‹ Choix d'entretiens et de lettresChapitre 4 sur 32 · INSTRUCTION A DES ENFANTS LE JOUR, DE LEUR PREMIÈRE COMMUNION · texte numérisé non relu

INSTRUCTION A DES ENFANTS LE JOUR, DE LEUR PREMIÈRE COMMUNION

Je voulais, mes chères enfants, vous envoyer chercher hier, mais je n'en ai pas eu le temps; je vous prends aujourd'hui pour vous congratuler du bonheur que vous avez eu de communier ce matin, et voir si vous comprenez bien la grandeur de l'action que vous venez de faire. Et, s'adressant à Mademoiselle de Villers : Savez-vous, ma fille, lui dit-elle, ce que vous venez de recevoir en communiant? — Elle répondit que c'était Notre-Seigneur. — Oui, lui dit madame de- Maintenon, c'est son corps, son sang, son

âme et sa divinité. C'est une grâce au-dessus de tous les mérites imaginables ; ni les saints, ni les anges n'en sont dignes, et cependant Notre-Seigneur Jésus-Christ veut bien s'abaisser jusqu'à cet excès de bonté, de se donner à nous d'une manière si intime ; nous ne pouvons assez lui témoigner notre reconnaissance. Voilà que vous avez fait pour la première fois cette grande action ; on a pris tous les soins possibles pour vous y bien préparer ; mais comptez qu'il faudra toute votre vie y apporter les mêmes dispositions, autant de désir, d'amour et de ferveur que vous en avez eu en cette première fois, et plus vos communions seront fréquentes, plus il faut que toutes ces saintes dispositions croissent en vous. Souvenez-vous, mes chères enfants, de ne vous jamais familiariser avec les sacrements et de n'en approcher jamais, la centième et la milième fois, qu'avec un tremblement et le même respect que vous venez de faire.

Vous ne devez plus vous regarder comme des enfants depuis que vous avez communié ; votre conduite doit être à présent toute pieuse et raisonnable ; vous devez avoir grand soin de tenir votre conscience pure et exempte de tous péchés volontaires, quelque petits qu'ils puissent être. Que vous serez heureuses, mes chères enfants, à l'heure de votre mort, et même dans tout le cours de votre vie, si, à commencer d'aujourd'hui, votre conscience vous rend le témoignage que, depuis votre première communion, vous n'avez fait que des fautes d'inadvertance et pas une de volontaire! Vous paraîtriez devant Dieu avec une grande confiance et vous auriez sujet d'en être bien reçues.

Il y a trois choses que je vous recommande d'une manière particulière, persuadée que vous y ferez une grande attention en un jour comme celui-ci : C'est l'horreur du péché, la présence de Dieu et la docilité. Qu'entendez-

vous par l'horreur du péché, Parthenay ? — C'est, dit la demoiselle, avoir pour le péché plusque delà haine. — Fort bien, dit madame de Maintenon ; il est sûr que d'avoir quelque chose en horreur est encore plus que uc le haïr. Que fait-on ordinairement pour les choses que l'on a en horreur? — On les fi h le toutes ses forces. — Oui, dit madame de Maintenon, et voilà ce que nous devons faire à regard de tout ce qui est péché. Mes enfants^ haïssez-le et l'ayez en horreur toute votre vie. Je me souviens que quand madame la duchesse de Bourgogne, qui était à peu •près de votre âge, vint en France, elle paraissait indifférente pour toutes sortes de plaisirs, •et elle était de même pour les richesses et les honneurs dont il ne semblait pas qu'elle se souciât; mais quand je lui disais: il y aura du péché si vous faites cela ; elle reprenait avec une grande vivacité : il y aura du péché ? voilà qui est fait, je ne le ferai

point ; et j'avais le plaisir de lui voir toujours le même mouvement de vivacité, toutes les fois que je la faisais apercevoir qu'il pourrait y avoir du péché à quelque chose ; et quelque envie qu'elle eût de le vouloir faire, elle s'arrêtait tout court. Voilà comme je vous désire et que vous ajoutiez à cette heureuse disposition la présence de Dieu qui vous entretiendra infailliblement dans cette horreur du péché que je vous recommande.

— Monfalcon, savez-vous ce que c'est que la pratique de la présence de Dieu ? — Madame, dit la petite demoiselle, c'est de penser toujours à lui. — Nous serions infiniment heureuses, répondit Madame de Maint€non, si nous pouvions avoir le bonheur de penser toujours à Dieu sans aucune distraction, m.ais je ne vous en demande pas encore tant; cela pourra venir dans la suite; commencez seulement par offrir à Dieu, le matin tout ce que vous ferez dans la journée ;

élevez votre cœur vers Lui de temps en temps, par exemple, quand l'horloge sonne, et, si Toccasion se présente de faire quelque chose qui déplaise à Dieu, abstenez-vous, disant en vous-mêmes : Dieu me voit, cela me suffit pour ne le jamais faire. S'il vous arrive quelque bonheur ou quelque peine, recevez l'un ou l'autre comme de la main de Dieu, Lui rendant grâce de ce qui vous fait plaisir et vous soumettant humblement à ce qui vous tait de la peine^ sans murmurer, sachant qu'il ne nous peut rien arriver sans son ordre ou sans sa permission; c'est Lui qui ordonne tous les événements de la vie des hommes et qui veut qu'ils en fassent un bon usage, de quelque nature qu'ils soient. Vous le voyez bien, cette pratique n'est pas seulement pour le temps que vous avez à rester ici, mais je vO'js la recommande pour toute la suite de votre vie, et vous devez l'observer jusqu'au milieu du monde et même du plus grand

inonde, si vous y êtes engagées. Vous trouverez peut-être étrange que je vous parle de la présence de Dieu à votre âge ; je vous assure que vous ne pouvez commencer de trop bonne heure à vous accoutumer à regarder Dieu en tout, et à reconnaître sa main qui agit sur nous dans tous les différents événements de cette vie.

La troisième qualité que je souhaite à mes filles, c'est la docilité ; je voudrais bien savoir ce que vous entendez par la docilité ? — C'est, répondit Mademoiselle de Moléon, de bien obéir aux m.aîtresses. — Non-seulement aux maîtresses, mais encore plus à votre confesseur. Rien n'est d'un meilleur augure pour l'avenir que cette docilité à se laisser conduire, à embrasser le bien qui nous est recommandé ou inspiré. Et ne croyez pas que ce soit une vertu d'enfant ; cette docilité convient à tout âge , et je suis persuadée que Notre-Seigneur la recommandait à ses

Apôtres lorsqu'il leur disait : « Si vous ne « devenez comme des enfants^ vous n'en- « trerez pas dans le royaume de Dieu. » Ayez donc l'esprit et le cœur dociles à présent, et conservez cette docilité jusqu'à la mort.

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