CHAPITRE IX
Il kji rail Toir rimporiancr de U cvMiuiWralioQ de aolrt propre oalurr.
Voil.^ qui VOUS ^Ics : mats o’oublifz pis fn m^tne trni|M cc que vous êtes ; car je me sou* viens foi ( bien que je vous ai promis d*en parier encore dans ia première occasion qui s'en pré* senterait. O que c est bien à propos que vous j()i(;nez la considéralioadere que vous éiiez au*
TRAITÉ DE LA CONSIDÉRATION
pariTtol.aTee cette antre, qui voua ilea i préaeni ! Que dis-je, ce que vous étiez? vous l’ètes encore maintenant : pourquoi cesseriez-vous de considérer ce que vous n'avez pas cessé d’étre? En effet , ce n'est qu'une même considération , ce que vous avez été et ce que vous êtes, quoique cellc-ci , qui vous êtes, soit différente de la première ; mais il ne faut pas pourtant que l'une efface l'autre dans la recherche que vous devez hire de vous-même. Car comme je viens de le dire, vous êtes encore maintenant ce que vous étiez par le passé. Et vous ne rêles pas moins que ce que vous êtes devenu depuis, si ce n'est peut-être que vous ne le soyez encore davantage. Enfin, vous avez celui -U de la nature; et vous avez emprunté celui-ci, sans être changé en lui. Ijc premier n'a point été retranché; mais l'autre y a été ajouté. Il faut que nous traitions de tous les deux ensemble; car, comme je me souviens de l'avoir déjà dit , ces deux choses comparées l'une avec l'autre , elles en deviendront bien plut utilet.
J'ai dit ci-dessus, cju'en considérant ce que vous êtes, aussitôt se présente la nature par laquelle vous êtes homme , puisque efléctivement vous êtes né homme. Mais lorsqu'on demande qui vous êtes, on répond par la condition de la personne , qui est, par exemple, celle d'évêque , tel que vous êtes devenu et non pas né. Lequel des deux vous semble être plus purement à vous , et vous appartenir plus particulièrement, ou ce que vous êtes devenu avec le temps , ou ce que vous êtes par nature P N'est-il pas vrai que c'est ce que vous êtes par votre naissance? Je vous conseille donc de considérer principalement ce queprincipalemcnt vous êtes; c'est-à-dire homme, puisque c'est ce que vous êtes né.
Mais il ne haut pas seulement que vous considériez ce que vous êtes né , il faut aussi regarder quel vous êtes né, à moins que vous ne vouliez perdre le fruit et l'avantage de votre considération. Dépouillez-vous donc de ces habits dont vous avez hérité, et qui ont été maudits dès le commencement du monde. Déchirez cette couverture de feuillage, qui cache bien votre honte, mais qui ne guérit point vos plaies. Otez le hird de cet honneur passager cl le fiiox brillant de cette gloire trompeuse , afin de considérer r.ueit>ent votre nudité , • puisque vous êtes sorti nu fin ventre de voire mère. » Quoi! En êtes-vous
sorti la tiare sur la tête? En êtes-vous sorti éclatant de pierreries , couvert de soie , paré de plumes et tout chargé d'or et d'argent Si voua dissipez par les regards de votre considération toutes ers choses , comme des nues du malin, qui passent avec grande vitesse et s'évanouissent en un moment , vous ne trouverez plus qu'un homme tout nu, pauvre, misérable et digne de compassion ; un homme qui se plaint d'être homme, qui rougit d'être nu ,qui pleure d'êtrené, qui murmure de ce qu'il est au monde; < un homme né pour le travail, > et non pour l'honneur ; « un homme né d'une femme , • et partant né dans le crime ; • qui a peu de temps à vivre, <et partant toujours dans la crainte;» s qui est rempli d'une infinité de misères , i et par conséquent toujours dam les larmes et les sanglots. Et l'on peut bien dire avec vérité que ses misères sont en très grand nombre, puisqu'elles s'étendent au corps et en l'àme tout ensemble. Et de vrai quelle partie demeure exempte de misère en celui qui naît dans le péché, avec un corps fàihic et une àme stérile? Il en est donc véritablement rempli, puisque, outre l'inHrmité du corps et l'extravagance du cœur , il hérite de l'impureté de son origine , et est assujetti à la mort. C'est un as.semblage qui vous sera salutaire , si en pensant que vous êtes le souverain pontife , vous considérez aussi que vous avez été et que vous n'êles encore qu'un peu de poussière tout-à-fait digne de mépris. Il faut que votre considération imite la nature, ou ce qui est davantage, l'auteur de la nature, en joignant cmsemble les choses les plus élevées avec les plus basses. N'est-il pas vrai que la nature a uni le souffle de la vie à une boue très vile dans la personne de l'Iiomme? Et l'auteur de la nature n'a-t-il pas uni le Verbe avec le limon en sa propre personne? Ainsi prenez votre modèle , tant sur l'ouvrage de notre création que sur le mystère de notre rédemption, afin que vous voyant assis le plus haut de tous , vous ne preniez pas des scotimens élevés de vous-même , mais que vous vous conserviez dans l'humilité et dans les modestes sentimens des âmes humbles.
■Diyitrzed by
PAR SAINT BERNARD. -LIVRE II