‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 307 sur 684 · PAR BOÈCE. — LIVRE III · texte numérisé non relu

PAR BOÈCE. — LIVRE III

ili^iuités si vantées? le purgent-elles des vices iju’il a? y introduisent-elles les vertus qu’il n'a |>as? lyiin de rendre meilleurs ceux qui les possèdent, elles ne font que mettre leurs mauvaises qualités dans un plus grand jour. Aussi sommesnous pénétrés de la plus grande indignation de voir qu'elles sont presque toujours le partage lies iMuniucs 1rs plus mécliaus. C'est cequi porta Catulle II Faire de Nimius, tout sénateur qu'il était, la raillerie la plus piquante. Les dignités sont , dans le vrai , l'opprobre des inràlians. S'ils restaient earliés dans la Foule des |iarticuliers, leur indignité serait moins connue. Tui-méme, quelque péril qui le menaçât, lu n'as pu le résoudre è avoir Déeoratiis pour collègue dans la magistrature, parce que In le regardais comme un bouflàn plein de scélératesse, et comme un inFéme délateur. Qui peut en eFlél se figurer que les honneurs puissent rendre dignes de nos liomiiiages ceux que nous regardons comme indignes des honneurs? Au contraire, si nous voyous un sage , nous ne pouvons nous empêcher de le regarder comme digne de notre respect et de la faveur que lui Fait la .sagesse en venant liabiter avec lui ; car la vertu porte toujours avec elle un caractère de grandeur et de dignité qu'elle communique d'abord ü ceux qui la possèdent. Puisque donc les dignités ne peuvent opérer le même efFet, il est évident qu’elles n’ont point, eomme la vertu, ce caractère intrinsèque de noblesse et de grandeur. Au contraire, et c’est ce qu'il faut attentivement considérer , ces dignités du siècle rendent les médians plus méprisables encore; puisque, loin de leurattirer le respect des peuples, elles semblent ne les élever si haut que pour leur attirer plus de témoins de leur honte et de leur indignité. Mais si les honneurs leur font cette espère d'outrage , ils le lui rendent amplement , en les souillant de leurs vices, et en 1rs foisant méprisables comme eux. Pour mieux connaître encore que ces fantômes de grandeur ne peuvent procurer ô ceux qui les possèdent une vraie vénération, placez au milieu des nations barbares un homme qui ait été plusieurs fois décoré du consulat , ces nations en concevront-elles pour lui plus de respect? Cependant, si l'effot naturel des dignités était d'attirer la vénération, cet effet serait unifonne partout, comme l'est celui du feu qui fait sentir sa chalem' en quelque m-

droit qu'il soit. Mais comme cette idée de grandeur ne consiste que dans la Fausse opinion de certains peuples, elle s'évanouit et dispandt chez d'autres. Maisn'en cherehons point d'exemples hors de ton pro{>rc pays : les dignités qui y ont pris naissance y sont-elles étemelles? Qu’est-ce aujotmd'hui que la préfècture du prétoire? AutreFois c'élail une dignité distinguée: c'est maintenant une charge odieuse que cliarun fuit. Celui qui exerçait autreFuis la police sur les vivres était extrêmement considéré, aujourd'hui cette charge n'est rien. D'où viennent ces changemens? De l'opinion. Elle donne et ôte à son gré l'éclat cl la considération à ces magistratures qui , n'ayant par rlle-mèmeaucune fpandeur réelle, ne sont que ce qu'il lui plaît. .Si donc les dignités ne peuvent rendre respecta- Ut'S ceux qui les possèdent , si elles s'avili.s.sent entre les mains des pervers, si le temps flétrit leur éclat, enfin si l'opinion peut les dépouiller en un instant de toute leur gloire, quelle gloire peuvent-elles communiquer, puisqu'elles n'en ont aiicmic qui leur soit propre?

f'’.« La pourpre et le luxe du cruel .Néron ne le garantirent pas de la haine de l'univers, cet insensé qui déshonora le sénat par les méprisables magistrats i|uc sa méchanceté y introduisit. Et qui pourra penser que de telles dignités puis, sent rendre heureux , puisque le plus malheureux et le plus inFame des hommes en était l'arbitre et le dispensateur?

f'r. s Le trôuc et la Faveur de ceux qui y .sont assissont du moins des sources assurées de puis sancect de bonheur? J'en conviendrais peut-être si leur félicité était constante. Macs combien les annales du monde mnis fimi -elles voir de monarques tombés du fàlte des grandeurs dans un abîme de misères ! O la belle puissance que celle qui ne peut pas se conserver elle-même! Si la souveraineté était la source du bonheur, naiins elle aurait d'étendue , moins elle rendrait riiomme heureux. Or, quelque vaste que soit un empire, ses sujets ne sont encore qu'une bien petite partie de l'miivers. .Si donc le bonheur d'un monarque a les mêmes bornes que sa puissance, il fout que le malheur commence pour lui où finit son pouvoir , et conséquemment son malheur a bien plus d'étendue que sa prétendue félicité. Cette vérité était bien connne de ce ty- ' ran fameux qui , pour foire comprendre les dan-

;JÜ2 CONSOLATION DE

K rs auiqnds il <tait eipoaé, le« Kprésentait sous l'cuiblïme d'uu glaive suspendu par un fil auHlessus de sa lète. O la fiaible puissance que celle qui ne peut se garantir des agitations de l'inquiétude et de la crainte ! Ces honunes puissans chcrclient la tranquillité , ét ils ne peuvent se la procurer. Qu'ils nous vantent api^ cela leur prétendu pouvoir 1 Peut-on donner le titre de puissant à celui qui ne peut pas faire ce qu'il veut, à celui qui est contraint de se faire environner d'une (pu-de nombre use , q ui craint plus scs sujets qu'il ne s'en fait craindre, et dont la puissance dépend entièrement de ceux qui le servent? Que dirai-je après cela des fiivoris des rois? Toujours compagnons de l'infortune de leurs maîtres, ils sont toitjours les victimes de leurs caprices. Néron ne laissa à Sénèque, son précepteur et son favori, que le triste choix du genre de .sa mort. Antonin fit périr par le glaive de ses soldats, Papinien, qui avait eu longtemps le premier rang dans sa cour. Ils périrent l'un et l'autre au moment od ils renonçaient à toute leur puissance. Sénèque même , pour prix des immenses richesses qu'il s'offrait d'abandonner i Néron , ne demandait que la liberté de s'ensevelir dans une profonde solitude; mais tout leur fut inutile, et Us furent tous les deux eutrainés par le poids de leur malheureuse destinée. Et qu'est-ce donc que cette puissance qui est si dangereuse pour celui qui la possède, et si fatale à ceux mêmes qui cherchent à s'en débarrasser? Il n'y a de vrais amis que ceux que la vertu nous attache : ne comptons donc point sur ceux que la fortune nous fiiit. Infidèles comme elle , non-seulement ils nous abandonnent dans l'adversité, mais ils deviennent même nos ennemis; ennemis d'autant plus i craindre, qu'ils auront vécu avec nous dans une plus grande intimité.

^.oQueceluiqui veut être véritablement puissant, commence par régner sur lui-même; qu'il dompte sa colère , et ne soit point le vil esclave de ses passions. En effet, quand il étendrait son empire d'une extrémité de la terre à l'autre, pourrait-il se vanter d'être véritablement puissant, tant qu'il ne pourra pas chasser de son cteur les soucis dévorans?

/V.« Parlons maintenant de la gloire. Oh! que souvent elle est trompeuse et honteuse même ! et qu'un poète tragique a eu bien raison de s'é-

LA PHILOSOPHIE

crier : O gloire I par ton pouvoir magique, tu fais honorer des hommes bien méprisables |>ar eux-mêmes ! Combien, en effet, ne .sont illustres que dans la fausse opinion et par les injustes éloges du vulgaire! Eloges honteux! la raison les désavoue, et force ceux qui en sont l'indigne objet i rougir de leur propre gloire Mais je veux que cette gloire soit fondée .sur quelques mérites, qu'njoute4-elle au bonheur du sage qui ne le mesure pas sur la vaine opinion du vulgaire, mais sur le témoigage irréprochable de sa conscience? D'ailleurs, s'il est beau d’étendre au loin sa réputation, il est donc honteux de n'y avoir pas réussi : or, je l'ai déjà dit, il n’est pas possible que le nom d'un même homme soit en vénération i tous les peuples. Si c’est donc une gloire pour lui d'étre connu en quelques climats, c'est aussi pour lui une espèce de honte d’être inconnu dans tous les autres. Quel.cas enfin doit-on faire de l'estime du vulgaire? Elle n'est jamais l'effet d'un jugement réfléchi, et elle ne peut conséquemment être d'aucune durée. Que dirai-je de la noblesse? Ce n'est qu'une brillante chimère , dont l'éclat nous est alnolumeot étranger , puisque nous ne le devons pas à notre propre mérite, mais ù celui de nos ancêtres. Leur renommée n'est que pour eux ; la véritable illustration ne vient point ainsi du dehors. Je vois pourtant un avantage dans la noblesse héréditaire, c'est d'imposer à ceux qui s'en glorifient l'indispensable nécessité de ne point dégénérer de la vertu de leurs aieux.

f. lAureste, tous leshonimes naissent également nobles, puisqu’ils ont tous le même père, premier principe de toutes choses. C’est lui qui a doimé au soleil et à la lune la lumière différente dont ils brillent. Il a placé les hommes sur la terre, et les astres dans le ciel. Il a renfermé dans des corps mortels des âmes émanées du céleste séjour. Aiusi tous les liommcs out une origine illustre. Ne vantez plus votre naissance et vos aïeux ; remontez à votre premier principe , vous connaîtrez l'excellence de votre être, et vous verrez que le vice seul peut dégrader l’homme de la noblesse de son premier état.

Pr.a Que dirai-je maintenant des voluptés coi^ porelles?On ne les désire jamais sans inquiétude; on ne s'y li>Te jamais sans repentir. Les maladies et les douleurs les plus cruelles en sont tonjours le fruit funeste ; et quiconque voudra réfléchir ,

Page 1