CHAPITRE IV
Il <e rrliiT en U iiuieon drt champe <lc Vervconde. Dr* livm qu'il TU aior». Det tncNiTerntiM de piété reurallt en hiuuil Ire péMOM : et oomaK il ftil guin par miracle d*ua 0raud mal de dml».
KnAn le jour arriva auquel je quittai entièrement et par effet la profession d'enseigner la rhétorique, cnramejeravaisdéjà quittée en esprit, et qnc vous dégageâtes ma langue comme vous aviez déjà dégagé mon coHir. Ainsi , plein de joie, et vous bénissant, mon Dieu, je m'en allai AOassiaqiie avec ma mère et Alipc, et quelques autres de mes amis. On peut voir par les livres que j'y composai , ensuite des conférences que j'eus avec ces plus intimes de mes amis . et par ceoi que je fis dans les disputes que j'eus seul avec moinnème devant vous , à quoi j'employais la science qu'il vous a plu me donner, et que j'avais consacrée à votre service, mais qui se ressentait encore en quelque chose de la vanité de l'école, ainsi qu'il arrive à ceux qui après avoir couru long-temps m; laissent pas de haleter rncore, lors même (pi'ils sc reposent pour reprendre haleine. Et l'on peut voir par mes lettres cc que j'écrivis à Nébridc qui était absent. Je n'ai pas assez de loLsir |M>ur rapporter en iKirticulicr toutes h*,s insignes faveurs dont vrais me comblâtes alors ; et d'ailleurs je me hâte de pas.seT à des cfioses plus importantes.
Slon souvenir me rappelle à vous , mon Dieu , et CT m'est une consolation incroyable de pouvoir reconnaître en votre présence avec quels pertpns aiguillons vous pénétrâtes dans mon i
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otrur pour le dompter, de quelle sorte vuns abaissâtes les montagnes et aplanîtes les ooiliiies de mes pensées vaines et urgiieilleuset : vous adoucîtes ce qu'il y avait d'àpre et de rude en mon naturel ; et de quelle sorte vous assujettîtes Alipe, cet autre moi-méme, aous le joug de votre Fils unique, notre Sauveur, dont il ne pouvait souflrir auparavant que je mélasse le nom dans mes écrits, parce qu'il aimait mieux que mon style se sentit de l'élèvement des cèdres de la philosophie et de l'éloquence, lesquels votre main depuis a brisés en moi , que de l'IiumiKié et de la bassesse des herbes de l'Évangile et de l'Église qui sont salutaires aux âmes et mortelles aux serpens.
(Juels cris, poussais-je vers vous, mon Dieu, dans celle maison où je m'étais retiré .à la campagne, lorsque n'étant encore que novice en votre véritable et pur amour, et seulement catéchomène, je lisais avec Alipc, qui l'était aussi, les psaumes de ce roi-prophèle , res cantiques animés d'une foi vive, et ces chansons toutes saintes qui bannissent des âmes l'esprit d'orgueil et de vanité? Ma mère s'élail jointe à nous en cette retraite , avant dans un corps de femme une foi mâle et généreuse, une tranquillité et une paix d'esprit digne de son âge , une affection de mère et une piété vraiment chrétienne.
Quels cris, divje, ne poussais-je jioiot vers vous, mon Dieu, en lisant res psaumes? Combien me sentais-je brûler d'un ardent désir de les chanter s'il m'rùt été possible par toute la terre, afin rie confondre l'orgueil des hommes! Mais ne se ehantenl-ils pas par loule la terre , et y a-t-il un lieu dans l'univers qui ne sc senle de votre chaleur?
Dr quel mouvement d'indignation et deoolére n'élais-je point touché contre les Manichéens? Et d'autre part, quelle compassion n'avais-jc point d'eux , voyant qu'ils ifpiorairnt les mystères enfrrmès dans vos Écritures saintes; qu'ils ne connaissaient point ces remèdes de leurs plaies, et qu'ils rejetaient, avec une fureur de malades et de fWnétiqucs, l'antidote qui était capable de les guérir? J'eusse désiré qu'ils eussent été en quelque lieu auprès de moi sans que je susse ni qu'ils y fussent , ni qu’ils m’écouta.s.sent , et qu'ils eussent vu mon visage et entendu mes paroles lorsque je lisais le qiialriémo psaume de David dans la retraite où j'étais, afin
CONFRSSlüNS DE S\I\T
qu'il» fussent (('moins d(^ mnuvrmfn» qu'il pirita dans mon émp. Et j'eussp dt'sir# , je le répète , qu'aprfs que j'en eus lu ce premier verset :
• O Dieu , (pii ftes ma justice , vous m'avei esauce lorupie je vous ai invoqué , et vous m'avez fait respirer dans l'affliction, ayez pitié de moi,» Seij;neiir, ilsm'eusseni entendu sans que je susse ([u'ils m'entendissent, et sans avoir sujet de mûre que je dise il cause (fetix ce que je dis ensuite de ces iiaroles, étant (((•» véritaWe que je n'eusse pas dit les nunne» choses , ni en la même manii're si j'ensse cru être vu ou écouté d eus. Kt quand j'aurais dit les mêmes choses, il» ne les auraient pas reçue» de la métne sorte que s ils avaient vu que je parlai» seul et ii moi- même en votre présence, selon que j'y étais poiis.sé |(ar les plus sincères et les plu» tendre» affections de m(m cunir.
J'étais en même temps qlacé de crainte et enflammé d'espérance, et tout transporté de joie dans la vue de votre miséricorde et de votre bonté paternelle ; et tous ce» mouvemens intérieurs sortaient au dehors par mes pleurs et par nies soupirs, lorsque votre Saint-Esprit . en sadres-sant a nous , nousdit ces paroles : « Enftins des hommes, jusqu'à quand aurez-vous le cnor endurci ? Pourquoi aimez-vous la vanitéet cherchezvous le mensonge?» Car j'avais aimé la vanité, j'.ivais cherché 1e mensonge, et vous aviez d('j.à , Seigneur, glorifié votre saint en le rcs-suscitant des mort» et en le plaçant à votre droite, «Pafi il nous devait envoyer selon ses promes.se» le consolateur et l'esprit de vérité : et il l'avait déj.’i envoyé , mais je ne le .savais pas.
Il l'avait envoyé, parce que déjà il avait été glorifié en re».suscitant de» mort» et en montant dan» le ciel. Cir auparavant cela le Saint-Esprit n'avait pas encore été donné , parce que Jt'sii.s- Oirist n'avait pas encore été glorifié. Ainsi , le prophète crie; «Jusqu'à qnae.d aurez-vous le ctrur endurci ?PourqiM)i aimez-vous la vanité et cherchez-vous le mensonge? Sachez i|ue Dieu a glorifiêson saint. llcrie;«Jusqu'àquarid?»llcrie;
< Sachez. » Et moi sansquejesus.se, j'ai aimé longtemps la vanité et j'ai cherché le mensonge. C'est pourquoi je ne pouvais sans trembler entendre que ces paroles s'adressassent à cens qui wmt teisqne jeme souvenais avoir été si long-temps, pnis(]u'il n'y avait eu ipie vanité et que mensonge en CCS fentômes tpte j'avais pris pour la
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vérité. Et dans la douleur de mon souvenir , je dis plusieurs clioses avec tant de force et de véhémence, que je souhaiterai» qu'elles eussent été entendue» par ceux qui aiment encoec la vanité et qui cherchent le mensonge. Car peutêtre en auraient-ils été ftirtcmcnt touché», peutêtre auraient-ils vomi le poison qui les étouffé . et vous les auriez exaucés. Seigneur, lorsqu’ils vous auraient adressé leurs cri», parce que celui qui Implore votre mi.u'ricorde pour nous, est mort |K)ur nous d'une mort réelle et véritable.
Je lisais dans la suite de ce psaume ; «Mettezvous en colère et ne péchez jMiint. » Et de quelle sorte , mon Dieu , étaivje touché par ces parole» , ayant appris déjà par le mouvement de votre grâce à me mettre en colère contre moi-même , à cau.se de mes fiiutcs jvassées pour ne les commettre plu» à l'avenir? Et ma colère était juste, puisque ce n'était point une autre nature de la région des ténèbres qui péchait en moi, comme le disent ces iK'rétiqties qui ne se mettent point en coh'TC contre eox-même», et t|ui amassent de» trésor» de colère jiour le jour de votre colère, lorsque von» serez assis sur le Irène de votre jn-slice.
Déjà les biens que j'aimais n'étaient pin» extérieurs ; et les yeux de mon corps ne les cherchaienl jilus dans ce soleil matéTiel et sensible. Car ceux <|ui veulent cherclter hors d'cui-mèmes leurs cnnlentemens et leurs délices, se ré|)andent dans la recherche des choses visibles et tenqiorclle» ; et leur» esprits affamés ne font autre chose que s'en représenter les images et se repaître de ce» fantômes. Qu'ils seraient heureux s'ils pouvaient s'ennuyer de celle faim, et dire ensuite : • (lui nous montrera les biens vérilabh;»?« El que nous leur répondis-snm», et qu'il» reulcndi.s.sent :«|j lumière de votrevisage. Seigneur, est rt'pandue des.su» nous. Car nous ne sommes pas la Inmiêre qui illumine tout homme venant au monde; mais nous sommes illuminés par vous , afin qu'apri-s avoir été par nou.s-mèmes enfnns de ténèbres , nous devenions par vous en fans de lumière. >
O ! s'ils pouvaient voircetlclumièrc intérieure et éternelle dont je commeiuois à goflter la connais.sanrc, et que j'avais un d('plaisir sensible de ne leur pouv oir montrer, quant! même iis ni'eiis- .sent dit : «Qui m«i» inonlrem le» vTai» biens? • Parce qu'il leur est impossible de les connaître
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peiulant qu'ils sont (Moignc‘s de vous , et qu'il coDlinuent â s'attacher de telle sorte aux choses visibles, qu'ils semblent avoir mis tout leur cœur et tout leur esprit dans leurs yeux. Car dans ce secret de mon ime où je m'étais mis en colère contre moi-ménie, où j'avais été touché jusque dans le fond du castr, et où je vous avais offert un sacrifice , en détruisant d'une |>art mon ancienne corruption , et vous offrant de l'autre avec une sainte confiance en votre miséricorde, le coramcncenienl du renouvellement de mon àme, vousaviez commencé. Seigneur, ù me faire goûter vos douceurs et vos délices, et il me combler de joie. Ainsi je poussais des cris au dehors en lisant ces saintes paroles dont je ressentais l'effet au dedans , et je ne désirais plus m'enrichir de l'abondance des biens terrestres, en dévorant par un désir insatiable les choses sujettes au temps, et étant moi-méme dévoré par le temps, d'autant que je trouvais dans votre éternité très simple un autre froment , an autre vin, et une autre huile que ceux d'ici-bas.
Lorsque je lisais le verset suivant , je jetais un grand soupir du plus profond de mon cœur , et m'écriais : « Je serai en paix ; je serai en paix lorsque je serai en Dieu. Ce sera dans lui-méme que je prendrai mon sommeil et mon repos. sO hieoheureuses paroles I \ quoi j'ajoutais ; «Qui sera capable de nous résister lorsque cette autre parole sera accomplie : la mort a clé engloutie |>ar la victoire? Vous êtes. Seigneur, cet être admirable qui ne change point : en vous seul je trouve le repos qui fuit oublier tontes les peines, parce que nul autre n'est égal à vous, et qu'il .serait mutile d'acquérir tout ce qui n'rsl pas ce que vous êtes. Voila, Seigneur, le (undrment de la solide espérance dans laqnclle il vous a plu m'afferroir. »
Je lisais ainsi ce psaume avec ardeur, et j'riissc bien voulu pouvoir fiiire quelque clmse pour toucher les oreilles sourdes de ces morts , dont j'avais été l'un des pires lorsque je m'élevais avec une opiniâtreté et un aveuglement étranges, contre vos saintes Ecritures si pleines de la douceur d'un miel céleste et si éclatantes de votre lumière ; et je sécluis de douleur en pensant aux écrits contraires A res divins livres, lorsque je me souvenais de tout ce qui s'était passé en ces temps qne j'avais si iniililement employés.
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Mais je n'ai pas oublié et ne veux pas aussi passer sous silence la rigueur avec laquelle vous me châtiùtes, et la promptitude admirable de votre assistance que je sentis. Vous me tourmentiez alors par un mal de dents. Et quand il fut arrivé à un tel excès que je ne pouvais plus parler, il me vint en pensée d'avertir tous ceux de mes amis qui étaient présens de vous prier pour moi, mon Dieu, qui Mrs la source de toutes les grâces. Ce que j'écrivis sur des tablettes et leur donnai à lire. .Nous ne fûmes pas plutôt ù genoux pour commencer nos prières que ma douleur s'évanouit. Mais quelle douleur, mon Dieu , et comment s'évanouit-elle ? J'en fus épouvanté , je le confesse. Car je n'avais de ma vie riox éprouvé de semblable. Cet effet si miraculeux grava profundéroent dans mon cœur le pouvoir de votre divine volonté ; et ma foi m'en donnant de la joie, je louai votre saint nom. Mais celle fiji ne me permettait pas d'èlre sans inquiétude dans le souvenir de mes péchés, qui ne m'avaient, pas encore été remis par le saint baptême.