CHAPITRE IV
De U endote 4a Joceaieiit denier.
O Dieu des dieux ! quoique votre bonté surpasse l’excès de ma malice, vous ne garderez pas toqjonrs un tel silence. Ij tempête la plus violente fiit-elle jamais aussi terrible que sera poire second et dernier avènement? Vous paraîtrez un jour sur un trône tout de fieu , pour juger le ciel et la terre , pour séparer votre peuple de toutes les nations du monde. Tous les hommes, aussi bien que tous Ica anges , seront alors parfaitement instruits, non-seulemenl de mes paroles et de mes actions , mais encore de mes plus secrètes pensées. J’aurai pour juges dans ce dénôment de tant de vertus, tous ceux que je n’aurai pas eu le courage de suivre dans le bien que je leur ai vu faire. Je ne pourrai qu’être couvert de confusion de n’avoir pas su profiter de tant de bons exemples, qu’être convaincu par autant de témoins fiddesdel’excellenoedes avis quej’aurai méprisés, et de la sainteté des modèlesque je n’aurai point suivis. Que pourrai-je répondre, ô mon Dieu ! Il me semble que je suis dt^à présent à ce jugement si terrible. Ma oonscienre me tourmente sans cesse. Je trouve dans le fond de mon ccrur mille sujets de peines; l’avarice mt
MEDITATIONS DE SAINT AUGUSTIN
prcsw, rorgucil l'envie me oonsume,
U concupiscence m'enflamme, la sensaslitf m’amollil , l'iulempérance me dfshonore et m'abrutit , la mMisance me fiiit ternir la r^putaticm du prochain, l'ambition me porte à m'dever audessus des autres par des voies meme souvent ipjustes, la discorde me sollicite à troubler l'unioo et la paix , la colere me trouble , la léf^eretc me renverse, l'assoupissement m'accable , l'hypocrisie me porte i sMuire les autres, la prospérité m'enfle et me fait quelquefois blesser l'honneur d'autrui. 0 mon divin Sauveur, qui m'avei délivré de la fureur de mes ennemis, voili quels ont été tous les objets de mes désirs, dès ma naissance, et je ne les ai que trop suivis toute ma vie. Ils me condamnent mx-mémes présentement, et me confondent. Voili quels étaient les amis à qui je m'étais attaché, les maîtres i qui j'obéissais, les tyrans dont j'étais l'esclave, les seuls conseils que je suivais, les dloyens de Babylone avec qui j'ai passé la plus grande partie de ma vie, non-seulement dans la même ville , mais encore dans la même niais<m. Que je suis malheureux, à mon roi , 6 mon Dieu, de n’èlrc pas encore i la fin de mon pèlerinage ! Que je suis malheureux, ô ma divine lumière, d'avoir encore à demeurer avec les habitans de Cédar ! Si le saint prophète s'écrie que son pèlerinage est long , à combien plus forte raison pourrais-je m'écrier que le mien l'est bien davantage ! Nul homme vivant ne peut être juste à vos yeux ; mais, 6 mon Dieu , vous êtes mon unique appui ; mon espérance n'est point dans les enfons des hosamesjancund'eux ne sera juste, dèsquevous le jugerez sans aucune miséricorde. Si vous ne prévenez fimpiede vos grices toutes gratuites, il ne pourra jamais rentrer dans la justice, et encore moina mériter les récompenses étemelles. Je crois donc, ô mon Dieu , que vous seul pouvez me sauver, et que vous voulez bien attendre le temps que vous avez déterminé pour me convertir parfaitement. Vous êtes A mon coeur une forteresse invincible, d'ofl vous me fiiites entendre oes paroles si consolantes : « Nul ne peut venir è moi, que mon Père, qui m'a envoyé, ne 1 attire hn-mètne. s Puisque vous m'avez instruit par une si grande bonté, daignez donc attirrr a vous mon esprit et mon cœur. Quand pourrai-je respirer l'odeur de vos parfums, ô mon Dieu! Quand puumi-jr, é Père loul-piiissant, vous
contempler i jamais, et votre Fils Men-aimé, Tobjet de vos complaisances, et voire Saint-Esprit, notre unique consolalion!