‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 294 sur 684 · CHAPITRE XXLV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXLV

Éaimrfralioo de quelque» incnellln de Dmi.

Qu'elle vous dise sans cesse, 0 souverain être des êtres : • Vous êtes tout-puissant, vous êtes la bonté même, la justice même. Quoique vous soyez invisible, vous ne laissez pas d'être présent partout. Votre puissance est infinie aussi bien que votre beauté , et vous êtes tuqjours le même. Vous êtes incompréhensible; nul ne saurait vous voir en cette vie, et vous voyez toutes choses. Vous ii'étes point sujet au diangement , et voua faites tous les changcinens qui se font dans l'univers. Vous êtes iminortel. .Nul espaça ne vous renferme. Vous êtes infini , ineffable,

MEDITATIONS DE SAINT ALGUSTIN

rl l'oo ne peut même rieu concevoir de digne de TOUS être comparé. Vos desseins sont impénétrables aussi bien que votre nature. Votre es.sence est immuable , et vous êtes le seul principe des mouvemens de la nature aussi bien que de la grâce. On ne peut jamais ni vous concevoir pirfaitement, ni parler de vous di0piement. Vous êtes un Dieu terrible; mais vous n'imprimez pas moins de respect et d'amour que de erainte et de terreur. Vos beautés si anciennes , puisqu'elles sont étemelles, ne laissent pas d'étre toujours nouvelles ; il n'appartient même qu'à vous de renouveler toutes clioses; et par des jugeraens secrets, mais justes, vous laissez vieillir les superbes dans leurs éipiremens , sans même qu'ils viennent jamais à s'en apercevoir. iHmique continuellement en action, vous n'en êtes pas moins dans un partit et continuel repios. Vous conservez toutes choses sans en avoir iK'SOin d'aucune. Vous soutenez toutes clioses sans en sentir le poids. Vous renfermez toutes choses, et rien ne vous renferme. Vous avez tout créé, vous prenez soin de tout, vous nourrissez tout ce qui vit ; tous vos ouvrages sont parfaits , et quoique rien ne puisse vous manquer, vous ne laissez rien perdre. Vous aimez , mais sans passion ; vous êtes jaloux , mais sans trouble ; vous vous repentez , mais sans regret ; vous vous mettez en colère, mais vous n'en êtes pas moins tranquille; vous changez vos ouvrages, mais jamais vos desseins. Quoique vous ne puissiez rien perdre, vous ne laissez pas de nous venir chen^er vous-même dans nos égaremens ; vous aimez à gagner, quoique vous possédiez tout ; .sans être avare , vous exigez du profit de vos dons ; quoique nous n'ayons rien , ni ne puissions rien avoir qui ne vous appartienne , vous voulez bien devoir tout ce qu'on vous donne. Vous vous acquittez sans rien devoir ; et même sans y rien perdre, vous remettez ce qui vous est dtl. Vous êtes le seul principe de vie de tout ce qu'il y a de vivant, le seul principe d'être de tout être créé; vous êtes partout tout entier : noua ne pouvons vous voir que des yeux de notre intelligence et de ceux de la foi ; ceux de notre corps ne peuvent atteindre jusqu'à vous. Quelque loin que vous soyez de l'esprit et du cu'ur des médians , vous n'en êtes pas moins partout ; dans lescmurs où voua n'êtes point par votre grâce , vous y êtes par votre justice. \ ous

imprimez dans chaque espèce de vos créatures un caractère essentiel qui la di.viiiiguc de toutes Ica autres; vous donnez aux unesl'élre, mais non pas la vie ni le sentiment ; â d'autres l'être, le sentiment et la vie, mais uon pas l'intelligmee; à d'autres enfin, non-seulement l'être, le sentiment et la vie, mais riiitrlligenccmême; rl quoique vous imprimiez tant de caractères â toutes ces differentes espèces de créatures , votre nature n'en est pas moins parfaitement simple. Vous êtes présent partout , sans paraître nulle part; vous êtes au dedans de nous-mêmes, et nous vous clirrchoos partout ailleurs, comment pourrions-nous vous trouver? Vous possédez toutes ciio.ses , vous les remplissez et les renfermez Inutes, vous les soutenez et les surpassez toutes infiniment, sans être rien d'éteudu ; on ne saurait dire que ce soit de quelque partie de votre substance que vous les soutenez ou les remplissez toutes, quelque infini que l'on supposât le reste de vous-même ; donc vous les surpasseriez en les contenant. Vous instruisez les oFurs de ceux qui ont confiance en vous, sans l'entremise d'aucune parole. Vous disposez toutes choses avec une douceur ineffable. Votre toute puissance s'étend partout. Nul espace ne vous renferme. Vous n'étes point sujet au temps. Comme vous êtes partout tout entier, on ne saurait dire ni que vous vous approchiez, ni que vous vous éloigniez de quoi que ce puisse être. Vous habitez un séjour de gloire et de lumière inaccessible, que nul homme n'a vu ni ne peut voir en cette vie. Quoique vous veilliez rontinuellemenl sur tout ce que vous renfermez dans le sein de votre miséricorde, vous n'en êtes pas moins , 6 mou Dieu , dans un partit repos. Vous seul .soutenez tontes choses; vous les remplissez et les potssédez tontes, rt rien n'a de beauté ni d'éclat que par vous. L'esprit humain ne saurait conervoir la profondeur immenae d'un tel mystère; l'élnqurnce la plus suhhme n'en sanrait dignement parler. Quand runiven serait plein des plus savans êcrils sur votre divine essence, ils n'en pourraient encore donner que de faibles idées et de bien imparfaites. Qui pourrait exprimer ce que vous êtes,

A mon Dieu, source inépuisable de lumière, divin soleil, dont les splendeurs sont étemelles? Votre grandeur est sans mesure, votre bonté siDS bornes. Vous êtes le seul véritable et soa-

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venin bien. Votre puisaance est absolue; en roua le vouloir et le faire ne sont que la meme chose. Pour crÉer l’univen vons n’avez eu qu’à le vouloir. Voua possédez toutes vos créatures sans en avoir besoin d’aucune. Vous en prenez soin vous-méme sans travail et sans peine , et sans être sujet à vons ennuyer du soin que vous en prenez. Rien ne peut troubler l’ordre de votre volonté sur elles, ni dans les plus faraudes rlHises, ni dans les plus petites. Vous êtes présent partout sans qu’on puisse dire de quelle inani^ vous y êtes. Vous n’étes point l’auteur du mal, et vous n'en pouvez fàire, quoique vous puis.siez tout. Vous n’étes point sujet à vous repentir de ce que vous faites. Rien ne peut troubler la paii de votre esprit. Votre royaume n’est renfrrmé dans aucune partie de l’univers. Vous êtes incapable de commander ou d'approuver la moindre apparence du mal. Loin d'élre sujet à l’erreor ou au mensonge, vous êtes la vérité étemelle. Vous ne nous avez faits que par votre bonté. Lorsque vous nous punissez, c’est par votre justice; et lorsque vous nous pardonnez, c’est par votre miséricorde. Le ciel, la terre, la lumière visible, en un mot, rien de sensible ne mérite d’étre adoré ; vous seul méritez de l’élre. Vous seul êtes véritablement ce que voua êtes , sans être sujet à changer : c’est vous seul que les Grecs et les Ijtins nomment ce/in' i/u< at; vous êtes toujours le même, et vos années ne pa.ssent point. >

Voilà ce que m’ap|irend notre sainte Église, notre mère commune, dont j’ai le bonheur d’être membre par votre sainte grâce. Elle m’a de plus appris que vous êtes le seul Dieu vivant et véritable; que vous n’êtrs rien de corporel, de passible ou de sensible; que votre substance est incorruptible, immuable, parfoilcment simple et parfaitement vraie; que nul ne vous a jamais vu des yeui du corps , ni ne peut jamais vous voir. Mais ce qui donne lieu de comprendre clairement que nous vous verrons, au moins après cette vie , c’est que les anges jouissent déjà de cette souveraine félicité, quoiqu’ils ne puissent toutefois vous voir tel que vous êtes : il n’appartient qu'à vous, A mon Dieu, de connaître paiAitement votre très sainte et toute-puissante Trinité.

SAINT AUGUSTIN. 250

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