‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 329 sur 684 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Quel doil ttrr l’cxerticr de* priocvi dv l’f sliir.

Véritahlemenl je ne puis dissimuler que je ne sois devenu plus grand que je n’étais; mais je dois considérer en toute manière 1 quel dessein j’ai été élevé de la sorte. Car je ne crois pas que ce soit pour avoir la domination sur les autres , puisque le prophète ayant été élevé de la même fat.'on, entendit ces paroles qu'on lui disait : a Cest aRn que tu arraches et que tu détruises, que tu ruiues et que tu dissipes, que tu bâtisses et que tu plantes. > Qu'y a-t-il en cela qui ressente le faste et la pompe ? On s'est ici voulu servir expressément de l'exemple d'un paysan qui travaille 1 la sueur de son front, aAn de mieux exprimer Texrrsice du travail spirituel. Et parlant, pour avoir un juste senlimenl

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de cet état d'élévation , il fiiot que je pense qne c’est une obligation de servir les autres qui m'a été imposée , plutôt qu'un droit d'empire et de domination qui m’ait été donné. Je ne suis pas plus grand que le prophète, et quand je pourrais entrer en comparaison avec lui dans l’égalité de la puissance, il n’y aurait nulle comparaison pour les mérites. » Ce sont U, tris saint père , les sages réfleiions que vous devei &ire et les instructions que vous devez prendre pour voas-même. Croyez, si vous voulez, que vous êtes autant que l’un des prophètes, n’est-ce pas assez pour vous? Oui certes, et peut-être trop; mais c’est par la grâce de Dieu que vous êtes ce que vous êtes. Je vcui donc que vous soyez autant qu’un prophète. Mais quoi ! êtes-vous plus que prophète ? Si vous êtes bien avisé, vous vous contentcrezdela mesure que Dieu vous a donnée, autrement ce qui serait de plus tiendrait de la qualité du mal. Apprenez, par l’exemple du prophète, que vous êtes élevé au-dessus des autres , non pas tant pour exercer la domination sur eux que pour exécuter ce qu’il faut dans le temps. Sachez que vous avez plus besoin d’un hoyau que d’un sceptre pour accomplir l’oruvre du prophète, puisqu’il ne fiit pas élevé pour régner mais pour arracher le mauvais grain. Pensez-vous que voua ne trouverez point i travailler dans le champ de votre maître? Oui sans doute , et beaucoup ; car les prophètes ne l’ont pu nettoyer entièrement ; ils ont encore lais.sé de l’ouvrage J feire aux apôtres leurs enfims, et les apôtres è vous qui êtes leur fils. Et ne croyez lus que vous puissiez tout achever vous-mème ; vous en lai.sscrez une partie à votre successeur, et celui-ci aux autres qui viendront après lui, et ceux-ci enoure aux derniers josqn’4 la consommation des siècles.

Enfin sur les onze heures on trouve des ouvriers qui ne font rien; on leur reproche leur oisiveté et on les envoie travailler i la vigne, les apôtres qui vous ont devancé ont oui qu’on leur disait, c qne la moisson était abondante, mais qu’il y avait peu d’ouvriers. » Il faut que vous preniez l’héritage de vos pères , puisque si vous êtes fils, vous êtes naturellement héritier. MaU pour foire voir que voue êtes waimeut leur héritier, veillez avec grand soin et n* demeurez pas dans l’oisiveté , de peur qu'on ne vous dise , comme i ceux de l’Évangile : • PourqtHM dcinctirez-vous tout le jour sans rien foire.^p

Mais i plus forte raison devez-vous prendre garde qu’on ne vous trouve pas datu les délices ni dans les pompes du siècle . puisque le testament de votre père ne vous ordonne rien de tout cela. Mais que porte-t-il ? Si vous vous conteniez de sa disposition, vous hériterez des soins et do travail plutôt que de la gloire et des richesses. Vous flattez-vous de l’élévation de votre trône? c’est une éminence pour découvrir de loin tout ce qui se passe , et le nom d’évèque ne vous marque point tant l’autorité de la domination que le travail de votre charge. 11 est bien juste que vous soyez placé dans une si haute élévation d’où vous puissiez voir toute chose , puisque vous êtes établi pour veiller et prendre garde 4 tout. Et de vrai , cette vue générale que root devez avoir sur tout le inonde, vous engage bien plus au travail qu’au repos. Quel plaisir pouvezvous avoir en un lieu où il ne vous est pas permis de vous reposer? Et quel repos pouvez-vous prendre lorsque vous êtes incessamment pressé par les soins continuels de tonies les Églises? Aussi l’apôtre saint Pierre ne vous a laissé antre héritage que celni-14. • Je voua donne , dit-il , ce que je possède. > Et qu’est eda? Je sais bien que ce n'est ni or ni argent, puisqu'il dit luimême, «je n'ai ni or ni argent : > que s’il arrive pourtant que vous en ptwsédiez , vous pouvez vous en servir selon U néerssitédu temps, mais non pas selon votre fontaisie. Ainsi vous en userez comme si vous n’en usiez pas. Il est certain que l’or et l’argent ne sont ni bons ni mauvais 4 l’égard du bien de l’4me; l'usage en est bon , l’abus en est mauvais : le trop grand soin est encore pire; mais l’ardeur et l’avidité d'en avoir esttout-4-foit iofome. Vous pourrez bien trouver quelque prétexte pour en amasser ; mais vous ne tirerez |nint votre droit de l’apôtre , puisqu’il n’a pu vous donner ce qu’il n’avait pas. Il vous a donné ce qu'il avait , c'est-à-dire l'empressement et le soin de toutes les églises; non point la domination , puisqu’il dit en termes fbrmeia : a Mous ne prétendons point avoir la domination sur le clergé; mais nous sommes établis pour être le modèle du troupeau.» Et afin que vous ne pensiez pas qne cela ait été dit par humilité plutôt que par vérité, la voix du Seigneur se foit entendre dans l’ÊvaugUe en cette sorte : « Les rois des nationales traitent avec empire, et ceux qn! en ont le gouvernement sont appelés bienfoi-

Digüiz. - -''''glp

rUAITÉ DE LA CONSIDÉRATION,

teun. > Et il conclut , c mais il o'cn est pas de mtaie parmi vous. > D'oA l'on voit manifestaiieot que la domination est absolumeiU interdite anx apAtres.

Allez donc maintenant, et soyez assez hardi pour joindre la domination avec l'apostolat, ou l'apostolat avec la domination. Certes l'un et l'autre vous est détendu; et si vous les voulez posséder toos deux ensemble, vous serez privé de tons les deux. Autrement ne croyez point que vous soyez excepté du nombre de ceux desquels Dieu se plaint par son prophète : a Ils ont réfpié, mais non pas de ma part; ils ont commandé, mais je ne les ai point approuvés». Que si vous voulez régner de la sorte , vous aurez de la gbire, mai» nmi pas devant Dieu. Voilà ce qui est défendu; voyons à présent ce qui est ordonné. «Que celui, dit notre Seigneur, qui est le plus grand parmi vous, des’ieone comme le plus petit ; et celui qui préside, comme celui qui sert. » Voilà la règle qui est prescrite aux a|ûures ; la domination leur est défendue et le service leur est ordonné ; ce qui leur est confirmé par l'exemple du législateur quand il dit ensuite : « Et moi je suis au milieu de vous, comme celui qui rend service aux autres. » Qui ne s'estimera glorieux dorénavant de porter la qualité que le Seigneur delà gloire a honorée le premier en sa personne? Cest avec raison que saint Paul s'en glorifie en ces termes: «Sont-ils ministres de Jésus-Christ? Je le suis aussi. » El il ajoute : « Je parle comme n'étant pas sage , je le suis plus qu'eux : j'ai souffert plus de travaux , j'ai été plus souvent dans les prisons, j'al reçu plus de coups, et me suis trouvé presque toujours dans les dangers de la mort. > O l'excellent service ! service mille fois plus glorieux que toutes les prineipantés du monde. Si donc vous voulez vous glorifier , voilà la règle des saints qui vous est preserile, et la gloire des apOtres qui vous est proposée. La croyez-vous si peu honorable? Ah! plAt à Dieu qpe je fiisae semblable aux saints dans ce genre de gloire. Le prophète s'écrie : «Que vos amis, d mon Dieu , ont été honorés, et que leur priocipaulé a été fortement établieliL'Apdtre s'écrie: «A Dieu ne plaise que je me glorifie en autre chose qu'en la croix de num Seigneur Jésua- Qirist I » C'est dans cet excellent genre de gloire que les apôtres et les prophètes ont choisi pour eux et qu'ils vons ont laissé pour héritage , dans

Itspiei je souhaite de tout mon cœur qne mus vous glorifiiez : reconnaissez x'oire héritage dans la croix de Jésus-Christ, et dans la multiplicité des travaux. Heureux celui qui a pu dire: «J'ai plus travaillé que tous les autres.» Cest là une véritable gloire en laquelle il n'y a rien de vain , rien de mal, rien qui ressente la bassesse. Que si la grandeur du travail vous épouvante, la gloire de la récompense vous doit encourager, puisque diacun recevra sa récompense à proportion du travail qu'il aura fait. Que si saint Paul a travaillé plus que tous les autres, il n'a pourtant pas tout achevé , et il reste encore beaucoup de choses à faire. Entrez dans le champ de votre maître et considérez avec attention combien il y est demeuré d’épines et de ronces de son ancienne malédiction. Avancez, dis -je, dans le monde, car le monde est ce champ qui a été commis à votre garde. Allez-y, non comme maître, mais comme fermier , pour voir ce qui s'y passe, et pour donner ordre aux choses dont vous devez rendre compte. AUez-y , dis-je , par les démarches d'une vigilance et d'un soin IK-s exact , car tous ceux qui ont reçu le commandement d'aller par toute la terre ne s'y sont pas transportés par la présence corporelle, mais seulement par la prévoyance de l'esprit; de même aussi vous devez en quelque façon lever les yeux de votre considération , et regarder sur les camfMgnes si d'aventure la sécheresse ne les a point disposées au feu plutôt que leur blancheur à la moisson. Combien y en a-t-il que vous aviez cru être chargées de très bon blé, lesquelles étant considérées de (dus près ne se trouveront remplies que de mécbans boissons 1 Que dis-je de buissons! Ce ne sont que de vieux arbres demi -pourris, incapables de porter d'autres fhiits que de ehétifi glands, ou quelques cosses pour la nourriture des pourceaux. Jusque» à quand occuperonl-iis la terre? N'est-il pas vrai que si vous y allez, et que vous les trouviez en si mauvais état, vous aurez honte d'avoir tenu si long-temps la cognée sans rien fiiire, et d'avoir reçu la faux apostolique sans vous en servir ntiteroent?

Cest de ce champ que sortit autrefois le tpatriardie Isaac, quand il rencontra Rebecca pour la première fois; et l’Ecriture remarque «qu'il y était allé pour y méditer. «Pour lui, il y fut pour s'entretenir dans ses pensées; nuis vous

PAR SAINT BERNARD - LIVRE IL

TOUS (kvez J tUcr pour arraclMr ce qu'il y a de mauvais. Vous avez déjl dO faire toute la considération nécessaire, et tnaintcnant le temps est venu de travailler à bon escient. Il est trop tard

I cette heure de penser à ce que vous avez à faire ; vous deviez auparavant vous asseoir, suivant le conseil de notre Seigneur, pour considérer sérieusement l’ouvrage auquel vous alliez vous engager, afin de mesurer vos forces, de peser la sagesse qui vous était nécessaire, de faire provision de mérites, et d’naminrrle fonds de vos vertus. Il faut donc que vous preniez courage, et que vous songiez que le temps de travailler est venu , si toutefois celui de la considération a précédé. Si votre cteur s’est ému , il est présentement nécessaire de remuer la langue et les bras. « Il fout vous ceindre de votre épée, de cette épée de l’esprit qui est la parole de Dieu. •

II fout rendre votre main et votre bras glorieui, aen exerçant les vengeances sur les nations, et les chStimens sur les peuples, en réduisant leurs rois dans la servitude et leur noblesse dans les fers. • Si vous exécutez cela, vous honorerez votre ministère, et il vous honorera aussi. Ce n’est pas Ut une principauté commune : elle vous oblige i chasser les méchantes bêtes de vos terres, afin que vos troupeaux soient en sûreté dans leurs pûtnrages. Il est de votre devoir de dompter les loups, mais non pas de dominer tes brebis, puisqu’elles vous ont été commises pour les repaître , et non pas pour les opprimer. Si vous avez considéré sérieusement qui vous êtes, vous ne pouvez ignorer que vous êtes obligé à tontes ces choses , i et si vons le savez, et ire le faites point , sans doute vous êtes coupable, et vous avez péché. ■> Vous n’avez pas encore oublié l’endroit oû vous avez lu, • que le serviteur qui sait la volonté de son maître , et qui ne l’exécute pas comme il doit , sera puni très rigoureusement. • Ainsi le pratiquaient les prophètes et les apûtres. Ils étaient généreux dans les combats, et ne se laissaient point aller à la mollesse dans la soie. Si donc vous êtes le fils des apûtres et des profdiêM, il fout vous comporter de la même sorte. Faites connaître la noblesse de votre extraction par la ressemblance de votre conduite, puisque effectivement rile ne tire toute son excellence que de l’ingénuité des mtrurs et de la formeté de la foi. «Cest par ton moyen qu’ils ont triomphé des royaumes.

qu’ib ont pratk|ué les œuvres de justice, et qu'ils ont obtenu la récompense qui leur était promise. • Voilà le testament de la succession de votre père , que nous ouvrons en votre présence , afin que vous y voyiez la part qui vous appartient. Revêtez-vous de la force, et vous êtes lenr héritier; possédez la foi , possédez la piété, possédez la sagesse , mais la sagesse des saints, qui est la crainte de Dieu, et vous aurez reçu ce qui est à vous; vous avez votre patrimoine tout entier sans aucun détriment, et c’est la vertu qui est ce fonds d’une valeur inestimable. Certes, l’humilité est un fonds précieux , sur lequel tout édifice spirituel qu’on y bâtit , croît à vue d’œil, et devient en peu de temps un temple de sainteté, oû Dieu se plaît à habiter ; aussi eri-ce par le moyen de cette vertu, que plusieurs ont étendu leurs conquêtes jusqnes aux portes de leurs ennemis. Et de vrai , quelle autre vertu a autant de pouvoir pour abattre la superbe des démons et la tyrannie des hommes? Cependant, puisqu’elle est un fort rempart contre l'attaque de l’ennemi , pour toutes sortes de personnes indifféremment , je ne sais d'où vient que sa force parait plus grande dans les grands, et plus illustre dans les personnes illustres ? Du moins ne se trouve-t-il point de pieirerie plus éclatante, surtout dans la personne du souverain pontife, qui devient par cette vertu d’humilité d’autant plus illustre au-dessus de soi-même, qu’il est plus élevé par sa dignité au-dessus de tous les autres.

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