‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 340 sur 684 · CHAPITRE lll · texte numérisé non relu

CHAPITRE lll

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H me semble que je ne dois pas pas.ser légèrement le premier sujet qui se présente. Il est donc vrai que vous présidez sur toute l'Eglise et que vous y présidez uniquement. Mais pourquoi? Cest en cela même que je dis que vous avez besoin de considération. Croyez - vous que ce soit pour tirer votre accroissement de ceux qui vous sont soumis? Nullement ; mais bien plutôt afin qu'ils reçoivent le leur de votre part. Ils vous ont établi leur souverain, mais pour eux et non pour vous. Autrement , comment pourriez-vous vous estimer supérieur à ceux dont vous mandiez la faveur? Ecoutez ce que dit notre Seigneur : «Ceux qui ont la puissance sur les autres, sont appelés bienfaiteurs. > Mais cela se dit de ceux qui sont hors de l'Eglise. En quoi donc est-ce qu'il nous regarde ? En ce qu'on ne pourrait dire cela de vous qu'avec mensonge, si votre intentioo n'était de présider plutôt à ceux qui vous fbraieiit du bien, que de devenir leur bienfaiteur. Cest i faire à un esprit bas et

limité de ne pas tant chercher le profit de ses sujets que le sien propre; mais sortant, il n'est rien de si infôme dans un souverain. Que le docteur des gentils a eu bonne grâce de dire que c'était aux pères A amasser des richesses pour leurs enfàns , et non ]ns aux enftins pour leurs pères ! Mais il n'a pat eu moins de gloire qnand ii a dit : «Je ne cherche point les dons, mais i'utiiité des autres. « Il faut poui^ tant que je passe à d'autres choses, de peur qu'en m'arrêtant trop â celles-ci , qnelqu'un ne croiequeje veuille vous taxerd'avarice, quoique dans le livre précédent j'aie assez témoigné combien vous étiez éloigné de ce vice, après la connaissance qne j'ai eue des grandes sommes d'argent que vous avez refusées, même dans votre extrême nécessité. C’est donc i vous qne j'écris sur cette matière; mais non pas pour vous , n'étant point raisonuable que ce que l’uu vous adresse ne serve qu'â vous seul. Comme je traite ici de l’avarice , dont chacun sait assez que vous n’étes point entaché, c’est à vous de voir si la chose est telle en effet : du moins puisje dire, sans parler des présens des pauvres gens, auxquels vous n'avez pas voulu toucher, que j'ai vu des sacs pleins d'aigent venus d'Allemagne, qui n'étaient nullement diminués de leur première pesanteur; mais seulement du peu d'estime qu'on eu disait. On regardait l'argprnt comme de la paille, et les mulets s'en retournaient en leur pays aussi chargés qu'ils en étaient venus, sans avoir été aucunement soulagés de leurs fardeaux. Chose à la vérité fort surprenante ! car jusqu’ici Rome n'avait jamais renvoyé l'or et l'argent qu'on lui avait apporté. Et pour moi je crois bien que cela ne se pratique point de l'avis des Romains. En voici un fait particulier. Deux personnages, tous deux richrs et tous deux criminels , se transportent à Rome. L'un était de Mayence et l'autre de Cologne. On fit grâce â l'un des deux sans rien prendre de lui, et l'autre apparemment ne la méritant point , ou lui dit ; Vous sortirez de la ville avec le même habit que vous y êtes entré. O excellente parole! parole tout-à-fàit digne de la liberté apostolique. Et de vrai , en quoi celle-ci est-elle différente de cette autre : « ton argent te soit en perdition,» si ce n’est que l’une témoigne plus de zèle, et l'autre plus de retenue?

Qu’est-il encore arrivé â cet autre qui élaii

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360 TRAITE DE LA CONSIDERATION

venu de delà la mer et preaque dea dernières extrémités du nrande , courant par mer et par terre pour acheter une seconde fois un évêché , par le moyen de son argent et de celui de ses amis. Il avait apporté une bonne somme d'argent ; mais il Fut obligé de la remporter , non pas pourtant tout entière, parce qu'il tomba malheureusement entre les mains de certaines gens qui étaient plus disposés à recevoir qu'à douner. Pour vous , vous vous comportâtes dignement en conservant vos mains innocentes dans ces deux occasions, refusant absolument de les imposer sur la tète de l'ambitieux , et ne voulant point lesouvrir pour recevoir la Maramone d'iniquité. Mais vous en usâtes encore d'une manière bien plus obligeante à l'endroit d'un pauvre évêque, lorsque vous lui fournîtes de quoi dooner aux autres , de peur qu'il ne Fût taxé d'ètre peu libéral. Il reçut en cachette de votre sainteté ce qu'il distribua en public; et ainsi votre bourse pourvut à la confusion de ce prélat , et par votre libéralité satisfaisant à la pratique de votre cour, il déclina l'envie de ceux qui aiment les présens. Cest une vérité que vous ne pouvez pas cacher, puisque j'ai su votre action de bonne part , et que je connais la personne. Je sais bien que vous ne prenez pas plaisir à ce récit, mais je le publie d’autant plus volontiers , que vous avez plus de répugnance à l'entendre. Si ce sentiment vous est utile, le mien m'est tout-àfàit avantageux , puisque je ne dois pas avoir moins de zèle pour manifester la gloire de Jésus- Christ que vous, pour ne chercher point la votre. Que si vous continuez de vous en focher, je vous répondrai par les propres termes de l'Évangile : «Pins il le leur défendait , plus ils le publiaient, en disant, il a bien bit toutes choses. »

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