CHAPITRE Mil
Qoe l'union et l'evretleaip harmouir dn quaire vcriui priaripalM virni àe la pi^l^ et de U ronaidéralion.
C'est encore ici où vous (louvez remarquer l'agréable concert et l'union des vertus, avec la dépendance qu'elles ont les unes des autres, comme vous voyez en ce lieu, que la prudence est vraiment la mère de la force, et que Tentreprise qui n'a point été formée parla prudence, n'est pas tant un acte de force que de témérité. C'est elle aussi qui , tenant le milieu comme juge entre la volupté et la nécessité, leur prescrit certaines bornes qu’elles ne doivent point passer, donnant i celle-ci ce qui lui peut suffire, et ôtant à cclie-là ce qui serait excessif, et ainsi formant de toutes les deux une troisième vertu , qu’on appelle tempérance. Car c’est cette même con.sidéralion qui condamne é|;alement d'intem- (lérance celui qui se retranche les choses nécessaires avec olwtinatiim, et celui qui prend les
338 TnAITE ÜE LA CONSIDÉRATION.
«upcrflua avec exota. La tempcratice donc ne conaistc pas aeulemenl à retrancher ce qui est superflu , mais aussi i prendre ce qui est nécessaire. Et saint Paul n’est pas seulement le fouleur de cette opinion, il en est l'auteur même, lorsqu'il enseifpie que le soin que nous devons à notre corps ne s'accomplit point par les désirs déréglés; car en parlant du soin de la chair, qui ne s'accomplit point , il marque le retranchement du superflu , et lyoulant que ce n’est point par < les désirs déréglés >, il ne veut pas qu’on manque au nécessaire. C’est pourquoi il me semble que ce n'est pas une mauvaise déftnition de la tempérance, de dire qu'elle ne va ni audessus ni au-dessous de la nécessité, suivant cet axiome du philosophe , t rien de trop. » Quant à la justice qui est aussi l'unedea quatre vertus, il est constant que l'ame doit être prévenue de la considération, afin de la former en elle. Car il font premièrement qu'elle se réfléchisse sur elle-même pour tirer de son propre fonds la règle de la justice, en ne foisant point à autrui ce qu’elle ne voudrait pas qu'on lui fit, et ne lui refusant pas aussi ce qu’elle souhaiterait qu'on lui donnât. Et c'est en ces deux points que consiste toute la conduite de la justice. Or cette vertu ne se trouve jamaisseule; etjevons prie de considérer ici avec moi la belle union de cette vertu avec la tempérance, et la liaison de ces deux vertus avec la prudence et la force dont nous venons de parler. Car, comme c'est une partie de la justice, de ne pas foire â autrui ce qu'on ne voudrait pas qu’on nous fit, et que le point de sa perfection est , comme dit notre .Seigneur, tde foire aux autres ce que nous voudrions qu'ils nous fissent», œs deux choses ne pourraient jamais être, si la volonté qui doit donner toute la forme aux vertus n'était si bien réglée en elle-même qu'elle ne voulût rien de superflu , ni ne rejetât aussi 1e nécessaire par scrupule, ce qui est le propre de la tempérance. Enfin c'est la tempérance qui donne la mesure â la justice pour être juste, suivant la parole du sage qui dit : » Ne soyez pas trop juste. » Montrant par-lâ que la justice n'est pas bien ordonnée, si elle n'est retenue par le réglement de la tempérance. Bien plut, la sagesse même ne refuse pas de suivTe cet ordre de la tempérance, selon le sentiment de saint Paul, lequel, conformément à la sagesse qu'il avait reçue de Dieu ,
dit : iqu’on ne doit pas être plus sage qu'il ne fout, mais qu'il font être sage arec sobriété.» D'ailleurs noire Seigneur nous foit voir la nécessité que la tempérance a de la justice, lorsqu'il blâme dans l'Evangile la tempérance de ceux qui s’abstenaient de manger afin de paraître grands jeûneurs devant les hommes. Il est vrai qu'on remarquait de la tempérance dans leurs repas; mais il n'y avait point de justice dans leurs pensées, parce qu'ils avaient dessein de plaire aux hommes plutôt qu'â Dieu. Mais aussi, comment l'une et l'autre de ces vertus pourrait elle subsister sans la force , puisque ce n'est pas un effet d'une force médiocre, de retenir sa volonté dans les bornes du trop et du trop peu; en sorte qu'elle se contente de cette médiocrité mitoyenne, toute nue, toute pure, toute seule, toujours la même et partout égale â elle-même, comme étant également limitée de tous côtés , et dans laquelle seule se rencontre la vertu.
Dites-moi , je vous prie , si vous le pouvez, â laquelle de ces trois vertus pensez-vous qu'il faille attribuer ce juste milieu , qui les termine si bien toutes, qu'il semble appartenir à chacune en particulier. Ne croiriez-vous pas qu'il est la vertu même , et rien autre chose? Mais si cela était ainsi, il n’y aurait pas plusieurs vertus, et toutes n’en foraient qu'une. Ou bien plutôt , comme il n'y a point de vertu sans ce milieu , ne fout-il pas dire qu'il est en quelque façon l'unique force , et comme la moelle et le soutien intérieur de toutes les vertus, qui les unit tellement par ensemble, qu'elles ne paraissent plus qu'une même vertu ; vu principalement qu'elles ne sont pas liées entre elles, en jouissant toutes seulement de quelqu'une de scs parties; mais que chacune en particulier le possède tout entier et sans division? Par exemple, qu'y a-t-il de plus propre â la justice que ce milieu , qu’elle doit tenir en toutes choses? Car si elle ne le garde pas en quelque rencontre, il est certain qu'elle ne rendra pas â un chacun ce qui lui appartient , qui est pourtant ce qu'elle doit taire. Quoi de plus essentiel à la tempérance, qui ne tire tout son être et son nom de tempérance, que de ce qu'elle ne souffre rien d'excessif et d'immodéré? Mais je crois qüe vous avouerez aussi, qu'il n'appartient pas moins â la farte, puisque c'est elle principalement qui le conserve par sa vertu . et le retire en son entier du
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PAR SAIM’ BERÎSAR*. — LIVRE I.
milieu des vires, qui font leurs eflürts de tous cAtés pour l'étouffor, et qui le maintient fortement comme le solide fondement du liien et le siège de la vertu. Il est donc vrai que c'est le propre de la justice, de la tempérance et de la force, de tenir le milieu en toutes choses; mais prenez garde qu'elles ne soient diWrcntes entre elles , en ce que l’amour et la recherche de ce juste milieu appartient proprement A la justice, l'efficacité et l’ciécutlon A la force, et la jouissance et l'usage à la tempérance. Reste maintenant à faire voir que la prudence n'est point exclue de cette communauté.
En effet , n'est-ce pas elle qui est la première A trouver et A découvrir ce milieu , lequel était délaissé depuis long-temps par la négligence de Tesprit, et qui était renfermé comme dans un cachot, par l’envie que lui portent les vices, et en quelque feçon enseveli dans les ténèbres de l'oubli ? Et c'est de lA que je vous dis , qne peu de personnes le découvrent ; parce que la prudence appartient A très peu de personnes. I j justice donc cherche ce juste milieu , la prudence le trouve, la force le maintient, et la tempérance le possède. Ce n'est pas mon dessein de traiter ici des vertus; mais ce que j'en dis en passant, est seulement pour vous exhorter A la pratique de la considération, par le moyen de laquelle on découvre ces vérités et plusieurs autres semblables. Et de vrai , n'est-ce pas perdre absolument tout le temps de votre vie , que de n'en pas employer la moindre partie dans un exercice si pieux et si utile?