‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 308 sur 684 · PAR BOÈCE. - LIVRE · texte numérisé non relu

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ronviendri qu'elles ont loqjours la fin la plus triste. Si ces voluptés grossières faisaient la félicité de rtiommc , elles feraient également celle des brutes, dont l'instinct tend tout entier au contentement de leurs appétits sensuels. Il semble pourtant que les agrémens et la fécondité d'une épouse procurent i l'homme une satisfàctimi honnête et raisonnable. Cependant quelqu’un a dit avec vérité , que la nature en donnant des enfàns aui pères, leur prépare souvent des bourreani. Tu sais mieux que personne ce qu'il en faut penser. L'expérience et ton état présent t'en ont assez instruit. Pour moi, je ne peux qu’applaudir à cette pensée d’Euripide : o N'avoir point d'enfansest un malheur heureux. »

f'. « La volupté, comme l'abeille, porte avec elle son aiguillon. A peine a-t-elle donné quelques gouttes de miel , la perfide s'envole et laisse un trait dont la blessure se fait sentir long-temps.

Pr. I II est certain que toutes ces clioses don t je viens de parler ne sont que des routes égarées , qui ne conduisent jamais à la félicité qu'elles promettent. D'ailleurs, quelles peines, quels embarras n’cntraîncnt-elles pas tonjours avec elles. Car enfin, mortels aveugles, que désirezvous? Les richesses? Mais vous ne les pouvez posséder qu'en en dépouillant ceux qui les possèdent maintenant. Les dignités? Mais vous serez obligé de fiiire le personnage de suppliant auprès de ceux qui les dispensent. Vous qui ne cherchez qu'à vous élever au-dessus des autres , vous serez contraint de vous abaisser honteusement devant eux. Voulez-vous acquérir une grande puissance? vous serez sans cesse exposé à mille embûches, à mille dangers. Recherchezvous la gloire? en courant après elle, vous perdrez votre repos et votre liberté. Une vie voluptueuse serait-elle l’objet de vos désirs? Eh! qui peut être assez insensé pour devenir volontairement le vil esclave de son corps? Que ceux qui s'enorgueillissent des qualités de ce corps méprisable , se fondent snr bien peu de chose ! L'homme le plus accompli ne le cède-t-il pas aux éléphans en grandeur, aux taureaux en fisrcc , aux tigres en vitesse?Contemplez la vaste étendue, la solidité et les rapides mouvemens des cieux , et vous mépriserez tous ces vils objets , indignes de votre admiration. Et qu’est-ce après tont que la beauté du corps? Moins brû-

lante que celle des fleurs, elle se flétrit plus vite qu'elles. Ah! si les hommes, s'écriait Aristote, avaient les yeux assez perçans pour pénétrer le fond des choses, que cet Alcibiade, qui leur parait si beau au dehors, leur paraîtrait mtérieurement hideux ! Si donc on fiiit quelque cas de votre beauté, ce n’est pas à l’excellence de votre nature que vous en êtes redevable, mais à la faiblesse des yeux qui vous regardent. Et pour comprendre enfin combien on a tort de tant estimer les qualités du corps , il suffit de considérer que pour détruire cette prétendue merveille, il ne faut qu’une fièvre de trois jours. Concluons de tout cela que toutes ces choses qui ne peuvent nous procurer ni tous les biens qu'elles nous promettent , ni tous ceux que nous pouvons désirer, ne sont point les toutes sûres par lesquelles les hommes peuvent parvenir à la félicité.

F. < Mortels infortunés ! dans quels égareniens tombe votre ignorance! Vous en savez assez, je l'avoue, pour ne point aller chercher l'or sur les arbres de vos forets , n i les perles sur les pampres de vos vignes ; vous n'ètes (»int assez stupides pour tendre sur les montagnes l'hamet^n perfide que vous préparez aux poissons ; ce n'est point sur les bancs de sable de la mer d'Ëtrurie que vous chassez les chevreuils timides ; vous savez dans quels antres prolunds la mer recèle les perles éclatantes et la pourpre vermeille ; vous savez sur quelles côtes se pèche chaque espèce de poisson; vous savez tant de choses, et le ciel a permis que vous ignoriez oû réside le vrai bien ! Aveugles que vous êtes , vous cherchez sur b terre ce qui est au-dessus des cieux ! Ames grossières ! pubsiez-vous eoiirir en forcenés après les Honneurs et les richesses, les acquérir ces faux biens avec des peines incroyables , et détrompés enfin , venir rendre hommage au bien suprême ! C'est tout le mal que je vous .souhaite.

Pr. s Je crois t'avoir suffisamment montré ce que c'est que le bnx bonheur. Si tu t'en crob assez instruit , il ne me reste plus qu'à te tbire connaître le véritable. » — o Je vois clairement , lui répondis-je, que ni les richesses ne peuvent fiiire que l'homme se suffise à lui-même , ni les couronnes le rendre véritablement puissant, ni les dignités véritablement respectable, ni la gloire véritablement illustre, ni les voluptés lui procurer unesatisbctkHi parfaite. > — •Kienn'est plus

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vrai , mon cIkt éli'vc ; mais en sais-lu la raison?« — « Jcl'enlrevois, lui dis-je; mais je vuussup|ilie de m'en iiislruire pleinement, o — «Cela vient , me dit-elle , de ce tpie l'homme divise ce qui est indivisible, et .snbstitue le faux à la place dn vrai , et ce qui n'est qu'imperfeetiou i ce qui est souverainentent pariait. Tu ne peux disconvenir (jue quiconque n'a besoin de rien ne soit assez puissant. » — « Non, sansdoutc. »— « Eli bien 1 se suffire à soi-m(me , et fire cfritablement puis.sant , est donc une seule et m(nie chose. Avanipins: cequi a ces deux qualités réunies te paralt-il méprisable? n'est-il pas digne au contraire de la vénération de tout le monde? ,Vjuutons donc celte qualité aux deux autres , et des trois ne Faisons qu'un seul et même tout. Te parallra-t-il suffisamment illustre? Ne conviendras-tu pas que ce qui se suffît à soi-inéme, ce qui est souverainement puissant et digne d’un souverain respect , n'a pas besoin d'emprunter une splendeur étrangère?» —«J'en conviens, sans doute.» — «Ces quatre qualités réunies ne sont-elles pas la source d'une joie parfaite? »— « J'en conviens encore ; car je ne vois pas que celui qui jouirait de tous ces avantages, p(it jamais avoir aucun sujet de tristesse. » Ces cinq choses donc ; n'avoir besoin de rien, être véritablement puissant , respectable , illustre et heureux, ne diffèrent que dans les expressions; car, dans le fond , ce n'est qu'une seule et même chose. Le malheur des homines v ient donc de ce qu'ils divisent ce qui est essenliclleincnt indivisible; ils courent seulement apres une portion de cette unité qui n'a point de parties; et ainsi ils ne parviennent ni à se procurer le tout , pu'isqu'ils ne le recherchent pas ; ni 1a portion qu'ils convoitent, puisqu’elle n'existe point $é|urémcn( du tout. Développons cette pensée. Celui qui ne court qu'après les richesses , qui n'aspire qu'j se délivrer de l'indigence, ne s'embarrasse point d'étre puissant et de dominer; il lui importe peu d'étre dan un état vil et obscur; il renonce même aux plus inuocens plaisirs , pour ne veiller qu'à la conserv at ion de son argent. Il n'est donc pas .suffisamment heureux, puisqu'il est sans pouvoir, sans joie et sans gloire. Celui au contraire qui ne cherche qu'j dominer, prodigue ses richesses et méprise les plaisirs. L’Iionueur et la gloire , destitués du pouvoir suprême, n'ont pour lui aucun appas; et dés lors, de combien de choses est-il dé-

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