CHAPITRE VU
Il rurend M praniSre qocsIMia . qui II «l , et l'ezemiiw plDi exKicimcrt.
On trouvera peut-être à redire de ce que , ne m’étant pas encore assez expliqué sur la première partie de ma division , je suis entré insensiMement dans la seconde, ayant commencé à montrer quel vous devez être, avant que d’avoir parfaitement représenté qui vous êtes. Mais je m’imagine qu’ayant ea boute de foire paraître un homme tout nu dans un lieu si élevé , je me suis hâté de le parer de ses plus beaux ornemens , sans lesquels vous êtes d’autant plus diffbrme que vous paraissez plus illustre par leur édat. Peut-on cacher la désolation d’une ville qui est située sur le sommet d'une montagne , ou empêcher qu'on ne voie la fumée d’une chan-
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348 TRAITÉ DE LA CONSIDÉRATION
ddle qui a tté éteinte sur le chandelier ? Cest un sin|;e sur un toit , qu'un roi insensé sur le trOnr. Écoutez donc , s'il vous plaît , ce que j'ai J vous dire sur ce sujet , et s'il ne vous est pas aipvlable, au moins vous sera-t-il salutaire. (Test une chose monstrueuse qu'une suprême dijpiité et un esprit bas , un premier siège et une dernière conduite , une langue magniflque et une main mutile, un discours éloquent et point de ihiit , on visage grave et des actions légères, une autorité souveraine et une résolution chancelante. Je vous ai présenté le miroir; que le visage y reconnaisse sa difformité , et réjonis.sei-voos de ce que le vôtre est ezempt de ces défauts. Ne laissez pas néanmoins de vous y regarder, afin que , si peut-être vous y voyez beaucoup de choses qui vous donneutdela complaisance , vous ne manquiez pas aussi d'y en remarquer plusieurs autres qui ne vous doivent pas être fort agréables. Je veui bien que vous vous gluritiiezdu bon témoignage de votre conscience; mais je souhaite aussi que vous en preniez un juste sujet de vous humilier. C'est une liarole assez rare que celle-lâ ; • Je ne me sens coupable de rien;» et sans doute vous marchez avec bien plus d'assurance dans le chemin de la vertu lorsque le mal ne vous est point inconnu. (Test pourquoi , comme j'ai déjà dit , tâchez de vous bien connaître , afin que , parmi les misères qui vous environnent , vous jouissiez de la satishKtion de votre conscience; et encore plus, afin que vous sachiez ce qui vous manque. Mais qui est celui qui ne manque de rien? 'Tout manque à celui qui croit que rien ne lui manque.
J'avoue que vous êtes le souverain pontife ; mais cn>yez-vous pour cela que vous soyez absolument souverafn? Si vous vous estimez le premier, sachez que vous êtes le dernier de tous. Voulez-vous savoir celui qui est véritaNement souverain ? Cest celui à qui l'on ne peut rien ajouter de nouveau. Or, vous vous trompez lourdement si vous avez ce sentiment de vousmême. Non , non , vous n'éles pas du nombre de ceux qui pensent que les dignités soient des vertus ; vous avez connu la vertu par eipérienee , auparavant que les honneurs, laissez cette opinion à Nabuchodonosor, à Alexandre , à Antiochus , à llérode et aux autres Augustes, qui n'ont point fait difilcullé de se faire rendre les honneurs qui n'appartenaimi qu'aux dieux, l’ourvnus.
considérez que si l'on vous appelle souverain , ce n'est point que vous le soyez d'une manière absolue , mais par comparaison seulement. Fi quand je dis par comparaison , j'entends celle des offices que vous êtes obligé de rendre, et non pas des mérites que vous ayez. Que les hommes doue vous regardent comme le ministre de Jésus-Christ et comme le souverain de tous les ministres ; ce que j'ose bien dire sans préjudicier à la sainteté de pas un en particulier. J'ap prouve très fort que vous tâchiez de parvenir au plus haut degré de la perfection , mais non pas que vous croyiez y être arrivé, ou que vous vouliez qu'on le croie auparavant que cela soit ; autrement , comment travailleriez-vous à votre avancement , si vous étiez parfoifement salisfait de vous-même? Partant, n'ayez point de négligence à chercher ce qui vous manque , ni de honte à confesser le manquement dans lequel vous vous trouvez. Servez-vous du langage de l'un de vos devanciers , et dites comme lui : » Je ne suis pas encore arrivé au terme , et je ne suis point encore parfiiit. > Et ailleurs : • Je ne crois pas encore avoir atteint la perfection. • Voilà la science des saints qui est bien éloignée de celle qui enfle. II est vrai que celui qui s'en sert ne s'attire que de la douleur et de la peine ; nuis nul sage ne s'est jamais voulu exempter de ce travail , parce que la douleur, qui a la vertu de chasser l'engourdissement mortel d'un cceur endurci et impénitent , lui est tout-à-fait salutaire. Ainsi celui-là était vraiment sage , qui a pu dire : » Ma douleur m'est toqjours présente. « Mais il est temps de reprendre ce que nous avons laissé dans ce lieu dont nous nous sommes un peu détournés.