‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 289 sur 684 · CHAPITRE XXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIV

n inToqor k* uioU.

Que vous êtes heureux , û saints de Dieu, qui êtes désormais passés de la mer orageuse de celte mortalité au port du repos étemel et de cette paix parfaite dont les plaisirs dureront à jamais ! Puissiez-vous donc , par cette charité si tendre dont vous êtes animés , vous inlércsaer pour noos; vous qui n'avez désormais rien â craindre pour vous, et qui jouissez d'une gloire immortelle, soyez touchés de nos misères infinies; nous vous le demandons, au nom de celui qui vous a choisis de toute éternité pour vous fiiirc jouir à jamais du bonheur de voir sans voile ses beautés ineffables et d'être même revêtus de son immortalité. Ne cessez point de penser â nous et de nous secourir par votre interccssioadansla mer orageuse de cette vie, où nous sommes incessamment exposés au naufrage , vous dont les vœux sont si pnissans, que vous êtes comme les portes de la Jérusalem céleste. Du suprême degré où vous êtes élevés, jetez les yeux sur noua qui ne sommes encore que comme des pierres informes et bien indignes d'entrer dans la structure de cette heureuse ville. Daigneznous tendre la main pour nous relever de nos langueurs, et nous aider â triompher de tous nos ennemis. Ne vous lassez |M>int d'intercéder

pour nous qu( sommes accabla du poids de tant de misères, de negligencrs, de p#cWs.Obleneztiinis la grâce d’avoir part quelque jour à voire i;l(iire toute sainte. Comment pourrions-nous de miiis-cnèmes mériter un si grand bonheur, nous qui de notre propre fonds ne .sommes que des iHimmes fragiles, destitués de tout pouvoir, asservis â une chair mortelle comme les plus vils .soi maux , et tellement asserv is qu'il ne nous reste presque plus de vestiges de la noblesse de notre origine. El quoique nonobstant notre misère, nous soyons assez heureux pour croire en Jésust '.lirist, pour confesser son nom, et pour nous voir porter sur sa croix même dans celte vaste mer du siècle , comme elle renferme dans son sein uneinflniléde reptiles, d'insectes, d'anim.iux de toute espèce, de toute grandeur, ce ilr.igon même si ftirieux, si cruel et toujours prêt à nous dévorer, et mille autres écueils encore; notre foi est si faible que nous nous trouvons souvent sur le point de faire naufrage. Priez doiK sans cesse pour nous, offrez sans cesse à Dieu vos veeux , vous tous, ù saints, qui composez ces heureux bataillons de la céleste Jérusalem, vous tous qui composez ces clicrurs infinis d’anges et d’esprits bienheureux; en sorte que par vos prières si frrvenics, et par tous vos mériiis; nous puissions voir heureusement notre vai.ssean, chargé des trésors précieux de toutes sortes de bonnes ceuvTcs, arriver jusqu'au port de ce repos et de celte paix qu’on est sûr de ne jamais perdre.

ClfAPlTRE XXV.

Il déur« le ciel «ter erdeur.

0 céleste Jénisalem notre mère commune , sainte ville de Dieu , ciiére épouse de Jésus- Qirist , je sens que mon cteur vous aime , et que mon esprit, clurmé de vos beautés incomparables, ne désire plus autre chose. Quel est ce roi de gloire que vous aimez autant que vous en êtes aimée? La blancheur la plus pure, le vermeil le plut vif, approchent-ils de la beauté de votre bien-aimé? C’est le plus parfait de tous les objets qui pourraient vous loucher. Ce qu’est le fruit le plus exquis entre tous les autres fruits, votre bien-aimé l’est entre tous les enfant des hommes. Quand aurai-je le plaisir de m'asseoir â l’ombre de ce bien-aimé , l’unique objet de mes désirs aussi bien que des vûlres.

SAINT AUGUSTIN

et de me nourrir de ses fruits si doux et si délicieux ? Votre bien-aimé n’a fait que me tendre la main , et mes entrailles ont tressailli de joie. Je l’ai cherché jour et nuit , et je l’ai enfin trouvé. Présentement que je possède ce roi de gloirr , je ne cesserai point de lui demander qu’il m'introduise dans son sanctuaire qui n'est autre que vous-même. Ce sera pour lors que je sucerai â longs traits le lait si doux de votre chaste sein , sans avoir besoin désormais d’aucune autre sorte de nourriture.

Que mou âme sera heureuse, et heureuse élrrneliemenl , û sainte et céleste cité , de pouvoir cimlempler votre gloire, votre bonheur, vos beautés innombrables, vos portes , vos murailles, vos places, vos diverses demeures, vos citoyens si nobles, enfin votre seul roi , votre seul Seigneur, votre seul Dieu et le nûtre, dont la puis.sance et la beauté sont inhniment audessus de toute intelligence ! Quelle est votre structure, ô céleste Jérusalem? Vos murs sont de pierres précieuses; vos portes, des perles les plus belles ; vos places , de l’or le plus pur : on y chante continuellement des cantiques d’une joie toute sainte ; vos diverses demeures ont pour ftmdement des pierres de saphir carrées, et sont couvertes de tuiles d’or : rien d’impur n’en approche. Que vos beautés sont merveilleuses , vos délices ineffables, 6 céleste Jérusalem notre mère commune 1 Rien de ce qu’on souffre dans cette misérable vie ne se rencontre en vous. Vous n’étes sujette ni i la nuit ni aux ténèbres, ni à nulle sorte de changement de temps : vous n’avez besoin ni d’astre qui voua édaire , ni de lune , ni d’aucune sorte de lumière étrangère : votre liunière n'est pas moins que la splendeur de la lumière étemelle , le soleil de justice , le Fils de Dieu , et qui est Dieu lui-méme. Cet agneau pur et sans tache, dont la lumière et la beauté sont infinies, est luiroéme votre lumière : l’éclat de ce roi de gloire, qui seul est le souverain bien , et que vous contemplez sans cesse , est le seul astre qui voua éclaire. Ce roi des rois est au milieu de vous , et ses enfàns autour de lui. C’est lâ que tous vos citoyens et tous les clKrars des anges chantent â jamais à sa gloire des liymnes et des cantiques. Cest lâ que se célèbre avec tant de dûlices et de magnificence l’heureux retour de ceux qui passent de ce triste exil dans rette cé-

Ifale patrif ; c'est U que sont passifs tous ce* prophètes animés de l’esprit de Dieu , cet heureux nombre d’apôtres qui doivent juger l’univers, ces batailluos innombrables de généreux martyrs qui en mourant ont triomphé de U mort même, celle muliiludc de saints qui ont confessé jusqu’à la mort le nom de Jésus- Christ, CCS véritables et parfaits solitaires, ces femmes vraiment saintes que la grâce a fait triompher des faux plaisirs du siècle et de la faiblesse de leur sexe, tant de jeunes gens de l'un et de l’autre sexe moins avancés en âge qu'en vertu ; en un mot , toutes les saintes âmes qui composent cet heureux troupeau d'agneaux et de liebis que Dieu a préservé des pièges des foux plaisirs de celle vif : ils ont tous de differentes demeures, de diffcmis degrés de gloire; mais ils jouissent tous, et jouiront â jamais à uu bonheur infini. Cesl IA que règne uniquement une entière et parfaite charité : Dieu y cal tout en tous. Ils le eonlemplent sans cesse ; et plus ils le contemplent sans cesse, plus ils se sentent embrasés d’amour pour ses ineffables beautés. Us l'aiment sans cesse , et sans cesse ils louent ce qu’ils aiment : leur seule et continuelle occupation est de le louer : c' est là ce qui fait uniquement leur souverain bonheur. Que je serai heureux , cl heureux à jamais , 6 céleste patrie, si je puis un jour, affranchi de cette prison mortelle , entendre les cantiques de celte divine harmonie que chantent à la gloire du roi de tous les siècles vos heureux citoyens , et tous les choeurs des saints et des plus sublimes intelligencrs ! Quel sera mon bonheur, de pouvoir même quelque jour, de concert avec eux, chanter les louanges de ce roi de gloire , le Dieu qui me gouverne, jouir de sa présence, conleoipler éternellement les splendeurs de sa gloire , comme il nous donne lieu de l’espérer par ces paroles si consolantes : «Mon père, je désire que ceux que vous m’avez donnés soient avec moi ; qu'ils contemplent la gloire dont vous m'avez comblé avant la création du monde. » Il dit encore dans un autre endroit : « Que quiconque me sert me suive; et partout où j’irai j'y mènerai mon serviteur. » Et dans un autre encore : « Mon père aimera quiconque m’aime; moi - même je raimerai et me ferai connaître à lui. »

SAINT AUGUSTIN

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