‹ Choix d'ouvrages mystiquesChapitre 35 sur 684 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

tÿi’a l’Sae de mec SM il ce taliu cnpacKr dcM Ice dUiaiicliet.

Je mutais mon plut grand plaisir i aimer et A être aimé. Mais je ne demeurais pas dans les bornes de l'amitié chaste et lumineuse où ks seuls esprits s'entr'aiment d'une manière spirituelle. Les vapeurs grossières et impures qui s'tievaient de la boue et du limon de ma chair et des bouillons de ma jeunesse, obscurcissaient mon OŒur et l'ofliisquaient de telle sorte, qu'il ne pouvait discerner la sérénité pore et resplendissante d’une aflection légitime d'avec les images ténébreuses d'un amour infâme. Ces deux causes qui te. mêlaient ensemble allumaient en moi le fèu d'une brutale concupiscence, emportaient la foibiesse de mon Age dans les dér^lemeus violons des passions , comme au travers des roches et des précipices , et la plongeaient dans le gouflte des crimes honteux.

Votre colère était enflammée contre moi , Seigneur, et je n'en avait aucun sentiment. Car pour punition de mon orgueil, le bruit que faisaient les chaînes de ma captivité misérable , m'avait rendu sourd à votre voix : je m'éloignais de vous et vous me laissiez aller. Mon coeur était tout brûlant , tout bouillant et tout écornant d'impudicité. U te répandait, il se débordait , il se flmdait en débauebes. Et cependant. Seigneur, vous vous taisiez. U mon Dieu , qui avez si t«^

rempli mou Ame d'une sainte joie , vous demeuriez alors dans le silence , et je m'éloignais tonjours de vous, en m'avançant de plus ai plus dans les passions sensuelles, aussi stériles en vrais biens que fécondes en misères et en douleurs. Mais quoique je fusse dans l'état du monde le plus vil et le plus abject , je ne laissais pasqued'ètre superbe dans ma bassesse; et quoique je me lassasse en marchant toujours dans l'iniquité, je ne laissais pas que d'être agité dans ma lassitude.

Qui eût pu. Seigneur, modérer alors mes peines en me faisant user légitimement des beautés ftiyantes et passagères, des créatures sensibles et corporelles , et en renfermant dans de justes bornes la liberté vague et indiscrète de jouir de ce qu'il y a de doux et de délicieus A nos sens, afin qu'au moins les flots impétueux de ma jeunesse ne s'étendissent point ao-delA des bords et du rivage de Tunion ooqjugale , si je ne pouvais encore jouir du calme et de la tranquillité dont jouissent les personnes vertueuses, qui n'ont pour but dans l’usage du mariage que la génération des enfims, selon que votre loi nous l'a ordonné , Seigneur, vous qui ne dédaignez pas de former nos corps pour conserver la race des hommes , et dont la main fovorable |ieut adoucir la pointe des épines de notre concupiscence , lesquelles on n'aurait point coimnes dams le Paradis terrestre? Car vous êtes toutpuissant et tout prêt A nous secourir, lors même que nous sommes éloignés de vous.

Mais, d'autre part , je devais écouter avec plus d'attention le bruit de ces paroles célestes a de cette voix de tonnerre que vous avez fait sortir de la bouche de votre apùtre comme d’une nuée toute divine ; < Les personnes mariées souffriront des afflictions en la chair; et je désire vous épargner ces peines et ces déplaisirs : il est avantageux A l'homme de ne point toucher de femme. > Et un peu après : « Celui qui n'a point de femme ne pense qu'aux choses de Dieu et aux moyens de plaire A Dieu ; au lieu que celui qui est marié pense aux choses de ce monde et aux moyens de plaire A sa femme. > Je devais me retire plus attentif A écouler ces excellentes paroles ; et en me privant de ces plaisirs charnels et profanes pour le royaume des deux, me mettre en état d'atteindre A jouir dans la félicité du paradis des déiiees toutes pures et toutes

by Goc:::Ie

CONFESSIONS DE SAINT ALGüSTlN. - LIVRE II.

célestes de VMnaiDUet ineffaMesembrisseiDen.

Mais , hélas ! les cbaleiirs ardentes de U jenneste me transportèrent teDement hors de moiméme que je vous abandonnai , Seigneur , pour suivre l'impétoosité de mes indinations vicieuses. Je ne retins point mon incontinence dans les bornes légitimes do mariage. Mais en violant votre loi je n'évitais pas vos chétinxns. Eh ! qui est l'homme sur la terre qui puisse tes éviter? J'éprouvais toqiaurs l'eflet de votre présence par les peines et les plaies secrétes dont vous me frappiez pour mon salut ; et ce traitement était d'autant plus doux qu'il paraissait plus sévère. Vous répandiez sur tous mes plaisirs déréglés des dégoûts d'amertume , afin de m'engager par ce moyen à chercher d'autres plaisirs qui fiüsent sans dégoûts et sans déplaisirs. Mais où les pouvais-je trouver hors de vous , mon Dieu, qui feignez que raccomplisaeoient de vos préceptes est accompagné de quelque peine , comme dit votre prophète ; qui ne nous blessez que.pour nous guérir, et ne nous tuez que pour nous empêcher de mourir en nous sér parant de vous?

Où étais-je. Seigneur, et combien dans cet exil me trouvais-je éloigné des délices de votre sainte maison , en cette seizième année de mon âge , où la volupté coipmença â dominer tyranniquement sur moi , où je me rendis esclave de cette impérieuse maltresse , de cette folle et violente passion qui , à la bonté des hommes, règne avec tant de licence dans le monde , quoiqu'elle soit condamnée par vos lois si saintes et si redoutables? Lorsque j'étais prètàpérirdanscelte tempête, mon père cl ma mère n'eurent point le soin de me faire entrer dans le port du mariage ; mais ils pensaient seulement û me faire apprendre à bien parler , et â me rendre capable . de persuader les hommes par mon éloquence.

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