‹ Choix d'entretiens et de lettresChapitre 20 sur 32 · SUR LA CIVILITÉ · texte numérisé non relu

SUR LA CIVILITÉ

Madame de Maintenon ayant eu la bonté de demander aux élèves sur quel sujet elles voulaient qu'on leur parlât, Mademoiselle de Bouloc la supplia de les instruire sur la civilité. Elle leur dit que la civilité consistait plus dans les actions que dans les paroles et les compliments, qu'il n'y avait sur cela qu'une règle à leur donner : — C'est rÉvangile, dit-elle, qui s'accommode fort bien avec les devoirs de la vie civile. Vous savez que Notre-Seigneur dit qu'il ne faut pas faire aux autres ce que nous ne voudrions pas que l'on nous fît : Voilà notre grande règle qui

n'exclut pas celle des bienséances en usage dans les pays où l'on se trouve. Pour ce qui regarde la société, je ferais consister la civilité à s'oublier soi-même pour s'occuper de ce qui convient aux autres ; à faire attention à tout ce qui peut les accommoder ou incommoder, pour faire l'un et éviter l'autre; à ne jamais parler de soi, à ne se point faire écouter i'»p longtemps, à beaucoup écouter les aïH/cs ; à ne point faire tomber la conversaion sur soi ou selon son goût, mais la laisser tourner naturellement selon celui des autres ; à s*éloigner quand on voit des personnes parler bas, à remercier pour le moindre service, à plus forte raison pour un grand. Vous ne pouvez mieux faire que de vous exercer à toutes ces bonnes manières entre vous, et d'en prendre tellement l'habitude qu'elles vous deviennent comme naturelles. Je vous assure que ces attentions et ces égards continuels que l'on a pour Les autres rendent bien aima-

blés dans La société, et ne coûtent guère aux personnes bien nées ou bien élevées ; vous avez pour la plupart ces deux avantages, mettez-les donc à profit, et vous serez bien dédommagées des premières contraintes qu'il faudra vous faire, d'abord par l'estime et l'amitié que ces manières pleines de déférence vous attireront. Croyez-moi, mes chères enfants, attachez-vous à être vraiment polies, et vous paraîtrez parfaites, en attendant que vous le soyez véritablement; car une personne polie ne montre jamais que de la douceur, sait réprimer son humeur de façon que l'on ne s'aperçoit ni de sa hauteur, ni de ses fantaisies et bizarreries si elle en a. Si vous voyiez les personnes du monde qui savent vivre, même les plus mondaines et les moins pieuses, vous les croiriez d'une vertu et d'une humilité parfaites ; il semble à les entendre et à les voir qu'elles se comptent pour rien, et qu'elles (ont un cas infini des personnes à qui elles

parlent, pendant que souvent elles ont au fond du cœur un souverain mépris pour elles. Je voudrais pour vous ces bonnes manières extérieures, et qu'étant aussi bien instruites que vous l'êtes, vous y ajoutassiez les sentiments intérieurs de charité et d'estime du prochain €t de bas sentiments de vous-mêmes comme rÉvangile vous Tordonne. N'est-il pas honteux pour nous que le seul usage du monde fasse faire extérieurement, par orgueil et par vanité, les mêmes choses que notre religion nous demande, en y ajoutant seulement des dispositions chrétiennes qui nous rendraient méritoires pour le ciel l'attention à ne rien faire qui déplaise à notre prochain, et que nous ne puissions pas gagner sur nous?

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