CHAPITRE XVII
Par qiMU degré* il l’étail élevé â la connaUtanre de Dtea.
J'admirais de voir que je commençais â vous aimer, et non plus un fontôme au lieu de vous : mais je ne pouvais néanmoins joqiç continuellç-
ment de vous. Car comme, d’une part, l'amour de votre beauté m'enlevait pour m’unir à vous, je sentais aussitôt , de l'autre, que le poids de ma mistTe m'arrachait et me séparait de vous avec violcucc , pour nie faire retomber avec gémissement dans la bassesse d’où je tâchais de sortir.
Et ce poids n'était autre chose que les habitudes de mes passions chamelles.
Mais au moins je me souvenais toujours de vous, et je ne pouvais douter qu'il n'y eût une chose souverainement bonne à laquelle je devais m'attacher, quoique je visse bien pourtant que je n'étais |ias encore tel que je devais être pour m'y attacher, parce que le corps qui est corruptible ap|>esantit l'àme , et que celte maison de terre qui est si grossière et si pesante , accable l'esprit lorsqu'il veut s'élever dans ses pensées.
J'étais aussi très assuré que, depuis la création du moude , vos grandeurs invisibles , votre puissance étemelle et votre divinité souveraine ont été rendues intelligibles et comme visibles par l'ordre , la sagesse et la conduite qui reluisent dans l'établissement et la conservât ion de toutes les choses que vous avez faites. Et recherchant ce qui me fait discerner la beauté des corps tant célestes que terrestres , et quelle est la régie qui 1 est présente ù mon esprit lorsque je juge selon la vérité des choses qui sont sujettes au changement , et que je dis : ■ Cela doit être ainsi, et ceci doit être d'une autre sorte ;» je trouvai qu’audessus de mon esprit qui est sujet au changer ment, il y avait une vérité immuable qui est l'éteraité même.
Ainsi , allant par degrés, j’étais monté de la connaissance des corps à celle de l'âme sensitive, qui exerce ses hmclions par le moyen des organes corporels. De lâ je passai jusqu'à la puissance intérieure à laquelle les sens rapportent les objets extérieurs; ce qui est b borne de la connaissance des bêtes. Puis je m'élevai jusqu'à cette partie supérieure de l'âme de rhomme, qui par le raisonnement et le diseours juge de tout ce que les sens lui rapportent.
Cette partie la plus excellente de mon âme se I etmsidérant elle-même, et trouvant qu'elle n'é- I tait pas immuable, fit ûn effort pour s’élever jiisqu'â sa plus haute manière de concevoir et de connaître. Car laissant celle qui lui était ordinaire, elle ferma les yeux â cette multitude d'images et de fimtûmes qui b troublaient au-
paravant, afin qu’elle pût découvrir quelle est la lumière qui l'éclaire dans b connaissance du bien immuable , lorsqu'elle déebre avec assurance qu'il doit être prél¥ré.à celui qui est sqjet au changement. Ce qu'elle n'eùt jamais fait , si elle en eût eu quelque connaissance, et si elle n'eût espéré de parvenir par ce moyen jusqu'à cette vue de votre être , que l'esprit humain ne saurait envisager que par des regards trembbns et qui passent comme un éebir.
Ayant agi de cette sorte , mon Dién , je vit par la lumière de l'intelligence vos invisiUet beautés comme peintes dans celles des chose* visibles que vous avez tirées do néant ; mais je ne pus y arrêter la pointe de mon esprit : l'écbt de votre splendeur m'éblouit les yeux; et ainsi, étânt retisibé dans mes biblesses accoutumées, il ne me resta de ce que j’avais aperçu qu'un souvenir agréable qui m'avait bissé daus un très grand désir de goûter cette viande si délicieuse, dont je n'avais senti que l'odeur qui était excellente et m’avait ravi, mais dont je n'avais pu encore me rassasier et me nourrir.