquoi faire servir la religion de masque à l'intrigue, à l'ambition et à l'esprit de vengeance? que d'ingrats j'ai vus, mon cher comte, et combien notre siècle est corrompu! Il n'y a |)eutêtre jamais eu ])lus de vertu dans le monde, mais il y avait plus d'honneur. Vous trouverez l'Infante dans de bonnes dispositions pour notre amie, c'est à vous à l'y fortifier. Ses affaires, liées avec celle de Vienne, dépendent de la conservation de madame de Porapadour et l'alliance avec Vienne est tacitement contrariée par tout le monde ^.

1. M. de Rochechouart, évèquc dcLaon, allait remplacer Ghoiseul à Rome.

2. Mémoires et lettres de Fraitçois-Joacliim, de Pierre, cardinal de Bernis, publiées par M. Frédéric Masson ; t. II, p. 111. — On trouve dans cet ouvrage un chapitre très intéressant sur les affaires religieuses do France qui lurent l'objet de la n(''gociation de Cboiseul (t. ]". chap. x.xix .

A Versailles, il retrouva madame de Pompadour plus puissante ([ue jamais par le renvoi de Machaull et de d'Argenson. Il eut l'ambassade de Vienne. On sait la suite de sa fortune, jusqu'au jour où, en 1770, la Du Barry renversa le ministre qu'avait créé la Pompadour.

Les documents qui sont aujourd'hui publiés éclairent donc un très curieux chapitre de l'histoire religieuse du xviii*^ siècle. Ils mettent en lumière la figure d'un des papes les plus remarquables des temps modernes et, en même temps, celle d'un homme d'Etat ([ui, plus tard, devait gouverner la France. Enfin, si on les lit avec soin, on y découvre sans peine beaucoup de détads qui montrent combien peu ont changé depuis cent années les relation des États, et, en particulier, de la France avec le Saint-Siège. Il nous a paru superflu d'insister sur ces rapprochements.

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