CHAPITRE II
Gonbéen l’haUltMle a de for«e pour ensmdrtr k tW, cl i’fsdiuriMenNsit du omir.
Ne vous assurez pas trop, s'il vous plaît, sur les bons sentimens dans lesquels vtms pouvez vous trouver à présent : il n'est rien de si bien établi dans le cour humain , qui ne t'évanouisse avec le temps. Il se foit ordinairement un calus a l'entour d'une vieille plaie qni a été négligée, qui la rend d'autant plus incurable qu'elle devient insensible. Enfin, une douleur aigué et continuelle ne peut pat être de longue durée, parce que si elle n'est pas apaisée d'un autre côté, il fout nécessairement qu’elle cesse d'elleméme; si bien qu'en peu de trmps, ou elle recevra du soulagement par les remèdes , ou elle deviendra insensible par la continuité.
En effet , qu’est-ce que l'habitude ne détruit point? qu’est-ce que l'assiduité n'endurcit point? qu’cst-ce qui peut résisler i l'usage continuel? Combien de personnes ont-elles éprouvé que des choses pour lesquelles elles avaient aucommencement une extrême aversion à cause de leur amertume, leur sont devenues très douces avec le temps, par le fréquent usage quelles en ont foit ! Écoutez un juste qui se plaint de ce malheur ; «Les choses, dit-il, auxquelles j'avais horreur de toucher auparavant, sont devenues ma nourriture ordinaire dans l'extrémité oô je suis. • En effet , une chose d'abord vous semblera insupportable; puis si vous vous y aceoutumez, vous ne la trouverez plus si pesante; peu après elle vous paraîtra lég^; ensuite vous ne la sentirez plus du tout , jusque-là même qu'à la fin elle vous deviendra agréable et vous don- . nera du plaisir. Ainsi on tombe peu à peu dans l'endnrcWment du ccrar, et de celui-ci dans l'aversion de la vertu. Et voilà cette grande et continuelle douleur, qui doit bientôt finir, comme j'ai dit ci-dessus , ou par la guérison , ou par l'insensibilité.
Certainement c’est ce qni m’a toujours foit
PAR SAINT BERNARD. - LIVRE l. 333
craindre pour vons , et que je crains encore qui ne vous arrive , qœ pour avoir trop différé les remèdes, et ne sentant plus votre mal, ou ne le pouvant pas supporter davantage, vous ne vous rngagies tout-à-âit dans le danger par désespoir, sans vous en pouvoir jamais retirer. Je crains, dis-je, que ne croyant pas facilement venir S bout de tant d'occupations qui sont excessives, vous ne vous y endurcissiez par accoutumance, et qne sans y penser, vous ne vous priviez vous^néme du sentiment d'une douleur aussi juste qu'elle vous serait utile. Ah I que vuus agiriez avec bieu plus de prudence , de vous «1 retirer au moins pour quelque temps , plntét qne de souflKr qu'elles vous entraînent et vous emmènent peu à peu où vous œ voudriez pas aller ! Vous me demandez où elles pourraient vous entraîner; je le dis hardiment, i l'eodorcissement du orur. Mais ne demandez pas davantage quel est ce emur endurci; car si vous ne l'appréhendez pas extrêmement , je dirais qne c'est le vôtre. Il n'y a que le cœur endurci qui n'a pas horreur de lui-même, parce qu'il est devenu insensible. Ne vous arrêtez pas seulement à ce que je vous en dis; dcmandez-le i Pharaon, et vous apprendrez que jamais personne qui ait été dans cet état d'cudurcissenieut n'a fhit son salut, si ce n'est peut-être celui auquel, suivant la remarque d'un prophète, «Dieu, par sa miséricorde , a ôté le cœur de pierre qu'il avait , pour lui en donner un de chair. »
Mais encore qu'est-ce qu'iin cœur endurci? Cest celui qui n'est ni touché par la componction, ni attendri par la piété, ni ému par lea prières ; celui qui ne se rend point aux menaces, et qui s'endurcit par les cbàtimens : il est méconna'issant des bienfàiU qu'il a reçus, perfide dans les conseils qu'il donne, cruel dans les jugemens qu'il prononce, effronté dans la désliooneteté, intrépide dans les périls, inhumain dans les dioses humaines, et téméraire dans les divines. Il a mis en oubli tout le passé, il ne se soucie pas du présent, et n'a point de prévoyance pour l'avenir. C’est celui qui ne se souvient, entre toutes les clioaes passées, que des seules injuresqu'on lui a faites, qui ne tire aucun profit des présentes , et qui ne prévoit les futures que pour mieux se pn'parer à la vengeance. Et , pour comprendre en peu de mots toutes les mauvaises qualités de ert horrible monstre.
c'est celui qui n'a ni crainte de Dieu ni respect pour les hommes. Voilà où ces maudites occupations vous pourront entraîner, si voua cootinuez, comme vous avez commencé, de vous y donner tout entier, en sorte que vous ne réserviez rien de vous pour vous-même. Croyezmoi, c'est perdre tout votre temps, et s'il m'est permis de hire l'ofBce d'un autre Jéthro à votre égard, je dis que vous vous consumez vous-m<me par un travail inutile dansceschoses qui ne sont qu'afHictioa d’esprit, qu'^isement de l'àme, et qu'un entier anéantissement de la grâce. Enfin, pour bien nommer tous les fruits de ces grands travaux, ce ne sont proprement que de véritables toiles d’araignées tendues pour attraper des moudies.